Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 août 2025, le 9 avril 2026 et le 7 mai 2026, M. B... D... C... E..., représenté par Me Maréchal, dans le dernier état de ses écritures demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de regroupement familial partiel au profit de ses deux fils ;
d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de faire droit à sa demande et de délivrer à ses deux enfants une autorisation d’entrée sur le territoire français dans un délai de trente jours ;
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des critères d’éligibilité au regroupement familial ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentale ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2026, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 1er août 2014 pris en application de l’article D. 304-1 du code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Combier,
- et les observations de Me Maréchal, représentant M. C... E....
Considérant ce qui suit :
Par une demande du 27 septembre 2024 M. B... D... C... E... ressortissant congolais (République du Congo) a sollicité le bénéfice du regroupement familial partiel au profit de ses deux fils nés le 17 juin 2011 et le 1er janvier 2013 résidant en République du Congo avec son épouse. M. C... E... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 16 avril 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande.
Sur les conclusions en annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (…) » Aux termes de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. »
L’arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l’enfant, les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, alors que le préfet n’était pas tenu de mentionner l’ensemble des éléments caractérisant la situation de l’intéressé, la décision contestée précise les éléments déterminants qui l’ont conduit à refuser de lui délivrer un titre de séjour et indique notamment à cet égard que les conditions de logement ne sont pas remplies dès lors que sa surface ne permet pas d’accueillir les enfants du requérant dans les meilleures conditions possibles. Par suite, la décision attaquée comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et ont ainsi permis au requérant d’en discuter utilement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait doit être écarté
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 434-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / (...) / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ». Aux termes de l’article L. 434-7 du même code : « L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; (...) ». Aux termes de l’article R. 434-5 du même code : « Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : (…) / b) en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; (...) / Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation. ». Il résulte de l’arrêté du 1er août 2014 pris en application de l'article D. 304-1 du code de la construction et de l'habitation dans sa version applicable au litige que la commune de Longueville dans laquelle réside le requérant est en zone B2 pour l’application de l’article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation.
Pour rejeter la demande de regroupement familial partiel présentée par M. C... E... au profit de ses deux fils nés le 17 juin 2011 et le 1er janvier 2013, le préfet de Seine-et-Marne a estimé que les conditions de logement n’étaient pas remplies. Il ressort des pièces du dossier que le préfet s’est fondé, pour l’application de l’article R. 434-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile précité, sur la circonstance que le ménage de M. C... E... était composé de quatre personnes : lui-même, ses deux fils au profit desquels il demande le bénéfice du regroupement familial, ainsi que de son fils français né le 29 janvier 2010 d’une précédente relation. Le préfet a estimé en conséquence que la surface minimale exigible du logement au titre du 2° de l’article L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile était de 44 m² (24+10+10). Le requérant soutient que son fils français ne serait présent que ponctuellement à son domicile et ne devrait pas être compté comme un membre de son foyer. Toutefois, il ressort d’un jugement du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Créteil du 6 janvier 2011, que la résidence de cet enfant est fixée chez la mère et que le requérant dispose d’un droit de visite et d’hébergement libre. Il ressort en outre de ce jugement que ce n’est qu’à défaut d’accord entre les parents que le droit de visite et d’hébergement est fixé au premier, troisième et cinquième dimanche de chaque mois entre 16 et 18 heures. Alors que le requérant ne soutient ni même n’allègue avoir renoncé à son droit de visite et d’hébergement tel qu’il résulte du jugement du 6 janvier 2011, c’est à bon droit que le préfet a intégré le fils français de M. C... E... parmi les membres de sa famille pour l’application de l’article R. 434-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile précité, et en conséquence, lui a opposé l’absence de conformité de son logement d’une surface de 38,68 m².
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».
M. C... E... qui se borne à se prévaloir de la situation sécuritaire en République du Congo, sans au demeurant établir que ses enfants y seraient exposés, ne conteste pas être entré en France en 2004, vit séparé de ses enfants qui résident avec son épouse en République du Congo, et ne partage pas de vie commune avec eux depuis leur naissance, quand bien même il justifie de nombreux voyages dans son pays d’origine et participer à leur entretien et à leur éducation par des versements de sommes d’argent. Dans ces conditions, il n’est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et partant qu’elle méconnaitrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. » Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, alors que ses enfants résident depuis leur naissance avec leur mère en République du Congo et que la décision contestée aurait pour effet de les séparer de cette dernière, M. C... E... n’est pas fondé à soutenir qu’elle méconnaitrait l’intérêt supérieur de ses enfants. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que M. C... E... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de regroupement familial partiel au profit de ses deux fils. Les conclusions à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent en conséquence qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... E... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... C... et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le rapporteur,
D. COMBIER
La présidente,
I. GOUGOT
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière