Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407815

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407815
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. B C A, représenté par Me Dookhy, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de prendre toutes mesures qu'il estimera utiles afin de faire cesser l'inégal accès au service public de protection des réfugiés statutaires, la rupture de la continuité du service public, les atteintes aux droits élémentaires des réfugiés statutaires souhaitant obtenir un certificat de naissance à jour ;

2°) d'ordonner au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui délivrer un certificat de naissance actualisé ou à jour et lorsqu'il en sera demandé ultérieurement ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que l'absence de délivrance d'un certificat de naissance depuis plusieurs années le prive de la possibilité d'effectuer toute démarche en toute matière, et en particulier de se marier et de demander sa naturalisation ;

- la situation dans laquelle il se trouve placé résulte des dysfonctionnements de la plateforme de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- la mesure sollicitée est utile et ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2017-890 du 6 mai 2017 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

" En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides est habilité à délivrer aux réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire ou du statut d'apatride, après enquête s'il y a lieu, les pièces nécessaires pour leur permettre soit d'exécuter les divers actes de la vie civile, soit de faire appliquer les dispositions de la législation interne ou des accords internationaux qui intéressent leur protection, notamment les pièces tenant lieu d'actes d'état civil () ". Selon l'article 2 du décret du 6 mai 2017 relatif à l'état civil : " Les personnes habilitées auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à exercer les fonctions d'officier de l'état civil sont, dans le cadre de ces activités, placées sous le contrôle du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris ".

4. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant congolais né le

1er novembre 1990 à Kinshasa (République démocratique du Congo), titulaire d'une carte de résident délivrée au cours de l'année 2015 en qualité de réfugié, a effectué depuis

janvier 2020 un ensemble de démarches auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) afin d'obtenir la délivrance d'un certificat de naissance. Par une décision du 4 juillet 2024, l'Office a en dernier lieu rejeté cette demande, au motif qu'il ne peut donner une suite favorable qu'aux personnes résidant en France et placées sous sa protection. M. A demande, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à l'OFPRA de lui délivrer un certificat de naissance actualisé.

5. Toutefois, il résulte des termes précités de l'article 2 du décret n° 2017-890 du 6 mai 2017 que les litiges relatifs à la délivrance de certificats tenant lieu d'acte d'état civil aux réfugiés sont relatifs à l'activité de l'OFPRA en matière d'état civil, laquelle est placée sous le contrôle de l'autorité judiciaire. Par conséquent, de tels litiges ressortissent à la compétence de la juridiction judiciaire. Dès lors, les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au directeur général de l'OFPRA de lui délivrer un certificat de naissance actualisé sont portées devant un ordre de juridiction manifestement incompétent pour en connaître et doivent être rejetées pour ce motif.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,