Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408638

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408638
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024 sous le n° 2408638,

Mme B A, demeurant 15 rue Etienne Dolet à Choisy-le-Roi (94600), représentée par Me Louafi Ryndina, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à la préfète du Val-de-Marne de lui remettre en mains propres son titre de séjour pour " études " ayant fait l'objet de la décision favorable le 7 juin 2023 d'une durée de validité d'un an et ce dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, si ce titre n'est pas encore prêt, un nouveau récépissé de demande de titre de séjour pour " études " l'autorisant à travailler et à franchir les frontières de l'espace Schengen jusqu'à remise de son titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- l'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est caractérisée dès lors que le délai de remise de titre de séjour de près de 12 mois ne constitue pas un délai raisonnable ; de plus, elle est placée dans une situation d'extrême précarité tant administrative, étant désormais en situation irrégulière sur le territoire français, que financière, ne pouvant plus exercer une activité professionnelle lui permettant de financer ses études ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir ainsi qu'à son droit à l'éducation et à son droit au travail par violation de l'article R. 426-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et au rejet du surplus des conclusions de la requête en faisant valoir que ses services ont convoqué

Mme A pour le 22 juillet 2024 à 10 heures pour le retrait de son titre de séjour et le dépôt de son dossier administratif.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 17 juillet 2024, Mme A demande au juge des référés de prendre acte du caractère tardif de sa convocation en vue de délivrance de son titre de séjour et maintient sa demande de frais irrépétibles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 juillet 2024 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. Freydefont a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me El Assad, substituant Me Termeau, représentant la préfète du Val-de-Marne, défendeur, qui s'en remet à l'appréciation du juge des référés en ce qui concerne la demande de frais irrépétibles de Mme A.

Mme A, requérante, n'est ni présente, ni représentée.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 11 heures 40.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Il résulte de l'instruction que Mme B A, ressortissante algérienne née le 9 mars 2003 à Kouba, était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 21 décembre 2022 dont elle a sollicité le 12 novembre 2022 le renouvellement, ce qui lui fut accordé par décision du 7 juin 2023. Or, depuis cette décision, Mme A attend d'être mise en possession de ce titre de séjour. Par la présente requête, Mme A demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, d'ordonner à la préfète du Val-de-Marne de lui remettre en mains propres son titre de séjour pour " études " ayant fait l'objet de la décision favorable le 7 juin 2023 ou, si ce titre n'est pas encore prêt, un nouveau récépissé de demande de titre de séjour pour " études " l'autorisant à travailler et à franchir les frontières de l'espace Schengen jusqu'à remise de son titre de séjour.

En ce qui concerne le non-lieu à statuer allégué par la préfète en défense :

3. En défense, la préfète du Val-de-Marne conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en faisant valoir que ses services ont convoqué Mme A pour le

22 juillet 2024 à 10 heures pour le retrait de son titre de séjour et le dépôt de son dossier administratif. Toutefois, à défaut de produire une copie de ce titre de séjour ou une copie de l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF) faisant état de ce titre de séjour, la préfète ne justifie pas de la remise prochaine à la requérante de son titre. Il s'ensuit que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 gardent leur objet.

En ce qui concerne la condition d'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

5. Au cas d'espèce, la condition d'urgence est caractérisée par le fait que la demande concernait non un premier titre de séjour, mais une demande de renouvellement, qu'une décision favorable à cette demande a été notifiée à la requérante en juin 2023, il y a plus d'un an, et que Mme A est toujours en attente de se voir remettre son titre de séjour. L'urgence découle également de ce que Mme A est placée dans une situation d'extrême précarité tant administrative, étant désormais en situation irrégulière sur le territoire français, que financière, ne pouvant plus exercer une activité professionnelle lui permettant de financer ses études. Par suite, l'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est avérée.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une ou plusieurs libertés fondamentales :

6. Il résulte de ce qui a été développé aux points 2 et 4 ci-dessus que l'inertie de la préfecture à remettre à Mme A son nouveau titre de séjour " étudiant " ou un récépissé l'autorisant à travailler et à franchir les frontières de l'espace Schengen porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent pour la requérante son droit d'aller et venir ainsi que son droit au travail et aux études.

7. Les deux conditions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative étant satisfaites, il convient sur le fondement de ces dispositions d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de remettre à Mme A soit son titre de séjour portant la mention " étudiant " ayant fait l'objet de la décision favorable le 7 juin 2023 d'une durée de validité d'un an et ce dans un délai de quatre jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, soit, si ce titre n'est pas encore prêt, un nouveau récépissé de demande de titre de séjour pour " études " l'autorisant à travailler et à franchir les frontières de l'espace Schengen jusqu'à remise de son titre de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de l'Etat le reversement au conseil du requérant de la somme de

1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de remettre à Mme A soit son titre de séjour portant la mention " étudiant " ayant fait l'objet de la décision favorable le 7 juin 2023 d'une durée de validité d'un an et ce dans un délai de quatre jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, soit, si ce titre n'est pas encore prêt, un nouveau récépissé de demande de titre de séjour pour " études " l'autorisant à travailler et à franchir les frontières de l'espace Schengen jusqu'à remise de son titre de séjour.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Me Louafi Ryndina et à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 18 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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