Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408798
jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408798 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Zennou, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
1°) de modifier l'ordonnance n° 2408551 du 15 juillet 2024 en enjoignant au d'hébergement située à Melun ou aux alentours, accessible en transports à commun et proche de la gare, dans le délai de 24 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et du département de Seine-et-Marne le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, Me Zennou, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, à défaut, au requérant.
M. B soutient que : à la suite de l'ordonnance du 15 juillet 2024, les services du département de Seine-et-Marne lui ont proposé un hébergement à Roissy-en-Brie alors que d'autres places sont disponibles à Melun ou dans les alentours ; il est dans l'impossibilité de rejoindre cet hébergement le soir par les transports en commun compte tenu de l'horaire tardif auquel il cesse le travail ; cette situation le contraint à choisir entre son hébergement et poursuivre son activité professionnelle ; dès lors qu'il ne s'est toujours pas vu munir d'un récépissé, il ne pourra retrouver un autre emploi ; par conséquent, il est demandé au juge des référés d'adresser au département une injonction en vue de lui trouver un hébergement lui permettant de poursuivre son activité professionnelle, après lui avoir enjoint de lui communiquer la liste de tous les établissements d'accueil existants à Melun ou aux alentours, accessibles en transports en commun et proches de la gare.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Timothée Gallaud, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 18 juillet 2024 à 14 heures en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Zennou, avocate de M. B, qui reprend les termes de sa requête et précise que ce dernier a déposé un dossier en vue de bénéficier justifier qu'il travaille, en sorte que la perte de son emploi l'exposerait à voir sa demande rejetée ;
- les observations de Me B ;
- et les observations de Me Reis, avocate du département de Seine-et-Marne, qui soutient que la seule structure adaptée pour accueillir M. B et permettre convenablement son suivi en tant que jeune majeur qui dispose d'une place disponible est située à Roissy-en-Brie et qu'il s'agit de la seule raison pour laquelle l'intéressé s'est vu proposer une telle solution.
Considérant ce qui suit :
1. Par une ordonnance n° 2408551 du 15 juillet 2024, le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a ordonné la suspension de la décision du 28 mai 2024 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a mis fin à la prise en charge dont M. B bénéficiait en vert d'un " contrat jeune majeur " et a enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de proposer à M. B, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un " contrat jeune majeur " adapté à ses besoins en matière d'hébergement, dans l'attente notamment de l'obtention d'un logement par le service intégré d'accueil et d'orientation ou en foyer de jeune travailleur, et de lui proposer provisoirement un hébergement dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui proposer une solution une solution d'hébergement située à Melun ou aux alentours, accessible en transports à commun et proche de la gare, dans le délai de 24 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
2. L'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".
3. Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () / Elles bénéficient des autres formes d'aide sociale, à condition qu'elles justifient d'un titre exigé des personnes de nationalité étrangère pour séjourner régulièrement en France () " Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () / 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".
4. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
5. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 222-5-1 du même code qu'un projet d'accès à l'autonomie, élaboré par le président du conseil départemental avec le mineur, en y associant d'autres institutions et organismes concernés, vise à apporter au mineur pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance une réponse globale adaptée à ses besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources. Ce projet est complété, si nécessaire, en fonction des besoins particuliers du jeune majeur en application de l'article
R. 222-6 de ce code, pour les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans mentionnés au 5° de l'article L. 222-5, qui continuent de relever d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance. Cette prise en charge prend la forme du document dénommé " contrat jeune majeur " qui a pour objet de formaliser les relations entre le service de l'aide sociale à l'enfance et le jeune majeur, dans un but de responsabilisation de ce dernier.
6. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
7. Par l'ordonnance du 15 juillet 2024, le juge des référés a estimé que, eu égard aux besoins de M. B et aux conséquences de la fin de son accompagnement par l'aide sociale à l'enfance, le département de Seine-et-Marne devait être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en prononçant la fin de sa prise en charge à sa majorité, sans dispositif de transition adapté en ce qui concerne l'hébergement de l'intéressé. Le juge des référés a, en conséquence, enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de proposer à M. B, dans un délai de dix jours à compter de la notification de cette ordonnance, un " contrat jeune majeur " adapté à ses besoins en matière d'hébergement, dans l'attente notamment de l'obtention d'un logement par le service intégré d'accueil et d'orientation ou en foyer de jeune travailleur, et de lui proposer provisoirement, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance, un hébergement.
8. Il résulte de l'instruction que, en exécution de cette ordonnance, les services du département de Seine-et-Marne ont informé M. B de ce qu'il serait accueilli dans quelques jours au sein d'un dispositif dédié à l'accompagnement des jeunes majeurs à Roissy-en-Brie et que, dans l'attente de la formalisation d'un " contrat jeune majeur " devant intervenir le 22 juillet 2024, il pouvait être accueilli provisoirement dans un dispositif d'hébergement situé à Saint-Germain-Laxis.
9. Si M. B soutient que le lieu d'hébergement qui lui est proposé ne lui permettrait pas de poursuivre son activité professionnelle à Melun, compte tenu de ses horaires de travail et de l'impossibilité qui en résulte de se rendre en transports en commun à Roissy-en-Brie le soir, il n'apporte aucun élément de nature à établir, comme il le soutient, que d'autres possibilités d'hébergement adaptées à sa situation, situées à proximité de Melun et pouvant l'accueillir jusqu'à ce qu'il puisse obtenir un logement par le service intégré d'accueil et d'orientation ou en foyer de jeune travailleur, existeraient et disposeraient de places disponibles. Si l'intéressé se prévaut de ce qu'il risque de perdre son emploi actuel puisqu'il sera dans l'impossibilité de travailler aux horaires convenus avec son employeur, il résulte de l'instruction qu'il a rendez-vous à la préfecture le 2 août 2024 pour se voir remettre un titre de séjour valable du 2 juillet 2024 au 1er juillet 2025, que le préfet de Seine-et-Marne a décidé de lui délivrer. Dans ces conditions, M. B aura la possibilité, s'il devait quitter son emploi actuel qu'il occupe en vertu d'un contrat à durée déterminée, de chercher un nouvel emploi, dans un secteur qui n'apparaît pas dépourvu d'offres et pourra ensuite engager rapidement des démarches en vue d'obtenir un hébergement, étant rappelé qu'il dispose d'une épargne lui permettant de subvenir dans cette attente à ses besoins et qu'il doit percevoir son premier salaire après avoir commencé à travailler le 10 juin 2024. Enfin, les parties ont convenu, au cours de l'audience publique, que, à l'occasion du rendez-vous qui a été fixé au requérant le 22 juillet 2024, pourrait être recherchée une solution qui, sans permettre un accompagnement optimal de M. B, consisterait à l'accueillir à Saint-Germain-Laxis ou dans un autre dispositif proche de Melun, pour qu'il puisse continuer son emploi, s'il apparaissait possible de l'accueillir dans un tel dispositif jusqu'à ce que soit examinée sa demande tendant à être accueilli dans un foyer pour jeunes travailleurs à proximité de son lieu de travail. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que la prise en charge dont est l'objet M. B recèle une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux 5 à 7 et que, partant, la situation de l'intéressé rende nécessaire l'intervention d'une nouvelle mesure de sauvegarde dans les 48 heures.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, étant précisé que le requérant n'a pas sollicité l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au département de Seine-et-Marne et à Me Alexandra Zennou.
Fait à Melun, le 18 juillet 2024.
Le juge des référés,La greffière,
Signé : T. A Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,