Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2025 et 12 décembre 2025, M. B... D... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler l’arrêté du 16 juillet 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice d’incompétence ;
- il est entaché d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- il méconnaît « des arrêtés ministériels » ainsi que les 7° et 11° de l’article L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il dispose d’un droit au maintien sur le territoire français pendant l’examen de sa demande d’asile ;
- l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Prissette.
Les parties n’étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B... D..., ressortissant turc, est entré sur le territoire français le 1er juillet 2025 selon ses déclarations. Par un arrêté du 16 juillet 2025, le préfet de Seine-et-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. M. D... doit être regardé comme demandant au tribunal l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En premier lieu, par un arrêté n°25/BC/017 du 24 mars 2025, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme C... E..., directrice de l’immigration et de l’intégration, pour signer tous les actes relevant des attributions de sa direction, dont la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
En deuxième lieu, l’arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquels il se fonde. En outre, le préfet de Seine-et-Marne a notamment relevé que M. D... était entré irrégulièrement en France et qu’il s’y maintenait irrégulièrement, qu’il se déclarait célibataire, sans enfant, sans domicile personnel et certain et sans ressources, qu’il n’était pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale et que le requérant n’établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Ainsi, alors que l’autorité administrative n’avait pas à mentionner de manière exhaustive l’ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant mais seulement ceux sur lesquels elle fonde ses décisions, l’arrêté contesté est motivé en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut motivation doit être écarté.
En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l’arrêté attaqué, lequel fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative de M. D..., que le préfet de Seine-et-Marne n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Si le requérant indique que le préfet n’aurait pas tenu compte de ce qu’il a présenté une demande d’asile en France, la circonstance dont il se prévaut est postérieure à l’arrêté attaqué. En outre, il ne ressort pas du procès-verbal de l’audition de M. D... par les services de police produit en défense que l’intéressé aurait, préalablement à l’édiction de l’arrêté attaqué, informé l’administration de son intention de solliciter l’asile.
En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance « des arrêtés ministériels » et des dispositions des 7° et 11° de l’article L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent, en tout état de cause, être écartés comme non assortis de précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.
En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 541‑1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ».
En l’espèce, si M. D... justifie avoir été convoqué le 14 août 2025 pour déposer une demande d’asile en France et soutient avoir été entendu par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides en décembre 2025, cette circonstance fait seulement obstacle à l’exécution de la mesure d’éloignement dont il fait l’objet jusqu’à ce qu’il soit statué sur sa demande d’asile mais est sans incidence sur sa légalité.
En sixième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
En l’espèce, si le requérant, qui est entré sur le territoire français quelques jours seulement avant l’édiction de l’arrêté attaqué, soutient qu’il dispose de « nombreuses attaches familiales en France », il n’en justifie pas. En outre, M. D... a déclaré être célibataire, sans charge de famille et ne conteste pas les énonciations de l’arrêté du 16 juillet 2025 selon lesquelles il n’établit pas être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine. Dans ces conditions, M. D... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le moyen soulevé en ce sens doit, par suite, être écarté.
En septième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
Le requérant soutient être exposé à des persécutions en cas de retour en Turquie en raison de son origine kurde. L’intéressé indique notamment qu’il a déjà été condamné pour « propagande terroriste » et que cette condamnation l’exposerait à une réincarcération et des interrogatoires coercitifs. Toutefois, M. D... ne produit à l’appui de ses allégations aucun élément probant de nature à établir qu’il serait personnellement et actuellement exposé à des risques de mauvais traitements en Turquie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En huitième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11 du présent jugement, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué serait entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation.
Il résulte de tout ce qui précède que M. D... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 16 juillet 2025. Par suite, ses conclusions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026
La rapporteure,
L. PRISSETTE
La présidente,
I. GOUGOT
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
N° 2511444
40
La greffière,1
1