Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408435

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Fafowora de Lombardon, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision référencée 48SI du 12 mars 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité pour solde de points nul de son permis de conduire et lui a enjoint de restituer celui-ci aux services préfectoraux de son département de résidence dans un délai de dix jours francs ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de recréditer son permis de conduire de sept points ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il occupe un poste d'ingénieur informatique qui nécessite des déplacements en France et à l'étranger, qu'il est père de deux enfants dont l'un est en situation de handicap et enfin qu'il ne représente pas un danger la sécurité routière ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige aux motifs :

* qu'il n'est pas l'auteur des infractions commises les 25 août et 15 octobre 2023, mentionnées sur la décision contestée ;

* que les infractions prétendument commises les 25 août et 15 octobre 2023 n'ont pas pu emporter retrait de point au regard des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route ;

* que les infractions prétendument commises les 25 août et 15 octobre 2023 n'ont pas fait l'objet de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d'une part, que la condition d'urgence n'est pas remplie et, d'autre part, qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu

- la requête n° 2405254 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Grand, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Keli, greffière d'audience, M. Grand a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision référencée 48SI du 12 mars 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité pour solde de points nul de son permis de conduire, M. B fait valoir que son emploi d'ingénieur informatique nécessite qu'il effectue des déplacements fréquents en France et à l'étranger et qu'il est père de deux enfants, dont l'un est en situation de handicap qu'il doit conduire à de fréquents rendez-vous médicaux. Toutefois, d'une part, le requérant, qui se borne à produire une copie de son contrat de travail, qui ne fait pas état de la nécessite de posséder un permis de conduire, ainsi que ses trois derniers bulletins de salaire, n'établit pas qu'il lui serait impossible d'effectuer ses déplacements professionnels avec un tiers conducteur ou en empruntant d'autres modes de transports. D'autre part, il n'établit pas davantage que le transport de son fils à ses rendez-vous médicaux ne pourrait pas être réalisé par un autre membre de sa famille ou par lui-même avec un mode de transport ne nécessitant pas d'être titulaire du permis de conduire.

4. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie et la requête de M. B doit, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Melun, le 26 juillet 2024.

Le juge des référés,

R. GRANDLa greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,