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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2507661

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2507661

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2507661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2025, M. B... C..., représenté par Me Langagne, demande au tribunal :

d’annuler l’arrêté du 6 mai 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;

d’enjoindre, à titre principal, au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
- cette décision est entachée d’un vice de procédure tiré de l’absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation et d’une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :
- cette décision est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour.


Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Prissette,
et les observations de Me Langagne, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

M. B... C..., ressortissant congolais (République démocratique du Congo), est entré sur le territoire français le 20 septembre 2000 selon ses déclarations. Il a bénéficié de cartes de séjour temporaires puis pluriannuelles portant la mention « salarié » du 28 janvier 2010 au 5 mai 2025. Le 16 avril 2025, l’intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 6 mai 2025, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement. M. C... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Il ressort des pièces du dossier que M. C..., qui soutient être entré en France le 20 septembre 2000 sans être contredit par le préfet de Seine-et-Marne en défense, justifie y résider de manière régulière au regard de son droit au séjour depuis le 28 janvier 2010, soit depuis plus de quinze ans à la date de l’arrêté attaqué. En outre, l’intéressé, qui réside de manière stable dans le parc de logement privé, démontre avoir exercé une activité professionnelle en tant que cariste du 1er mars 2010 au 30 août 2019, soit pendant près de dix ans, et, par la production de ses avis d’imposition à compter de l’année 2015, avoir perçu des ressources supérieures au salaire interprofessionnel minimum de croissance jusqu’en 2019. Si M. C... ne travaille plus depuis cette date, le requérant justifie l’interruption de son activité professionnelle par son état de santé et produit de nombreux documents médicaux dont il ressort notamment qu’il est suivi depuis 2014 au sein de l’unité fonctionnelle de lipidologie et de prévention cardio-vasculaire du groupe hospitalier Pitié Salpêtrière à Paris, qu’il souffre d’une hypercholestérolémie familiale hétérozygote LDLR, d’un diabète de type 2 et d’hypertension artérielle et qu’il a bénéficié à partir du 4 décembre 2019 d’une carte mobilité inclusion délivrée par la maison départementale des personnes handicapées. Par ailleurs, le requérant se prévaut de la présence en France de sa fille née en 2001 et titulaire d’une carte de résident valable jusqu’au 27 mai 2028. À cet égard, M. C..., qui indique que l’état de santé de sa fille justifie sa présence à ses côtés, démontre que celle-ci a un taux d’incapacité compris entre 50% et 80%, bénéficie de l’allocation pour les adultes handicapés et est domiciliée à l’adresse du requérant. Enfin, M. C... soutient qu’il sera isolé en cas de retour dans son pays d’origine, du fait du décès de ses parents et de quatre membres de sa fratrie et alors que ses deux derniers frère et sœur résident à l’étranger. Dans ces conditions, compte tenu en particulier de la durée et des conditions de séjour en France de M. C..., le requérant est fondé à soutenir, dans les circonstances particulières de l’espèce, qu’en prenant la décision attaquée, le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement, doivent être annulées.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ».

Par application de ces dispositions, il y a lieu, sous réserve d’un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l’intéressé, d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.



Sur les frais liés au litige :

Pour l’application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C... et non compris dans les dépens.






D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 6 mai 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera à M. C... une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.




Délibéré après l'audience du 16 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.





Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.



La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,





M. A...


La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
N° 2507661
3
La greffière,1


1

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