Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408130
mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408130 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, Mme B C, représentée par
Me Al Kahef, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction lui permettant de justifier de son séjour et l'autorisant à travailler, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance de référés et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de poursuivre l'instruction de sa demande de titre de séjour dans un délai de 72 heures à compter de la notification de l'ordonnance de référé et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et à défaut à lui verser cette somme.
Elle indique que, de nationalité marocaine, elle est entrée en France le 4 septembre 2023 munie d'un visa, qu'elle poursuit des études de master à la " Sport Management School ", qu'il ne lui a pas été possible de déposer sa demande de titre de séjour sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, qu'elle a dû saisir le Défenseur des Droits, qu'elle n'a pu déposer son dossier que le 20 décembre 2023 et s'est vu remettre une simple attestation de dépôt valable trois mois, que des compléments lui ont été demandés auxquels elle a répondu tout de suite et qu'elle a essayé de demander le renouvellement de son récépissé, sans succès.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle est dans l'incapacité de justifier de la régularité de son séjour et ne peut répondre à des stages dans le cadre de ses études, et que cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et de venir comme de poursuivre ses études.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, l'intéressée étant convoquée le
5 juillet 2024 à 14 heures pour le retrait de son récépissé de demande de titre de séjour.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret
n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 5 juillet 2024, tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Al Kahef, représentant Mme C, présente, qui prend acte de la convocation reçue ;
- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions tendant au non-lieu à statuer.
Considérant ce qui suit :
1 Mme C, ressortissante marocaine née le 18 mars 2002 à Ain Chock (Casablanca), entrée en France en dernier lieu le 4 septembre 2023 munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises à Casablanca, s'est inscrite à la " Sport Management School " de Paris (75019), pour y suivre des études en vue d'obtenir un master. Elle a déposé, le
20 décembre 2023, en préfecture du Val-de-Marne, une demande de titre de séjour et " une attestation de dépôt ", valable trois mois lui a été délivrée. Des éléments complémentaires lui ont été demandés les 4 et 25 mars 2024 qu'elle a produit. Son " attestation de dépôt " n'a toutefois pas été renouvelée. Par sa requête enregistrée le 4 juillet 2024, elle a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de la convoquer pour lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a convoqué l'intéressée pour le
5 juillet 2024 à cette fin.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3 Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4 Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5 Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a convoqué Mme C le 5 juillet 2024 à 14 heures pour se voir remettre un récépissé de demande de titre de séjour. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Sur les frais irrépétibles :
6 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
7 Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".
8 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1.500 euros qui sera versée à Me Al Kahef, conseil de
Mme C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 500 euros à Me Al Kahef, conseil de Mme C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à Me Al Kahef et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2408130