Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407755
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407755 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :
1°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2024, notifié le 24 juin 2024, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français et l'espace Schengen sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
M. B soutient que les décisions litigieuses :
- sont entachées d'incompétence ;
- sont insuffisamment motivées ;
- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
- sont entachées d'une erreur de droit ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- violent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis le 26 juin 2024, qui a produit des pièces, enregistrées le 30 juin 2024 et qui ont été communiquées.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 16, 18 et 22 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Leconte, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777 1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte ;
- les observations de Me Langagne, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- celles de M. B assisté de Mme E, interprète en langue arabe ;
- et celles de Me Dussaut, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h28.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né en 1997 à Alger (Algérie), a été placé en garde à vue le 22 juin 2024 et auditionné le lendemain. Par un arrêté du 23 juin 2024, notifié le 24 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français et l'espace Schengen sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 26 juin 2024 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 28 juin suivant. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français en toutes ses décisions.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. B détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne plusieurs moyens communs aux différentes décisions :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C D, adjoint du chef du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet compétent consentie par un arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 6 mai 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne en particulier que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français ni n'est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, qu'il s'est soustrait à de précédentes mesures d'éloignement, exerce une activité professionnelle sans autorisation, constitue une menace à l'ordre public, est célibataire et sans enfant et ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France. Cet arrêté vise également les articles L. 612-2 et suivants du même code et énonce les motifs pour lesquels il existe un risque que M. B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, cet arrêté, qui vise l'article L. 721-4 du code précité, précise que le requérant est un ressortissant algérien et qu'il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. Enfin, sont visées notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 de ce code et énoncés avec une précision suffisante les éléments constituant la motivation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, les décisions contenues dans l'arrêté attaqué répondent aux exigences de motivation résultant notamment de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.
7. Il résulte par ailleurs de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
8. Il ressort des pièces du dossier que durant sa garde à vue, M. B a été auditionné, le 23 juin 2024 à 12h18, sur sa situation au regard du droit au séjour, par le truchement d'un interprète en langue arabe, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, pris le même jour et notifié le lendemain à 11h24. L'intéressé a ainsi été interrogé notamment sur les conditions de son entrée et séjour en France, sa situation administrative au regard du droit au séjour et les démarches initiées à cet égard, ainsi que les modalités de son éventuel éloignement. Notamment, si le requérant invoque à l'audience qu'il dispose d'attaches aux Pays-Bas, d'une part il ressort du procès-verbal de son audition qu'il n'en a pas fait état, alors notamment qu'il a été interrogé sur le pays à destination duquel il souhaiterait être éloigné, et, d'autre part, il n'établit pas la réalité des circonstances invoquées. Le requérant ne fait état d'aucun élément qu'il n'aurait pas eu la possibilité de présenter avant édiction de l'arrêté attaqué et qui aurait été susceptible d'influer sur le sens des décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu doit être écarté.
9. En quatrième lieu, le requérant n'invoque aucune circonstance révélant un défaut d'examen à l'appui du moyen tiré d'un tel défaut, alors que l'arrêté contesté est motivé ainsi qu'il a été dit au point 4 et que M. B a été mis à même de présenter son point de vue comme dit au point précédent. Notamment, si le requérant se prévaut de ce qu'il n'avait pas connaissance de figurer, sous différents alias, au Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED), invoquant en outre que les signalements en cause se rapportent à des faits lors desquels il n'était pas présent sur le territoire français, ces circonstances sont insusceptibles de caractériser un défaut d'examen alors que le rapport d'identification dactyloscopique produit en défense confirme l'existence desdits signalements associés aux empreintes digitales de l'intéressé, au demeurant concernant des faits survenus à compter de 2020, année d'arrivée en France déclarée dans sa requête par M. B, qui pour le reste n'apporte pas de précision sur ses périodes de présence sur le sol national. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
10. En cinquième lieu, le moyen de la requête tiré de l'erreur de droit n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut dès lors qu'être écarté.
En ce qui concerne un moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
11. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français qui n'ont pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ".
