Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407829
mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407829 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. D, représenté par Me Singh, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision implicite de refus de délivrance de titre de séjour qui lui a été opposée par le préfet de Seine-et-Marne,
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et dans l'attente, de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à venir, et assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2.000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et à défaut au requérante.
Il indique que, de nationalité congolaise, il est entré en France muni d'un visa de long séjour comme étudiant, et aussi pour rejoindre sa famille, qu'il s'occupe de son père depuis son arrivée sur le territoire, qu'il vit par ailleurs avec une ressortissante française, qu'il a été bénéficiaire d'un titre de séjour comme étudiant et a obtenu un master, qu'à la fin de ses études, il a obtenu une autorisation provisoire de séjour mention " étudiant en recherche d'emploi " valable jusqu'au 15 août 2023, qu'il n'a pas trouver d'employeur et a introduit une demande de changement de statut pour se voir délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 29 septembre 23 et qu'il n'a eu aucune réponse.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il se retrouve sans preuve de régularité de son séjour alors qu'il doit s'occuper de son père, et, sur le doute sérieux, que la décision est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication de motifs, et qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est aussi entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à ses liens sur le territoire et son insertion dans la société française. Et qu'il est aussi éligible à une admission exceptionnelle au séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024 sous le numéro 2407842, M. B a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 10 juillet 2024, tenue en présence de Madame Nodin, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Singh, représentant M. B, requérant, présent, qui indique qu'il a demandé un changement de statut en tant qu'ancien étudiant, qu'il n'a pas trouvé d'emploi, qu'il a alors formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, que la condition d'urgence est caractérisée même si ce n'est pas un renouvellement de titre de séjour car il y a une rupture de son droit au séjour, qu'il ne peut plus s'occuper de son père qui a des problèmes de santé et qui maintient qu'il a demandé la communication des motifs de la décision implicite et que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1 M. D, ressortissant congolais né le 18 novembre 1989 à Brazzaville, entré en France le 19 octobre 2020 muni d'un visa d'étudiant délivré par les autorités consulaires françaises dans cette ville, a bénéficié d'un titre de séjour en cette qualité délivré par le préfet de Seine-et-Marne et valable jusqu'au 13 octobre 2022. A la fin de ses études, il a reçu un récépissé portant la mention " étudiant en recherche d'emploi " valable jusqu'au 15 août 2023. Il n'a pas trouvé d'emploi. Il a alors déposé, le 29 septembre 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir la présence en France de son père, titulaire d'une carte de résident et gravement malade et à qui il vient en aide. Cette demande n'a fait l'objet d'aucune réponse de sorte qu'une décision implicite de rejet est née le 30 janvier 2024. Par l'intermédiaire de son conseil, il soutient avoir demandé au préfet de Seine-et-Marne, le 21 février 2024, la communication des motifs de cette décision implicite. N'ayant reçu aucune réponse, par une requête enregistrée le 27 juin 2024, il a demandé au tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.
2 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision".
3 Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4 En l'espèce, le requérant, à la date du dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, était en situation irrégulière en France depuis plus d'un mois, son précédent récépissé étant arrivé à échéance le 15 août 2023. Sa demande ne peut donc s'analyser que comme une première demande de titre de séjour quand bien même il aurait bénéficier auparavant d'un tel titre.
5 Pour justifier de la condition d'urgence, il fait valoir que l'absence de titre de séjour constitue un frein à l'embauche depuis la fin de ses études et qu'il est dans l'obligation de s'occuper de son père, gravement malade.
6 Toutefois, d'une part, M. B a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " Etudiant en recherche d'emploi " qui lui ouvrait le droit à bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " s'il en avait trouvé un, et d'autre part, il est constant que son père dispose sur le territoire d'autres membres de sa famille, soit en l'espèce ses deux enfants, son propre frère et sa sœur, qui sont à même de lui apporter l'aide que nécessite son état de santé.
7 Dans ces conditions, M. B ne fait valoir aucune circonstance particulière caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
8 Il résulte de ce qui précède que, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite, la requête de M. B ne pourra qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de rejet qui a été opposée à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.
Fait à Melun le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,La greffière
Signé : M. A : M. NODIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2407829