Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408553

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408553
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, Mme A B, représentée par

Me Daurelle, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) de suspendre la décision de refus d'entrée prononcée par le ministre de l'intérieur le 5 juillet 2024 ;

2°) d'autoriser à titre provisoire l'entrée sur le territoire français de Mme B ;

3°) d'ordonner au ministre de l'intérieur, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, un réexamen de la demande de visa dans les vingt-quatre heures suivant la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000,00 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, ressortissante malienne, elle est arrivée le 5 juillet 2024 à l'aéroport d'Orly en provenance de Bamako, et qu'elle a fait l'objet, par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, d'un refus d'entrée sur le territoire.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car son renvoi dans son pays d'origine est imminent, et, sur le doute sérieux, que cette décision a été prise par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'une erreur de droit car elle justifie des moyens nécessaires à son séjour en France, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024 sous le n° 2408558, Mme B a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malienne née en 1992 à Mélégué (Région de Kayes), titulaire d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires néerlandaises à Bamako, délivré le 21 juin 2024 et valable jusqu'au 5 août 2024, a fait l'objet, le 5 juillet 2024, à son arrivée à l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne), d'une décision de refus d'entrée sur le territoire français, motivée par le défaut d'authenticité de l'invitation émanant d'une association de femmes maliennes en Belgique et à l'insuffisance des moyens financiers dont l'intéressée disposait, ainsi que d'une décision d'annulation de son visa. Par une requête enregistrée le

12 juillet 2024, elle a demandé l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / () c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens () ".

5. Aux termes par ailleurs de l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement qui prend la forme d'une attestation d'accueil, signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger, ou son représentant légal. Cette attestation est validée par l'autorité administrative, et constitue le document prévu par la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 pour justifier les conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser l'entrée sur le territoire français à Madame B, les services de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly ont relevé que l'invitation d'une association de femmes maliennes en Belgique, dont elle se prévalait pour justifier de son voyage, était fausse et que l'intéressée ne disposait que de ressources insuffisantes pour le séjour allégué dans ce pays, prévu pour une durée de trente jours. En réponse, la requérante soutient qu'elle devait se rendre en Belgique, du 5 au 11 juillet, pour un motif professionnel, qu'elle disposait d'une fiche de réservation émise par un hôtel et qu'elle avait des proches en France susceptibles de l'héberger pour la suite de son séjour sur le territoire français, ainsi que d'importantes sommes d'argent sur son compte au Mali, susceptible de faire l'objet de transferts.

7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la réservation hôtelière présentée par Madame B a été faite la veille de son départ par une tierce personne, qu'elle n'est pas réglée et était en tout état de cause échue à la date de l'enregistrement de sa requête, et que la requérante ne justifiait pas de la disposition des fonds nécessaires pour le payer, puisqu'elle n'avait qu'une somme de 250 euros sur elle en espèces ainsi qu'une carte ne lui permettant de faire aucun retrait. Enfin, l'attestation d'hébergement produite n'est datée que du 11 juillet 2024 et ne concerne que le séjour avant son départ en Belgique et non la période postérieure à sa réservation d'hôtel, de sorte que l'intéressée ne peut être considérée comme justifiant de ses conditions et de ses moyens d'existence dans l'espace Schengen pendant l'ensemble de sa période de présence alléguée de trente jours.

8. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, aucun doute sérieux n'étant de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, laquelle est suffisamment motivée, la requête de Madame B ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence.

O R D O N N E :

Article 1er : Madame B n'est pas admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Madame B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,