Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407923

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407923
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, complétée le 3 juillet 2024,

Madame B A, représentée par Me Berté, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 27 juin 2024 par laquelle, le ministre de l'intérieur et des outre-Mer lui a refusé l'entrée du territoire français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à mettre fin à son placement de la requérante en zone d'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, ressortissante béninoise, elle est entrée en France le 27 septembre 2019 avec un visa d'étudiant, qu'elle a eu plusieurs cartes de séjour en cette qualité et qu'elle a demandé un changement de statut vers celui de " entrepreneur - profession libérale ", qu'elle a reçu un récépissé valable jusqu'au 4 juillet 2024 et qu'au retour d'un séjour à Londres, le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a opposé un refus d'entrée sur le territoire.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car la décision en cause ne peut s'analyser que comme une décision de refus de séjour, et, sur le doute sérieux, que cette décision est insuffisamment motivée, que l'arrêté du 12 avril 2024 ne peut lui être opposé car il ne lui a pas été régulièrement notifié et que cet arrêté a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024 sous le numéro 2307972,

Madame A a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B A, ressortissante béninoise née le 2 mars 1997 à Cotonou, entrée en France selon ses dires le 27 septembre 2019 munie d'un visa d'étudiant, a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour portant la mention " entrepreneur - profession libérale " délivrée par le préfet de police de Paris et valable jusqu'au 3 juillet 2023. Elle en a demandé le renouvellement et s'est vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 4 juillet 2024. Par un arrêté du 12 avril 2024, le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le courrier en recommandé avec accusé de réception communiquant cette décision a été retourné à l'administration le 27 mai 2024 faute d'avoir été retiré par sa destinataire. Le 27 juin 2024, au retour d'un voyage au Royaume-Uni, Madame A a fait l'objet, par les services de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne), d'une décision de refus d'entrée sur le territoire français. Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, elle a demandé l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Aux termes d'une part de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ".

4. Aux termes d'autre part de l'article L. 431-3 du même code : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 12 avril 2024, le préfet de police de Paris a refusé de renouveler le titre de séjour de Madame A et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cette décision a eu pour conséquence nécessaire, d'une part, le retrait du récépissé de demande de titre de séjour dont elle disposait, quand bien même celui-ci aurait une date d'échéance postérieure, et, d'autre part, la fin de son droit de séjour trente jours après la date de première présentation du courrier transmettant cette décision, soit en l'espèce le 23 mai 2024. Par suite, la requérante, le 27 juin 2024, n'étant pas en mesure de présenter les documents mentionnés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à son arrivée en France, c'est à bon droit que les services de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly lui ont refusé l'entrée sur le territoire français.

6. Dans ces conditions, aucun moyen n'étant de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, laquelle n'est pas une décision de refus de séjour mais une décision de refus d'entrée sur le territoire, la requête de Madame A ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, la circonstance que l'arrêté du 12 avril 2024 ne lui aurait pas été régulièrement notifié étant sans incidence, une telle irrégularité, à la supposer établie, n'ayant de conséquences que sur l'opposabilité à son encontre des délais de recours contentieux.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Madame A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A et au préfet de police de Paris.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,