Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2516945

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2516945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantFERRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :


Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août 2023 et 19 février 2024, la SCCV le Domaine Clémenceau, représentée par Me Ferrand, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 1er mars 2023 par lequel le maire de Meaux a refusé la délivrance d’un permis pour la reconstruction d’un bâtiment avec locaux d’activités en rez-de-chaussée et logements en étage, la construction de quatre bâtiments permettant la réalisation totale de soixante-deux logements, la construction d’un local vélos et d’un local ordures ménagères, ainsi que la réalisation de quatre-vingt-treize places de stationnement, sur les parcelles cadastrées section BV n°17, 439, 443, 444, 445 et 446, situées 9-11 avenue Clémenceau à Meaux, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d’enjoindre au maire de Meaux de lui délivrer l’arrêté de permis de construire sollicité dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder à une nouvelle instruction de cette demande dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Meaux une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu’elle justifie de la qualité pour agir de son représentant ;
- l’arrêté de refus de permis de construire contesté est entaché d’incompétence de son signataire ;
- il est entaché d’une erreur de fait et d’une erreur de droit tirées de ce que l’implantation des bâtiments D et E ne méconnaît pas les dispositions de l’article UB 8 dès lors que, d’une part, ils ne sont pas « en regard » et que, d’autre part, les dispositions précitées ne déterminent pas, lorsque les hauteurs des façades de chaque bâtiment ne sont pas identiques, laquelle des deux hauteurs doit être prise en compte pour le calcul de la distance entre les bâtiments ;
- il est entaché d’erreur de droit dès lors que la commune de Meaux ne pouvait pas fonder son refus de permis de construire sur les dispositions de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme mais exclusivement sur celles de l’article UB 11 du règlement du plan local d’urbanisme ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il méconnaît les dispositions des articles R. 111-27 du code de l’urbanisme et celles de l’article UB 11 du règlement du plan local d’urbanisme en ce qui concerne l’atteinte visible aux lieux avoisinants et au paysage urbain du projet ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors que le bâtiment A ne portera pas atteinte aux paysages urbains ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors que l’attique du bâtiment E qui présente un plan arrondi ne sera pas incohérent avec les parties inférieures du bâtiment ni avec l’environnement bâti ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors que la couleur et les motifs des garde-corps sont adaptés à leur environnement ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors que le portail principal sur rue ne présente pas des motifs de ferronnerie trop sophistiqués et n’est pas sans lien avec le caractère de l’architecture de la rue, de type faubourg ;
- il méconnaît le règlement de l’aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine dès lors que les dispositions applicables au projet ne prévoient pas la nécessité de tuiles plates petit moule, que le projet prévoit d’utiliser de telles tuiles et qu’en tout état de cause la cohérence générale de l’avenue Clémenceau est préservée ;
- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques d’inondation de la Vallée de la Marne applicables en zone bleu foncé et en zone bleu clair en ce qui concerne le coefficient d’occupation du sol du bâtiment E dès lors que les calculs de la commune de Meaux sont erronés.


Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2024, la commune de Meaux, représentée par la SELARL Landot et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SCCV le Domaine Clémenceau en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante ne justifie pas de la qualité pour agir de son représentant ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un jugement n° 2309011 du 24 mai 2024, le tribunal administratif de Melun a annulé l’arrêté du 1er mars 2023 et enjoint au maire de Meaux de délivrer le permis de construire sollicité par la société « Le Domaine Clemenceau » dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Par une décision nos 496237 et 496238 du 18 novembre 2025 le Conseil d’État statuant au contentieux, saisi d’un pourvoi présenté par la commune de Meaux, a annulé ce jugement.

Procédure devant le tribunal après cassation :

Le tribunal a informé les parties de la reprise de l’instance sous le n° 2516945.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2026 la commune de Meaux représentée par la SELARL Landot et associés conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de la SCCV Le domaine Clemenceau la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Combier,
- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,
- et les observations de Me Polubocsko, représentant la commune de Meaux.



Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 1er mars 2023 le maire de Meaux a refusé de délivrer à la SCCV Le domaine Clémenceau le permis de construire qu’elle a sollicité pour la reconstruction d’un bâtiment avec locaux d’activités en rez-de-chaussée et logements en étage, la construction de quatre bâtiments permettant la réalisation totale de soixante-deux logements, la construction d’un local vélos et d’un local ordures ménagères, ainsi que la réalisation de quatre-vingt-treize places de stationnement, sur les parcelles cadastrées section BV n°17, 439, 443, 444, 445 et 446, situées 9-11 avenue Clémenceau à Meaux. Par un courrier du 2 mai 2023, la SCCV Le domaine Clémenceau a formé auprès du maire de Meaux, un recours gracieux contre cet arrêté, reçu le 5 mai suivant, lequel a été implicitement rejeté. Par sa requête, la société pétitionnaire a demandé au tribunal d’annuler l’arrêté du 1er mars 2023 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Par un jugement n° 2309011 du 24 mai 2024, le tribunal administratif de Melun a annulé l’arrêté du 1er mars 2023 et la décision de rejet de son recours gracieux et a enjoint au maire de Meaux de délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Par une décision nos 496237 et 496238 du 18 novembre 2025 le Conseil d’État statuant au contentieux, saisi d’un pourvoi présenté par la commune de Meaux, a annulé ce jugement et a renvoyé l’affaire devant le tribunal administratif de Melun.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la compétence de l’auteur de l’acte :

