Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407851
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407851 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2024, M. B A, représenté par , demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une convocation dans les quinze jours afin qu'il puisse retirer son titre de voyage pour étranger bénéficiaire de la protection internationale, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- il est de nationalité afghane et a été reconnu bénéficiaire de la protection subsidiaire par la Cour nationale du droit d'asile le 30 mars 2021 ; il est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en cette qualité valable du 29 septembre 2022 au 28 septembre 2026. ; il a déposé une demande de titre de voyage le 4 novembre 2022 ; cette demande a été acceptée le 19 avril 2023 et il lui a été précisé que ce nouveau titre de voyage était en cours de fabrication et lui sera prochainement adressé ; il n'a depuis plus reçu de nouvelle en dépit des multiples tentatives pour joindre les services préfectoraux par tout moyen et de prendre rendez-vous pour le retrait de ce document ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors il se trouve maintenu en situation irrégulière et que sans le document sollicité il ne peut se rendre en Iran pour rencontrer sa famille qu'il n'a pas vue depuis sept ans et en particulier sa mère qui réside actuellement en Afghanistan, qui est malade et qui ne pourra pas faire le voyage si sa situation se dégrade trop ;
- la mesure sollicitée est utile compte tenu des dysfonctionnements auxquels il se heurte ;
- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
2. Aux termes de l'article L. 561-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public ne s'y opposent, l'étranger titulaire d'un titre de séjour en cours de validité auquel le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé en application de l'article L. 512-1 qui se trouve toujours sous la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut se voir délivrer un document de voyage dénommé " titre d'identité et de voyage " l'autorisant à voyager hors du territoire français. Ce titre permet à son titulaire de demander à se rendre dans tous les Etats, à l'exclusion de celui ou de ceux dans lesquels il est établi qu'il est exposé à l'une des atteintes graves énumérées au même article L. 512-1. ".
3. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant afghan bénéficiant de la protection subsidiaire, a déposé le 4 novembre 2022 une demande de délivrance d'un titre de voyage. Cette demande a fait l'objet d'une décision favorable et il lui a été alors indiqué que le titre sollicité était en cours de fabrication et lui sera prochainement remis. Le requérant soutient sans être contredit que cette décision favorable date du 19 avril 2023 et qu'il attend toujours la remise de ce titre, en dépit de multiples tentatives pour joindre les services préfectoraux et se voir fixer un rendez-vous. Compte tenu du délai déraisonnable de plus d'un an qui s'est écoulé depuis la décision favorable qui lui a été notifiée et de près de deux ans depuis l'introduction de sa demande initiale, et alors que la préfète du Val-de-Marne qui s'est abstenue de produire toute observation en défense ne se prévaut d'aucun obstacle particulier, M. A justifie être dans une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Dans ces conditions, ail y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de convoquer M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, afin de lui remettre le titre de voyage sollicité, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de convoquer M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, afin de lui remettre le titre de voyage sollicité.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 23 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé : C. Ledamoisel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,