Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407890
mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2407890 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | OZEKI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juin et 17 juillet 2024, M. B A, retenu au centre de rétention du Mesnil-Amelot n°2 et représenté par Me Ozeki, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son inscription dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Ozeki, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- sa requête est recevable ;
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
- le préfet a méconnu le principe du contradictoire prévu par les stipulations de l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente dès lors que l'arrêté qui donne délégation de signature à l'auteur de la décision attaquée ne comporte aucune signature manuscrite ;
- elle est insuffisamment motivée et elle est illégale en l'absence d'examen personnalisé de sa situation par le préfet ;
- elle est intervenue sans qu'il ait été mis à même de bénéficier de son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en qualité de parent d'un enfant français ; il établit le lien de filiation avec son fils de nationalité française pour lequel il contribue à son éducation et à son entretien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; il a toutes ses attaches familiales en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation
Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son risque de fuite dès lors qu'il présente des garanties de représentation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Luneau, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R.777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Luneau,
- et les observations de Me Ozeki, représentant M. A également présent, qui maintient uniquement ses conclusions et moyens figurant dans son mémoire complémentaire enregistré le 17 juillet 2024 et qui soutient qu'il n'a pas été en mesure d'exercer ses droits au local de rétention administrative de Nanterre et qu'il justifie de circonstances insurmontables ne lui ayant pas permis d'exercer matériellement son recours dans les délais.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 15h12.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 13 décembre 1996 à Dakar (Sénégal), a été interpellé le 22 juin 2024 et placé en retenue judiciaire en raison d'une fiche de recherche pour une interdiction judiciaire du territoire. Par arrêté du 22 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il a, par un second arrêté du même jour, placé l'intéressé en rétention. Par la présente requête, M. A demande l'annulation du premier arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". En sollicitant des frais d'avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, le conseil du requérant doit être considéré comme sollicitant l'admission de ce dernier à titre provisoire à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure () ". Aux termes de l'article L. 614-8 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec () une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Aux termes de l'article R. 776-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si, au moment de la notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1, l'étranger est retenu par l'autorité administrative, sa requête peut valablement être déposée, dans le délai de recours contentieux, auprès de ladite autorité administrative. Dans le cas prévu à l'alinéa précédent, mention du dépôt est faite sur un registre ouvert à cet effet. Un récépissé indiquant la date et l'heure du dépôt est délivré au requérant. L'autorité qui a reçu la requête la transmet sans délai et par tous moyens au président du tribunal administratif ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 22 juin 2024 du préfet des Hauts-de-Seine obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français a été notifié à celui-ci, par voie administrative, le même jour, à 15 heures 25, que cette notification mentionnait les voies et délais de recours contre ces décisions et, notamment, le délai de recours de quarante-huit heures et que la requête tendant à l'annulation de cet arrêté n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun que le 27 juin suivant à 17 heures 34, soit après l'expiration du délai de recours de quarante-huit heures.
5. M. A soutient que sa requête est recevable, et le réitère devant nous à l'audience, dès lors que l'arrêté contesté ne comporte pas la possibilité laissée au requérant de déposer son recours contentieux devant l'autorité administrative chargée de sa rétention en application des dispositions de l'article R. 776-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'ainsi, il justifie de circonstances insurmontables ne permettant pas de lui opposer le délai de quarante-huit heures. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'article 21 du règlement intérieur du local de rétention administrative de Nanterre, dont le requérant a reçu communication dans une langue qu'il comprend et qu'il a signé à son arrivée le samedi 22 juin à 17h44, qu'il avait la possibilité de déposer un recours contentieux auprès du chef de poste du local de rétention. Si le conseil de M. A soutient à l'audience que les services du greffe du local de rétention de Nanterre sont fermés le week-end, aucune pièce du dossier ne permet de l'établir. Ainsi, le délai de recours de quarante-huit heures a bien commencé à courir le 22 juin 2024 à 15 heures 25. Dans ces conditions, la requête de M. A est tardive et, par suite, irrecevable.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
La magistrate désignéeLa greffière
Signé : F. LUNEAU Signé : MD. ADELON
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD.ADELON
N°2407890