Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409258

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409258
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Amougou Essama demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer fin à son maintien en zone d'attente et de l'admettre sur le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est arrivé en France le 21 juillet 2024 sous couvert d'un visa délivré par l'ambassade de France au Niger pour assister aux Jeux olympiques de Paris ; contre toute attente, le même jour, le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'entrée en France et l'a placé en zone d'attente au motif fallacieux qu'il n'aurait pas produit des documents appropriés attestant du but et des conditions de séjour, en l'espèce l'absence de moyens de subsistance suffisants correspondant à la période et aux modalités du séjour, au retour vers le pays d'origine et au transit ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que les décisions contestées l'expose au risque d'être à tout moment réacheminé vers le pays de provenance et l'administration a déjà programmé son vol retour le 26 juillet 2024 à 13h15 ;

- les décisions contestées portent une atteinte grave à sa liberté d'aller et venir et méconnaissent l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est venu en France pour assister aux épreuves des Jeux Olympiques et la durée de son visa correspond à la durée des Jeux ; il justifie d'un passeport en cours de validité dont l'authenticité n'est pas remise en cause et d'un visa de type C délivré par les autorités françaises le 20 juillet 2024, valable jusqu'au 28 août 2024, dont l'authenticité n'est pas non plus remise en cause ; il dispose de moyens de subsistances propres à assurer son séjour en France, en l'espèce la somme de 1 060 euros en numéraire ainsi que d'une carte de crédit et d'une assurance couvrant d'éventuelles dépenses de santé lors de son séjour ; il dispose d'un billet d'avion retour à son nom et payé à ses frais ; il a produit une attestation d'hébergement et des justificatifs de son séjour jusqu'au 28 août 2024 date d'expiration de son visa ; les décisions sont donc illégales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures (.) ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. La liberté d'aller et venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Elle s'exerce, en ce qui concerne le franchissement des frontières, dans les limites découlant de la souveraineté de l'Etat et des accords internationaux et n'ouvre pas aux étrangers un droit général et absolu d'accès sur le territoire français. Celui-ci est en effet subordonné au respect tant de la législation et de la réglementation en vigueur que des règles qui résultent des engagements européens et internationaux de la France.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour ". Aux termes d'autre part de l'article L. 341-1 du même code : " L'étranger qui arrive en France par la voie ferroviaire, maritime ou aérienne et qui n'est pas autorisé à entrer sur le territoire français peut être placé dans une zone d'attente située dans une gare ferroviaire ouverte au trafic international figurant sur une liste définie par voie réglementaire, dans un port ou à proximité du lieu de débarquement ou dans un aéroport, pendant le temps strictement nécessaire à son départ. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : () 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; ()". Aux termes de l'article L. 313-1 du même code : " Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement qui prend la forme d'une attestation d'accueil, signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger, ou son représentant légal. Cette attestation est validée par l'autorité administrative, et constitue le document prévu par la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 pour justifier les conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée. ". Aux termes de l'article R. 313-2 du même code : " Afin de justifier qu'il possède les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour, l'étranger qui sollicite son admission en France peut notamment présenter des espèces, des chèques de voyage, des chèques certifiés, des cartes de paiement à usage international ou des lettres de crédit. / La validité des justificatifs énumérés au premier alinéa est appréciée compte tenu des déclarations de l'intéressé relatives à la durée et à l'objet de son séjour ainsi que des pièces produites à l'appui de ces déclarations et, le cas échéant, de la durée de validité du visa. ". Enfin, il résulte du point 4 de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) et du montant de référence notifié par les autorités françaises à la Commission européenne au titre de ces dispositions, que le montant journalier minimal de ressources pour séjourner en France s'élève à 32,50 euros pour les titulaires d'une attestation d'accueil, à 120 euros en cas de non-présentation d'une réservation d'hôtel comme justificatif d'hébergement ou à 65 euros dans le cas contraire.

5. Il ressort des mentions de la décision de refus d'entrée sur le territoire français en litige que cette décision a été prise au motif que M. A ne disposait pas de moyens de subsistance suffisants correspondant à la période et aux modalités de séjour, au retour vers le pays d'origine ou de transit.

6. Si M. A produit une attestation d'hébergement, celle-ci a été établie le 24 juillet 2024. M. A ne pouvait en conséquence pas en disposer lors de son arrivée au point de passage frontalier de l'aéroport d'Orly. Par suite, ne disposant pas non plus d'une réservation d'hôtel comme justificatif d'hébergement, M. A devait pouvoir justifier, compte tenu des dispositions précédemment rappelées, d'une somme minimale de 120 euros par jour, soit, pour une durée de séjour jusqu'au 13 août, date d'expiration de son visa, d'une somme de 2 760 euros. Si M. A fait valoir qu'il disposait d'une somme en numéraire de 1060 euros, cette somme est inférieure à celle dont il devait légalement disposer et si l'intéressé soutient qu'il dispose d'une carte de crédit, il n'apporte aucun élément de justification à l'appui de cette allégation.

7. Dans ces conditions, il apparaît manifeste, en l'état de l'instruction, que M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant refus d'entrée sur le territoire français et placement en zone d'attente qui ont été prises à son encontre le 21 juillet 2024 portent une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, notamment à la liberté d'aller et venir dont il se prévaut.

8. Il y a lieu par suite de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. A par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que M. A présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A

Fait à Melun, le 26 juillet 2024.

La présidente,

Signé : C. LEDAMOISEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,