Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407788
vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407788 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, Mme C A épouse B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de la convoquer afin de lui délivrer un justificatif de la régularité de son séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'elle a présenté sa demande de renouvellement de titre dans les délais et qu'elle se trouve aujourd'hui dépourvue de justificatif de la régularité de son séjour et de tout dossier informatique permettant de solliciter une attestation de prolongation d'instruction, malgré ses démarches ;
- une telle situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'elle n'a eu de cesse de prendre attache avec les services préfectoraux afin d'obtenir des informations sur l'état d'avancement de sa demande, en vain, ce qui la place dans l'impossibilité de bénéficier d'un contrat de travail.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Selon l'article L. 521-3 de ce code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. En distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-2 et L. 521-3 mentionnés au point précédent, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.
3. Mme A épouse B, ressortissante chinoise née le 10 septembre 1990 à Shangai (Chine), entrée en France le 7 septembre 2013 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant ", affirme avoir présenté une demande de renouvellement de sa dernière carte de séjour pluriannuelle par voie postale en octobre 2023, puis à une date indéterminée sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France ". Le 13 mars 2024, la requérante a été informée de la clôture de cette dernière demande, au motif qu'une demande était déjà en cours d'instruction. Mme A épouse B demande, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de la convoquer afin de lui délivrer un justificatif de la régularité de son séjour.
4. Toutefois, d'une part, Mme A épouse B, qui affirme elle-même avoir saisi la préfecture du Val-de-Marne à deux reprises de sa demande de renouvellement de titre de séjour, n'apporte aucune précision sur les circonstances dans lesquelles ces demandes ont été déposées. Par conséquent, le seul fait que la demande présentée sur ANEF ait été close ne suffit pas à caractériser une situation d'urgence extrême au sens des dispositions de l'article
L. 521-2 du code de justice administrative. D'autre part, si Mme A épouse B ne dispose plus à ce jour de document justifiant de la régularité de son séjour en France, il résulte de l'instruction que la requérante est dépourvue d'un tel justificatif depuis le 11 octobre 2023, et que sa requête n'invoque aucun élément justifiant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans le délai contraint de quarante-huit heures. En revanche, une telle circonstance ne fait pas obstacle à ce que Mme A épouse B, si elle s'y croit fondée, saisisse le juge des référés d'une requête fondée sur les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A épouse B sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A épouse B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,