Aux termes des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’urbanisme : « L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire […] est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme (…) ». Aux termes de l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : « Le maire est seul chargé de l’administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l’absence ou en cas d’empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d’une délégation, à des membres du conseil municipal. / (…) ». Aux termes de l’article L. 2131-1 du même code dans sa rédaction alors applicable : « Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. / Cette transmission peut s'effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. (…) / La preuve de la réception des actes par le représentant de l'Etat dans le département ou son délégué dans l'arrondissement peut être apportée par tout moyen. L'accusé de réception, qui est immédiatement délivré, peut être utilisé à cet effet mais n'est pas une condition du caractère exécutoire des actes. (…) ». Selon l’article R. 2122-7 de ce code : « La publication des arrêtés du maire peut être constatée par une déclaration certifiée du maire. (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté n°20-864 du 26 mai 2020, le maire de Meaux a donné délégation de signature à M. C... A..., quatrième adjoint au maire et auteur de l'arrêté en litige, notamment dans le domaine de l’urbanisme. Cet arrêté comporte l’accusé de réception du service de l’Etat chargé du contrôle de légalité, dont il résulte qu’il a été transmis et reçu le 26 mai 2020 et qu’il a été affiché à compter de cette date. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le bien-fondé de l’arrêté de refus :

Une décision rejetant une demande d’autorisation d’urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l’excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d’illégalité. En outre, en application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu’il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l’ensemble des moyens de la demande qu’il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu’ils portent d’ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu’il juge que l’un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.

Aux termes des dispositions des articles UB 8 et UC 8 du plan local d’urbanisme de la commune de Meaux: « La construction de plusieurs bâtiments non contigus sur une même propriété est autorisée à condition que la distance comptée horizontalement entre tous points des bâtiments en regard soit au moins égale: / - à la hauteur de façade (cf. art. 10) avec un minimum de 8 m si celle-ci comporte des baies assurant l’éclairement des locaux. Pour les constructions sur patio ne comportant qu’un seul niveau, cette dimension peut être ramenée à 5 m. / - à la moitié de cette hauteur avec un minimum de 4 m lorsque la façade est aveugle (…) ».

Par ailleurs, aux termes de l’article UA 8 du règlement du PLU : « La construction de plusieurs bâtiments non contigus sur une même propriété est autorisée à condition que la distance comptée horizontalement entre tout point des bâtiments en regard soit au moins égale à : la hauteur de façade de la construction la plus élevée avec un minimum de 8 mètres si la façade la plus basse comporte des baies assurant l’éclairement des locaux. (…) »

D’une part, il ressort des pièces du dossier que la façade Sud-Est du bâtiment E et la façade Nord du bâtiment D comportent des ouvertures. D’autre part, ces façades sont « en regard » au sens des dispositions du plan local d’urbanisme précitées dès lors qu’elles se font partiellement face. Si les dispositions des articles UB 8 et UC 8 précitées n’indiquent pas lorsque les hauteurs des façades sont différentes, laquelle il convient de prendre en compte pour déterminer la distance à respecter entre deux bâtiments, eu égard à l’objet de ces dispositions et alors, que les dispositions homologues pour la zone UA précisent explicitement qu’il s’agit de « la hauteur de la façade de la construction la plus élevée », ces dispositions doivent être regardées comme imposant que la distance comptée horizontalement entre tout point des bâtiments en regard soit au moins égale à la hauteur de façade de la construction la plus élevée avec un minimum de 8 mètres, en présence de baies assurant l’éclairement des locaux.

En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que la hauteur de la façade Sud-Est, qui n’est pas aveugle, du bâtiment E qui est le plus élevé atteint 12,17 mètres. Or la distance qui sépare cette façade Sud-Est du bâtiment E de l’angle formé par les façades Ouest et Nord du bâtiment D est de 10,75 mètres. Par suite, le maire de Meaux a pu légalement refuser de délivrer l’autorisation sollicitée, en se fondant sur la méconnaissance des dispositions des article UB 8 et UC8 du règlement du PLU citées au point 5.

Il résulte de l’instruction que le maire de Meaux aurait pris la même décision s’il avait retenu ce seul motif, qui suffit à fonder légalement l’arrêté du 1er mars 2023. Par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner la recevabilité de la requête, la légalité des autres motifs de refus et la demande de substitution de motifs présentée en défense, les conclusions de la requête tendant à l’annulation de l’arrêté portant refus de permis de construire doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte.

Sur les frais de l’instance :


Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de la commune de Meaux, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce de mettre à la charge de la SCCV Le domaine Clémenceau la somme demandée par la commune sur ce fondement.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de la SCCV Domaine Clémenceau est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Meaux formées sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Le domaine Clémenceau et à la commune de Meaux.


Délibéré après l'audience du 16 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


Le rapporteur,




D. COMBIER

La présidente,




I. GOUGOT


La greffière,



M. B...



La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,