Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408601

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408601
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2024 sous le n° 2408601,

Mme A E, demeurant 18 rue Pierre Sémard à Orly (94370), demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la décision d'octroi du concours de la force publique prise dans le cadre de son expulsion imminente.

Mme E soutient que :

- elle est, avec sa famille ukrainienne composée de cinq personnes, sous-locataire de bonne foi de son appartement de type logement social HLM auprès de M. B D à qui elle paye un loyer mensuel de 750 euros depuis 3 ans ;

- l'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est caractérisée dès lors qu'elle a deux enfants en bas âge, et sa famille risque de se retrouver à la rue, et bien qu'elle ait activement entamé des recherches d'un nouveau logement, elle n'a dans l'immédiat aucune solution de relogement ;

- elle possède une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au

20 novembre 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle invoque le jugement du 8 décembre 2022 du tribunal judiciaire de Créteil condamnant M. B D à s'acquitter de sa dette locative, aujourd'hui de

6 503 euros, envers l'office public d'HLM de la ville d'Orly, l'échéancier qui lui a été accordé au moyen de mensualités de 30 euros payables en plus de son loyer courant et qui n'a pas été respecté. La préfète soutient également que la circonstance que Mme E sous-loue le logement social de M. D ne saurait être un élément suffisant pour ne pas exécuter une décision de justice. Enfin, elle fait valoir que la présence de deux enfants ne saurait justifier un refus d'octroi de concours de la force publique, refus qui n'est légal que si des considérations impérieuses le justifient, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

Par un mémoire, enregistré le 17 juillet 2024, le préfet de police de Paris fait valoir qu'il n'est pas l'auteur de la décision querellée d'octroi du concours de la force publique et qu'il sollicite, en conséquence, sa mise hors de cause.

Vu :

- l'avis d'expulsion litigieux avec date planifiée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 juillet 2024 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. Freydefont a lu son rapport et entendu :

- les observations de Mme E, requérante, assistée de M. C, de l'association d'aide civile aux Ukrainiens, qui fait office d'interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'elle paye tous les mois depuis trois ans un loyer mensuel de 750 euros ; elle a même acquitté la taxe d'habitation du logement qu'elle occupe avec sa famille ; l'urgence est caractérisée dans la mesure où l'expulsion locative était initialement programmée pour le mardi 16 juillet ; elle a été finalement reportée suite à sa convocation au commissariat de police, apparemment à la fin août, mais sans aucune certitude ; elle a commencé à recherches d'une solution d'hébergement comme en atteste le courrier du président du conseil départemental.

La préfète du Val-de-Marne, défendeur, n'est ni présente, ni représentée.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 11 heures 40.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Il résulte de l'instruction que Mme A E a été destinataire d'un avis d'expulsion avec date planifiée pris par le commissaire de police de Choisy-le-Roi (94600) faisant suite à la décision de la préfète du Val-de-Marne d'octroi du concours de la force publique. Par la présente requête, Mme E demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision d'octroi du concours de la force publique.

En ce qui concerne la condition d'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement et tenir compte du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence ; il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

4. Au cas d'espèce, le courrier du commissaire de police de Choisy-le-Roi, par ailleurs adressé non à Mme E mais à M. B D, locataire en titre, ne mentionne aucune date programmée pour l'expulsion, au besoin avec le concours de la force publique, de ce dernier de son logement du 18 rue Pierre Sémard, 2ème étage, escalier 18, à Orly. Au surplus, la trêve hivernale au cours de laquelle les locataires ne peuvent être expulsés commence le 1er novembre. Par suite, l'expulsion est susceptible d'intervenir avant cette date automnale, sans qu'il soit démontré qu'elle serait imminente. Au contraire, il ressort des déclarations faites lors de l'audience publique du 18 juillet 2024 que cette expulsion locative, initialement programmée pour le mardi 16 juillet, a été reportée à la fin août.

5. En outre, comme le fait valoir la préfète du Val-de-Marne en défense, le jugement du tribunal judiciaire de Créteil condamnant M. B D à s'acquitter de sa dette locative, qui s'élève aujourd'hui de 6 503 euros, envers l'office public d'HLM de la ville d'Orly, date du 8 décembre 2022. M. D a par ailleurs bénéficié d'un échéancier qui au moyen de mensualités de 30 euros payables en plus de son loyer courant et qui n'a pas été respecté. Il s'ensuit que ne sont pas justifiées devant le juge des référés des circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence à quarante-huit heures

6. Enfin, en sous-louant le logement social de M. D, Mme E s'est elle-même placée dans une situation qui ne lui permet plus d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence.

7. Par suite, la requérante ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant une situation d'extrême urgence dans les quarante-huit heures.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une ou plusieurs libertés fondamentales :

8. Si Mme E peut être regardée, en faisant état de sa famille composée de cinq personnes dont deux enfants en bas âge, comme soulevant la violation du droit au respect de sa vie privée et familiale, elle n'apporte cependant aucun élément permettant de caractériser une atteinte grave et manifestement illégale portée à cette liberté fondamentale, faute pour elle de développer aucun moyen dans sa requête.

9. Aucune des deux conditions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'étant satisfaite, il convient donc de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative par Mme E doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E et à la préfète du Val-de-Marne et le préfet de Police.

Fait à Melun, le 18 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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