Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407681
jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407681 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Singh, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de Seine-et-Marne sur sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui remettre en attendant un récépissé autorisant l'exercice d'une activité professionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-sa requête est recevable ;
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que la décision en litige l'empêche de voyager à l'étranger, notamment au Portugal, pour y bénéficier d'une assistance médicale à la procréation qui, eu égard à son âge actuel (quarante-et-un ans) et à la circonstance que les risques médicaux de la procréation augmentent avec l'âge de la mère au moment de la grossesse, en particulier à partir de quarante ans, ne peut être réalisée en France dans un délai raisonnable, et qu'elle compromet ainsi son projet parental ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :
*cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
*elle est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que ses motifs ne lui ont pas été communiqués malgré sa demande en ce sens ;
*elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des motifs d'admission exceptionnelle au séjour dont elle a fait état et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
-la requête n° 2407189 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 9 juillet 2024 à 14h00 en présence de Mme Nodin, greffière d'audience, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella ;
-les observations de Me Singh, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en ajoutant ou en précisant que : en ce qui concerne l'urgence : la requérante se trouve, du fait de la décision en litige, maintenue dans une situation irrégulière donc précaire et empêchée de revenir en France en cas de voyage à l'étranger ; en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : il n'est pas contesté que la requérante remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
2. Mme A, qui est de nationalité congolaise, a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 2 juin 2023. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par le préfet de Seine-et-Marne.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de la décision en litige, Mme A fait valoir que cette décision la maintient en situation irrégulière et qu'elle compromet par ailleurs son projet parental, dont la réalisation nécessite une assistance médicale à la procréation qui ne peut avoir lieu en France dans un délai raisonnable, eu égard à son âge actuel (quarante-et-un ans) et à l'augmentation des risques médicaux de la procréation avec l'âge de la mère au moment de la grossesse, en particulier à partir de quarante ans. Toutefois, la décision en cause ne fait pas obstacle par elle-même à ce que la requérante voyage à l'étranger, y compris au Portugal, pour y bénéficier d'une assistance médicale à la procréation. Elle ne fait pas davantage obstacle par elle-même à ce que l'intéressée sollicite et obtienne un visa en prévision d'un voyage à l'étranger qu'elle n'établit pas, ni même n'allègue, avoir déjà programmé. Dans ces conditions, et alors, en outre, que l'absence de droit au séjour est inhérente à une décision de refus de titre de séjour et ne saurait dès lors constituer une circonstance particulière au sens indiqué au point précédent, l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme caractérisée en l'espèce.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'invocation d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet de Seine-et-Marne.
Fait à Melun, le 25 juillet 2024.
Le juge des référés, La greffière,
Signé : P. ZANELLASigné : M. NODIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,