13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. M. B n'oppose aucune contestation précise quant à son entrée irrégulière en France ainsi que son maintien sur le sol national sans être titulaire d'un titre de séjour, sans démarche initiée à fin de régularisation de sa situation administrative. L'intéressé déclare une arrivée en France en 2020, soit à l'âge d'environ 22 ans, tout en indiquant ne pas y avoir résidé continûment puisqu'il relate avoir vécu aux Pays-Bas. Il n'invoque pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, ne conteste pas travailler en France sans autorisation, ayant déclaré exercer comme coiffeur pour 200 euros par jour travaillé, est célibataire et sans enfant, et pour toute attache en France, ne fait état, lors de son audition du 23 juin 2024 et dans le cadre de la présente procédure, que de la présence d'oncles et d'une tante, sans au demeurant l'établir. Par ailleurs, il n'apporte pas de justificatif quant à son état de santé, et à cet égard, fait valoir que celui-ci nécessite des soins sans toutefois indiquer lesquels ni la prise en charge dont il fait l'objet, et en outre mentionne un obstacle pour l'accès à un traitement approprié dans son pays d'origine sans davantage de précisions. Ainsi le requérant ne justifie pas avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, il ne ressort d'aucun élément qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté sur la situation du requérant une appréciation manifestement erronée, ni porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, ainsi que de la méconnaissance des stipulations susvisées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ", et selon les termes de l'article L. 612-3 du même code : " le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
16. Il n'est pas contesté que M. B n'est pas en mesure de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. En outre, le requérant ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ; s'il invoque avoir fixé sa résidence chez sa tante à Paris, il ne l'établit pas, ni d'ailleurs n'a fourni une quelconque adresse aux forces de police lors de sa garde à vue. Au surplus, il n'est pas contesté qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale a légalement pu retenir que M. B ne présentait pas des garanties de représentation suffisantes, le risque de fuite pouvant ainsi être regardé comme établi au sens des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur les conditions de séjour en France et la situation familiale de l'intéressé. En conséquence, le préfet a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. L'autorité préfectorale n'a davantage pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".
18. Premièrement, M. B n'étaye pas ses allégations quant à un obstacle en Algérie à son accès aux soins requis par son état de santé, ainsi qu'il a été dit au point 14. En se bornant pour le reste à mentionner la présence dans ce pays de groupes armés islamistes, sans précision, ce alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait sollicité la protection internationale et qu'il n'a pas davantage fait état de craintes au cours de son audition le 23 juin 2024, le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à un risque actuel encouru personnellement entrant dans le champ des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, si M. B invoque qu'après son départ d'Algérie pour la France il aurait résidé aux Pays-Bas sous couvert d'un titre de séjour, où vivrait sa petite amie et où il aurait été hospitalisé, il n'apporte ni justificatif ni précision sur ces allégations, pas plus qu'il n'en a fait état lors de son audition le 23 juin 2024, et indique, en tout état de cause, que son titre de séjour n'a pas été renouvelé. Ainsi, l'intéressé ne fait état d'aucun élément probant pour contester le choix du pays de renvoi. Les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté, en tant qu'il fixe le pays de destination de la reconduite, méconnaîtrait les stipulations susvisées de l'article 3, et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de M. B, doivent, par suite, être écartés.
19. Deuxièmement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
21. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
22. M. B ne démontre aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour qui doit assortir en principe, en application des dispositions de l'article L. 612-6 précité, l'obligation faite à un ressortissant étranger de quitter le territoire français sans délai. Par ailleurs, eu égard à ce qui a été dit au point 14, celui-ci n'établit pas de circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuivre sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, en Algérie où il a vécu de nombreuses années. M. B a en outre déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, ainsi qu'il a été dit plus haut. Enfin, si l'intéressé conteste être l'auteur des multiples faits, mentionnés dans l'arrêté attaqué, pour lesquels il figure au FAED sur la base de la prise de ses empreintes, il n'en reste pas moins que durant sa garde à vue à compter du 22 juin 2024, il a admis s'être introduit sans autorisation le même jour dans un local d'habitation soit une violation de domicile. Ainsi, l'autorité préfectorale a pu prononcer à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, ni méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 23 juin 2024, par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 23 juillet 2024 à 17h38.
La magistrate désignée,
Signé : S. LECONTE
La greffière,
Signé : MD. ADELON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. ADELON