Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408439

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Seiller, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision de refus de délivrance d'une carte de résident et de refus de renouvellement d'une carte de séjour " vie privée et familiale " née le 5 décembre 2023 du classement sans suite de sa demande en date du 1er décembre 2023 et du silence gardé pendant plus de quatre mois par l'administration suite à ses demandes ultérieures ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer lesdits titres dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite car la décision lui refuse le renouvellement d'un titre et qu'elle préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation, la plaçant en situation irrégulière et l'empêchant de travailler ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cette décision en raison d'un défaut d'examen, d'une insuffisance de motivation, d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, et enfin d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie.

Par deux mémoires en observations complémentaires, enregistrées le 23 juillet 2024, Mme A, représentée par Me Seiller, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande de renouvellement et de délivrance d'une carte de résident ou, à défaut, d'une carte de séjour dans un délai de trois mois, au besoin sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard à l'issue de cette période de trois mois sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 911-3 du même code eu égard aux retards constatés au sein de la préfecture du Val-de-Marne et aux difficultés déjà rencontrées dans ce dossier ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que, par courriel du 11 juillet 2024 soit postérieurement à l'introduction de sa procédure de référé et de sa requête au fond, la préfète Val-de-Marne l'a convoquée à un rendez-vous dans le cadre de sa demande de renouvellement le 16 juillet 2024 où elle a pu déposer son dossier de demande de renouvellement à l'occasion duquel un récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour avec autorisation de travail valable jusqu'au 15 octobre 2024 lui a été remis. Elle précise que c'est grâce aux recours précités que cette issue a pu être obtenue.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative au droit de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024 sous le numéro 2408448, Mme A a demandé l'annulation de la décision contestée.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Guillemard, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- et les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, absente, qui maintient ses conclusions tendant au rejet de la requête.

Mme A n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14h52.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne (République de Guinée), née le 10 mars 1992 à Tougue (République de Guinée), entrée en France le 15 mai 2012, a obtenu un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français, délivré par le préfet de police de Paris le 3 décembre 2020, titre renouvelé une fois le 10 février 2022 et valable jusqu'au 9 février 2023. Elle a demandé à ce même préfet de lui délivrer une carte de résident, ou à défaut, de lui renouveler son titre de séjour et a, le 8 juin 2023, était placée sous récépissé de renouvellement avec autorisation de travail valable jusqu'au 7 décembre 2023 mais, par un courrier du 2 août 2023 reçu le 23 novembre 2023, le préfet de police de Paris l'a informée que ses services ne pouvaient instruire sa demande en raison de son changement de résidence dans le département du Val-de-Marne. Elle a ainsi déposé sur la plateforme " démarches simplifiées " le 1er décembre 2023 une demande de rendez-vous auprès de la préfète du Val-de-Marne qui lui a opposé une décision de classement sans suite de sa demande le 5 décembre 2023. Avec l'aide de son conseil, elle a demandé la communication des motifs de ce classement sans suite. Sans retour de la part des services préfectoraux et par sa requête enregistrée le 10 juillet 2024, elle a demandé l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et selon l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

3. En l'espèce, Mme A a sollicité la délivrance d'une carte de résident ou, à défaut, le renouvellement de sa carte de séjour en qualité de parent d'enfant français, en application de l'article L. 424-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 5 décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne lui a opposé un classement sans suite de sa demande, sans fournir à l'appui de motivation ou d'explication. Postérieurement à sa requête, soit le 11 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne a convoqué Mme A dans le cadre de sa demande de renouvellement le 16 juillet 2024 où elle a pu déposer son dossier de demande de renouvellement et à l'occasion duquel un récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour avec autorisation de travail valable jusqu'au 15 octobre 2024 lui a été remis. Par suite, le juge des référés ne pouvant statuer, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, que par des mesures qui " présentent un caractère provisoire ", il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme A d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 2 : L'État versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

M. Girard-RatrenaharimangaLa greffière,

V. Guillemard

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2408439