Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408127
jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408127 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024 sous le n° 2408127, M. A B, demeurant 40 rue de la Fosse Rouge à Sucy-en-Brie (94370), représenté par Me Saligari, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet du Val de Marne portant refus de délivrance d'un récépissé de demande d'un titre de séjour en date du 28 mai 2024 ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent à titre principal, de lui délivrer le récépissé sollicité dans un délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que le refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts privés, vitaux et personnels ;
* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en violation de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- la requête à fin d'annulation enregistré sous le n° 2408132 ;
- les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 18 juillet 2024 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. Freydefont a lu son rapport.
Ni M. B, requérant, ni la préfète du Val-de-Marne, défendeur, ne sont présents ou représentés.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 11 heures 40.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision " ; aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Il résulte de l'instruction que M. A B, ressortissant algérien né le 20 mars 1988, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour et a été convoqué à la préfecture du Val-de-Marne le
28 mai 2024 afin de déposer son dossier de demande de titre de séjour. Son dossier étant complet, l'agent au guichet lui a remis une attestation de dépôt ne valant pas droit au séjour. Par la présente requête, M. B demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 28 mai 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.
3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
4. Il résulte des propres termes de la requête que M. B a déclaré être arrivé en France en juin 2011. Or, il n'est ni démontré, ni même allégué que M. B ait, depuis son entrée en France, sollicité un titre de séjour en vue de régulariser sa situation avant 2024. Par suite, l'intéressé a passé plus de 13 ans en France en situation irrégulière sans que cela ne lui pose souci. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'absence de remise de récépissé de demande de titre de séjour depuis le 28 mai 2024, soit depuis un mois et demi à peine à la date de la présente ordonnance, préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle.
5. La condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, les conclusions à fin de suspension de la décision litigieuse doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition relative à l'existence d'un doute sérieux de cette décision.
6. Par voie de conséquence, seront également rejetées les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Me Saligari et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Copie dématérialisée en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 18 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé : C. FreydefontLa greffière,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,