Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408429
lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408429 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Herriot, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'il soit statué sur sa légalité :
1°) de suspendre la décision de suspension de permis de conduire prise à son encontre par la préfète du Val-de-Marne ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui restituer son permis de conduire sous astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard dans l'exécution des injonctions susvisées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de la présente instance en application de l'article L761-1 du code de justice administrative
Il indique que, le 9 mai 2024, il a été interpelé alors que son véhicule est en stationnement et est placé en garde à vue pour la première fois de sa vie pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique et que, par une décision du 13 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de trois mois.
Il soutient que la condition d'urgence est remplie car il a besoin de son permis de conduire pour faire fonctionner son entreprise de dératisation car les produits qu'il transporte ne peuvent l'être dans les transports en commun, et, sur le doute sérieux, que la décision contestée a été prise sans respect de la procédure contradictoire car la préfète n'a pas attendu ses observations pour la prendre, qu'elle a été prise par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière et sans qu'il ait été entendu, qu'elle n'est pas motivée et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
M. B a présenté une requête, enregistrée le 9 juillet 2024 sous le n° 2308363, demandant l'annulation de la décision attaquée.
La présidente du Tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 13 juin 2024, la préfète du Val-de-Marne a autorisé uniquement M. B à conduire, pour une durée de trois mois, un véhicule équipé d'un dispositif homologué d'éthylotest anti-démarrage. Celui-ci, en effet, avait été contrôlé en position de conduite sous l'empire d'un état alcoolique le 9 mai 2024 à Créteil. Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. B a demandé au présent tribunal l'annulation de cet arrêté dont il demande également, par une requête enregistrée le 10 juillet, la suspension de son exécution.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.
4. Aux termes de l'article L. 224-7 du code de la route : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. Il peut également prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire à l'encontre de l'accompagnateur d'un élève conducteur lorsqu'il y a infraction aux dispositions des articles L. 234-1 et L. 234-8 et aux dispositions des articles L. 235-1 et L. 235-3. ". Aux termes de l'article R. 224-7 du même code : " I. - Dans les cas prévus aux articles L. 224-2 et L. 224-7, le préfet peut restreindre le droit de conduire d'un conducteur ayant commis l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1,
L. 234-8 et R. 234-1, par arrêté, pour une durée qui ne peut excéder un an, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique, installé par un professionnel agréé ou par construction, conformément aux dispositions de l'article L. 234-17, en état de fonctionnement et après avoir utilisé lui-même ce dispositif sans en avoir altéré le fonctionnement. Pendant cette durée, le permis de conduire de l'intéressé est conservé par l'administration et l'arrêté du préfet vaut permis de conduire au sens des articles R. 221-1-1 à D. 221-3 et titre justifiant de son autorisation de conduire au sens du I de l'article R. 233-1. L'arrêté du préfet est notifié à l'intéressé soit directement s'il se présente au service indiqué dans l'avis de rétention du permis de conduire, soit par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. L'arrêté du préfet portant restriction du droit de conduire en application du
premier alinéa du présent I est transmis sans délai au procureur de la République dans le ressort duquel l'infraction a été commise. Le procureur de la République communique sans délai au préfet du lieu de l'infraction toute décision judiciaire exécutoire ou définitive prononcée pour une infraction punie de la peine complémentaire d'interdiction de conduire un véhicule qui n'est pas équipé d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique, installé par un professionnel agréé ou par construction. () ".
5. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, M. B soutient qu'il a besoin de son permis de conduire pour faire fonctionner son entreprise de dératisation, qui est nécessaire à l'équilibre économique de son foyer et qu'en conséquence la détention du permis de conduire lui est indispensable.
6. Il résulte toutefois des pièces du dossier, d'une part, que l'intéressé a été contrôlé le 9 mai 2024 avec un taux d'alcool de 0,52 mg / litre d'air expiré et, d'autre part, que la décision en litige ne lui interdit pas de conduire mais limite seulement ce droit à un véhicule spécifiquement équipé pour une durée restreinte.
7. Par suite, la condition d'urgence, qui doit s'analyser, comme il l'a été dit plus haut, globalement et concrètement, et aussi compte tenu des impératifs de sécurité routière, ne peut être considérée comme remplie, dès lors que la situation que déplore le requérant résulte principalement de son propre comportement et que l'autorité administrative a pris soin d'assortir sa décision de mesures lui permettant de continuer à travailler.
8. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête de M. B selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. Aymard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,