Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409142

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409142
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, Mme A B, représenté par Me Walther, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande d'admission au séjour, dans un délai de quinze jours, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- elle est entrée en France en 2018 et y réside depuis lors ; elle est intégrée professionnellement et socialement ; le 3 janvier 2024 elle a présenté électroniquement et par le biais de son conseil une demande de rendez-vous en préfecture pour déposer une demande d'admission au séjour ; elle a renouvelé cette démarche le 22 avril 2024 ; elle n'a obtenu aucune réponse ;

- la condition d'urgence est remplie puisque l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous la place dans une situation de grande précarité durant une période anormalement longue et elle est exposée à un risque d'éloignement ;

- la mesure sollicité est utile à la préservation de ses droits, dès lors qu'elle ne dispose pas d'autre voie alternative ; la préfète du Val-de-Marne devra lui délivrer un récépissé en vertu des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. En l'espèce, pour tenter de justifier d'une situation d'urgence qui s'attache à ce que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qui lui sont conférés par l'article L. 521-3 du code de justice administrative, Mme B fait valoir qu'elle a vainement effectué deux démarches électroniques les 3 janvier et 22 avril 2024 pour tenter d'obtenir un rendez-vous en préfecture afin de déposer sa demande d'admission au séjour et qu'elle est exposée à un risque d'éloignement. Ces éléments, dépourvus de toute précision circonstanciée propre à la situation personnelle et professionnelle de l'intéressée, qui déclare disposer d'un emploi sans soutenir ni démontrer qu'il serait menacé, ne permettent toutefois pas de caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, eu égard à la durée du séjour en situation irrégulière de la requérante, au nombre limité de ses tentatives de prise de rendez-vous et alors, au demeurant, qu'elle ne justifie pas avoir respecté la procédure détaillée sur le site de la préfecture du Val-de-Marne qu'elle a été invitée à suivre dans le mail automatique de réponse à sa connexion de janvier 2024.

6. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter pour ce motif les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que Mme B présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Melun, le 26 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,