Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 août 2025, M. C... B..., représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
d’annuler l’arrêté du 22 juillet 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne a retiré l’attestation de demande d’asile dont il était titulaire, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;
d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions du 4° de l’article L. 611-1 et celles de l’article L. 541-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance de l’intérêt supérieur de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :
- cette décision est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 17 décembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Prissette,
et les observations de Me Fauveau Ivanovic, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
M. C... B..., ressortissant ivoiren, est entré sur le territoire français en août 2023 selon ses déclarations. Par un arrêté du 22 juillet 2025, le préfet du Val-de-Marne a retiré l’attestation de demande d’asile dont il était titulaire, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement. M. B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :
M. B... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 17 décembre 2025, ses conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n’y a donc plus lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ». Aux termes de l’article L. 541-2 du même code : « L’attestation délivrée en application de l’article L. 521-7, dès lors que la demande d’asile a été introduite auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu’à ce que l’office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d’asile statuent ». En application de ces dispositions, le demandeur d'asile bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile, statuent.
D’autre part, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ». Les exigences résultant du droit de mener une vie familiale normale impliquent notamment que les parents d’un enfant ayant déposé une demande d’asile puissent, en principe, régulièrement séjourner en France avec lui durant le temps nécessaire à l’examen de cette demande.
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B... a présenté une demande d’asile unique en son nom et au nom de sa fille mineure et s’est vu délivrer une attestation de demande d’asile le 31 janvier 2024. Cette demande a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés le 22 octobre 2024. Le 7 décembre 2024, le requérant a introduit devant la Cour nationale du droit d’asile, d’une part, un recours en son nom, enregistré sous le n° 24053374 et, d’autre part et en sa qualité de représentant légal, un recours au nom de sa fille mineure, enregistré sous le n° 24053373. S’il s’est désisté du recours introduit en son nom propre sous le n° 24053374 le 7 février 2025, désistement dont la Cour nationale du droit d’asile a donné acte le 7 mars 2025, il ressort des pièces du dossier qu’à la date de la décision l’obligeant à quitter le territoire français, le recours introduit au nom de sa fille mineure était toujours en cours d’instruction, l’affaire n° 24053373 ayant été appelée à l’audience publique du 16 septembre 2025 devant la Cour nationale du droit d’asile et celle-ci ayant, par une décision du 7 octobre 2025, annulé la décision du directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 octobre 2024 et reconnu à la fille mineure de M. B... la qualité de réfugiée. Ainsi, à la date de l’arrêté contesté, l’enfant mineur de M. B... bénéficiait, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile citées au point 3, du droit de se maintenir sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant, seul en mesure en sa qualité de représentant légal de mettre en œuvre, à la date de l’arrêté attaqué, les droits attachés à la situation de demandeur d’asile de sa fille mineure, est fondé à soutenir que la décision l’obligeant à quitter le territoire français est entachée d’une erreur de droit et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens soulevés en ce sens doivent, par suite, être accueillis.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant retrait de l’attestation de demande d’asile du requérant et fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement, doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ». Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, (…) l’étranger est muni d’une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce que l’autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ».
Eu égard aux motifs du présent jugement, l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français contestée implique nécessairement que le préfet du Val-de-Marne, ou tout autre préfet territorialement compétent, réexamine la situation de M. B... et qu’il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce qu’il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a, en revanche, pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Fauveau Ivanovic, avocat de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Fauveau Ivanovic d’une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B....
Article 2 : L’arrêté du préfet du Val-de-Marne du 22 juillet 2025 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L’Etat (préfet du Val-de-Marne) versera à Me Fauveau Ivanovic une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., au préfet du Val-de-Marne et à Me Fauveau Ivanovic.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
L. PRISSETTE
La présidente,
I. GOUGOT
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
N° 2511432
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La greffière,1
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