Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2511378

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2511378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantGAGEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2025, Mme C... B..., représentée par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions par lesquelles le préfet du Val-de-Marne l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement, contenues dans l’arrêté du 18 juin 2025 ;

2°) d’enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l’attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de son conseil à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.


Elle soutient que :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
- cette décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation et n’a pas été édictée après vérification de son droit au séjour, en méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur de fait : la notification de la décision de la Cour nationale du droit d’asile n’est pas établie, de sorte qu’elle disposait à la date de la décision attaquée du droit de se maintenir sur le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :
- cette décision méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 17 décembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Prissette.

Les parties n’étant ni présentes, ni représentées.




Considérant ce qui suit :

Mme C... B..., ressortissante ivoirienne, est entrée sur le territoire français en mars 2022 selon ses déclarations. Elle a présenté une demande d’asile qui a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 novembre 2024, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 3 juin 2025. Par un arrêté du 18 juin 2025, le préfet du Val-de-Marne a retiré l’attestation de demande d’asile dont l’intéressée était titulaire, a assorti ce retrait d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement. Mme B... demande au tribunal d’annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement contenues dans cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / (…) ».

La décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur lesquels elle se fonde. En outre, le préfet du Val-de-Marne a rappelé que la demande d’asile de Mme B... avait été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 novembre 2024 notifiée le 17 décembre 2024, décision confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 3 juin 2025. Il a également relevé que l’intéressée n’établissait pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Dans ces conditions, l’autorité préfectorale n’étant pas tenue de mentionner l’ensemble des éléments de la situation de l’intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français (…) est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ».

En l’espèce, d’une part, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée, laquelle fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative de la requérante, que le préfet du Val-de-Marne n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. D’autre part, il ressort expressément des termes de la décision contestée, qui vise l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, que le préfet du Val-de-Marne a estimé que, compte tenu des éléments déclarés par Mme B..., de sa situation personnelle et familiale, et de l’absence de circonstance humanitaire, l’intéressée ne justifiait pas disposer d’un droit au séjour sur le territoire français. Les moyens tirés du défaut d’examen sérieux de la situation de la requérante et de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent, dès lors, être écartés.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 541-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ». Aux termes de l’article L. 542-1 de ce code : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ». L’article L. 542-2 du même code prévoit notamment des hypothèses dans lesquelles, par dérogation à l’article L. 542-1, le droit de se maintenir prend fin à la date de la décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides.

En l’espèce, si la requérante soutient qu’il n’est pas démontré que la décision de la Cour nationale du droit d’asile du 3 juin 2025 lui aurait été notifiée préalablement à l’édiction de la décision attaquée, de sorte qu’elle bénéficiait toujours du droit de se maintenir sur le territoire français, il résulte des dispositions citées au point précédent que le droit pour la requérante de se maintenir en France a pris fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d’asile, soit le 3 juin 2025. En tout état de cause, il ressort du relevé « Telemofpra » produit en défense, qui fait foi jusqu’à preuve du contraire, que la décision de la Cour nationale du droit d’asile a été notifiée à la requérante le 7 juin 2025, soit antérieurement à l’édiction de la décision l’obligeant à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de fait et de l’erreur de droit doivent être écartés.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d’autrui ».

En l’espèce, si Mme B... soutient être entrée en France en mars 2022 et y résider habituellement depuis cette date, elle ne l’établit par aucune pièce. En outre, la requérante soutient vivre en couple sur le territoire français et être accompagnée de sa fille mineure. Toutefois, elle ne produit aucun élément permettant d’établir la situation maritale dont elle se prévaut et ne justifie par aucune pièce être accompagnée d’un enfant mineur en France, l’attestation de demande d’asile produite en défense ne faisant au contraire mention d’aucun enfant présent. Enfin, la requérante se prévaut de son état de grossesse et produit en ce sens des attestations de confirmation de rendez-vous en consultation de gynécologie les 11 août 2025 et 8 septembre 2025. Toutefois, cette seule circonstance ne permet pas d’établir qu’elle aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Par suite, Mme B... n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le moyen soulevé en ce sens doit, dès lors, être écarté.

En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, Mme B... n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-de-Marne l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.


En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :

Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

Mme B..., dont la demande d’asile a au demeurant été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d’asile, soutient qu’elle risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine dès lors qu’elle s’est soustraite à un mariage imposé. Toutefois, elle n’apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels elle serait personnellement exposée en Côte d’Ivoire. En outre, si la requérante soutient également que sa fille mineure née le 20 mai 2024 risque de subir une excision en cas de retour dans son pays d’origine, elle ne produit, ainsi qu’il a été dit précédemment, aucune pièce pour établir qu’elle aurait une fille mineure qui résiderait avec elle sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-de-Marne a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.

Par suite, ses conclusions à fin d’annulation ainsi que celles présentées à fin d’injonction sous astreinte et au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.



D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.





Délibéré après l'audience du 16 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.





Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.



La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,





M. A...


La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,
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