Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409030
mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409030 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me de Folleville demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer sous huitaine une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour l'autorisant à voyager et à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est régulièrement entrée en France le 23 mars 2016 à l'âge de 11 ans, dans le cadre d'un regroupement familial, pour rejoindre sa mère mariée avec un ressortissant français ; elle a suivi sa scolarité en France et vient d'obtenir son baccalauréat professionnel en communication visuelle ; elle a obtenu à sa majorité la délivrance le 2 janvier 2023 d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dont la validité a expiré le 1er janvier 2024 ; elle a souhaité en demander le renouvellement dès le mois de décembre 2023, mais s'est heurtée à des dysfonctionnements de l'ANEF, la création d'un compte s'avérant impossible ; elle a en conséquence déposé sa demande le 4 janvier 2024 dans la boîte aux lettres dédiée de la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne ; cette demande lui a été retournée le 27 février 2024 au motif qu'elle devait être présentée sur l'ANEF ; après plusieurs tentatives infructueuses de connexion, elle a contacté le service support du ministère de l'intérieur pour débloquer sa situation ; après plusieurs échanges elle a de nouveau déposé sa demande le 25 mars 2024 sur la boîte aux lettres de Nogent-sur-Marne et est depuis sans nouvelle ;
- la condition d'urgence est présumée puisqu'elle demande le renouvellement de son titre de séjour ; elle se heurte en outre à une impossibilité matérielle de présenter sa demande depuis décembre 2023 en dépit des démarches et relances effectuées ; cette situation porte atteinte au déroulement de ses études supérieures, puisqu'à défaut de justifier de la régularité de son séjour, elle ne pourra plus valider son inscription à la Digital School of Paris après le 31 juillet 2024 et que ses recherches de contrat de travail en alternance sont bloquées ;
- eu égard à l'ancienneté de son séjour en France et aux liens familiaux qui y sont établis, et également à la précarité dans laquelle elle se trouve placée, il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales d'aller et venir, de mener une vie privée et familiale normale, de travailler.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juillet 2024 :
- le rapport de Mme Ledamoisel, juge des référés, qui, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, informe les parties de ce que l'ordonnance à intervenir est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire, le juge des référés ne pouvant, en vertu des articles L. 511-1 et L. 521-3 du code de justice administrative, ordonner que des mesures provisoires ;
- les observations de Me de Folleville, représentant Mme A, également présente, qui s'en rapporte aux conclusions et moyens de la requête en soulignant que l'administration est totalement muette, malgré toutes les démarches effectuées et la saisine du tribunal, alors que Mme A est dans une situation d'urgence, à l'approche de la rentrée scolaire, la bloquant dans ses recherches d'un contrat en alternance ; la préfecture n'a pas retourné la demande de renouvellement de titre de séjour qui, à défaut de rendez-vous, a dû être déposée dans la boîte aux lettres de la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne ;
- la préfète du Val-de-Marne n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à la délivrance d'une carte de séjour :
1. En vertu des articles L. 511-1 et L. 521-3 du code de justice administrative, dont il résulte qu'il ne peut ordonner que des mesures provisoires, le juge des référés ne saurait enjoindre à l'autorité préfectorale de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées à ce titre ne peuvent en conséquence qu'être rejetées.
Sur les autres conclusions :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures (.) ".
3. Mme A demande le renouvellement de la carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont elle est titulaire depuis le 2 janvier 2023. Elle réside en France depuis 2016 et l'âge de ses 11 ans, vient d'obtenir son baccalauréat, justifie avoir entamé les démarches pour le renouvellement de son titre de séjour dans les délais administratifs requis. Mme A s'est toutefois heurtée à un dysfonctionnement technique de la plateforme ANED qui n'a pas pu être résolu. Elle justifie avoir contacté le service support du ministère de l'intérieur qui n'est pas parvenu à débloquer sa situation, et avoir déposé en dernier lieu sa demande de renouvellement de titre de séjour le 25 mars 2024 dans la boîte aux lettres de la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne, à défaut de rendez-vous en préfecture. Elle justifie également avoir tenté depuis cette dernière date de contacter à plusieurs reprises les services préfectoraux pour leur signaler ce dépôt et demander s'il était pris en compte. Il ne résulte pas de l'instruction que la préfète du Val-de-Marne, qui n'a produit aucun mémoire en défense ni aucune pièce, aurait pris en compte et enregistré cette demande. Il est en outre constant que depuis janvier 2024, Mme A est placée dans une situation administrative irrégulière, n'ayant obtenu aucun récépissé ni attestation de prolongation d'instruction. Il résulte enfin de l'instruction que Mme A doit confirmer son inscription dans l'établissement qu'elle a choisi pour poursuivre ses études supérieures avant le 31 juillet 2024. Il résulte de ces éléments que Mme A justifie d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
4. Par ailleurs, il résulte des éléments de fait rappelés au point précédent de la présente ordonnance que les obstacles que Mme A rencontre pour déposer et faire instruire sa demande de renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " a pour effet d'interrompre ses droits au séjour et, eu égard à l'âge de son entrée en France, à la durée de son séjour sur le territoire français et à sa situation personnelle et familiale, portent une atteinte grave à ses libertés fondamentales d'aller et de venir et de mener une vie privée et familiale normale et manifestement illégale au regard des dispositions des articles des articles R. 431-12 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il y a en conséquence lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de procéder, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance, à l'enregistrement de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A et à la délivrance à cette dernière d'un récépissé ou d'une attestation de prolongation d'instruction lui conférant les mêmes droits que le titre de séjour dont elle demande le renouvellement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder à l'enregistrement de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A et à la délivrance à cette dernière d'un récépissé ou d'une attestation de prolongation d'instruction lui conférant les mêmes droits que le titre de séjour dont elle demande le renouvellement, dans le délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne pour information.
Fait à Melun, le 24 juillet 2024.
La présidente,
Signé : C. LEDAMOISEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,