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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2607887

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2607887

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2607887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP LACOURTE RAQUIN TATAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2026, la société Bouygues Immobilier, représentée par Me Guinot, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 13 mars 2026 par lequel le maire de la commune de Villennes-sur-Seine a refusé de lui délivrer le permis de construire qu’elle a sollicité sous le n° PC-78672-25-10017 en vue de l’édification de soixante-dix logements sociaux, cinquante-cinq logements en accession et dix maisons individuelles sur le terrain sis 436 avenue de Breteuil, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d’enjoindre à la commune de Villennes-sur-Seine de lui délivrer l’autorisation sollicitée dans le délai d’un mois à compter de l’ordonnance à intervenir ou, à défaut, de se prononcer à nouveau sur sa demande de permis de construire, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La condition tenant à l’urgence est remplie dès lors que :
- l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme prévoit une présomption d’urgence en cas de recours formé contre une décision de refus de délivrance de permis de construire.

La condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie dès lors que :
- elle est entachée d’une erreur de fait dès lors que son projet prévoit bien les trois formes de bâtis, collectif, intermédiaire et individuelle, imposées par le plan local d’urbanisme dans le secteur « Breteuil » ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que la méconnaissance de l’orientation d’aménagement et de programmation (OAP) s’impose dans un rapport de compatibilité et non de conformité.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2026, la commune de Villennes-sur-Seine, représentée par Me Ansquer, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de la société Bouygues Immobilier une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée n’est remplie.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 2 juin 2026 sous le n° 2607413 par laquelle la société Bouygues Immobilier demande l’annulation de l’arrêté attaqué.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Degorce, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 29 juin 2026 à 11 heures, en présence de Mme Amegee-Gunn, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Degorce, juge des référés ;
- les observations de Me de Champeaux, représentant la société Bouygues Immobilier, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Ansquer, représentant la commune de Villennes-sur-Seine, qui persiste dans ses précédentes conclusions par les mêmes moyens.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Bouygues Immobilier a déposé, le 21 novembre 2025, un permis de construire soixante-dix logements sociaux, cinquante-cinq logements en accession et dix maisons individuelles sur le terrain sis 436 avenue de Breteuil à Villennes-sur-Seine. Par l’arrêté du 13 mars 2026 dont la société requérante demande la suspension de l’exécution, le maire de la commune de Villennes-sur-Seine a refusé de lui délivrer ce permis de construire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

En ce qui concerne la condition d’urgence :

3. Aux termes de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme : « Lorsqu'un recours formé contre une décision d'opposition à déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d'aménager ou de démolir est assorti d'un référé introduit sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est présumée satisfaite. ».

4. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’une décision administrative lorsque l’exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. La condition d’urgence est en principe satisfaite, ainsi que le prévoit l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme, lorsque le pétitionnaire sollicite, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution d’une décision refusant une autorisation d’urbanisme. Toutefois, il peut en aller autrement si l’autorité qui a refusé de délivrer l’autorisation justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l’ensemble des circonstances de l’espèce qui lui est soumise.

5. En l’espèce, alors que la commune de Villennes-sur-Seine n’apporte aucun élément de nature à renverser la présomption d’urgence attachée à la demande de suspension de l’arrêté portant refus du permis de construire sollicité par la société Bouygues Immobilier, la condition d’urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. Aux termes de l’article 0.6.2 du règlement du plan local d’urbanisme intercommunal de la communauté d’agglomération Grand Paris Seine et Oise : « En application de l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme, dans le cas d’un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs constructions dont le terrain d’assiette doit faire l’objet d’une division en propriété ou en jouissance, l’ensemble du projet est apprécié au regard de la totalité des règles édictées par le PLUi. (…) Cette disposition est applicable uniquement (…) : - dans les espaces faisant l’objet d’OAP de secteurs à échelle communale (…) ». Par ailleurs, l’orientation d’aménagement et de programmation du secteur « Breteuil » sur la commune de Villennes-sur-Seine prévoit que « ce secteur a une double vocation : qualifier les abords de la rue de Breteuil et constituer une continuité urbaine le long de celle-ci ; diversifier l'offre résidentielle en introduisant une opération de logements sociaux dans le tissu existant. L'introduction de logements individuels denses associés à des logements intermédiaires et des petits collectifs apportera une diversité de formes bâties. (…) Sur ce secteur, il est attendu a minima trois formes bâties différentes et complémentaires ».

7. Une autorisation d’urbanisme ne peut être délivrée si les travaux qu’elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d’aménagement et de programmation d’un plan local d’urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs. La compatibilité d’une autorisation d’urbanisme avec les orientations d’aménagement et de programmation (OAP) d’un plan local d’urbanisme s’apprécie en procédant à une analyse globale des effets du projet sur l’objectif ou les différents objectifs d’une OAP, à l’échelle de la zone à laquelle ils se rapportent.

8. En l’état de l’instruction, les moyens tirés de ce que le maire de la commune de Villennes-sur-Seine aurait entaché sa décision d’une erreur de fait et d’une erreur de droit au regard de la compatibilité du projet de la société Bouygues Immobilier avec l’OAP « Breteuil » sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté contesté.

9. Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l’exécution de l’arrêté du 13 mars 2026 par lequel le maire de la commune de Villennes-sur-Seine a refusé de délivrer à la société Bouygues Immobilier le permis de construire qu’elle a sollicité sous le n° PC-78672-25-10017.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

10. Lorsque le juge suspend un refus d’autorisation après avoir censuré l’ensemble des motifs que l’autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l’article L. 424-3 du code de l’urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu’elle a pu invoquer en cours d’instance, il doit, s’il est saisi de conclusions à fin d’injonction, ordonner à l’autorité compétente de délivrer l’autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n’en va autrement que s’il résulte de l’instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l’accueillir pour un motif que l’administration n’a pas relevé, ou que, par suite d’un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l’ordonnance y fait obstacle. La décision de l’administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu’un caractère provisoire dans l’attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l’annulation de l’autorisation d’urbanisme en cause.

11. Compte-tenu des motifs énoncés ci-dessus, il y a lieu d’enjoindre au maire de Villennes-sur-Seine de délivrer à la société Bouygues Immobilier, à titre provisoire, le permis de construire sollicité, dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, en revanche, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais de l’instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Villennes-sur-Seine la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Bouygues Immobilier et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions présentées à ce même titre par la commune de Villennes-sur-Seine ne peuvent qu’être rejetées.



O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 13 mars 2026 par lequel le maire de la commune de Villennes-sur-Seine a refusé de délivrer à la société Bouygues Immobilier le permis de construire qu’elle a sollicité sous le n° PC-78672-25-10017 est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Villennes-sur-Seine de délivrer à titre provisoire à la société Bouygues Immobilier le permis de construire sollicité dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Villennes-sur-Seine versera 1 000 euros à la société Bouygues Immobilier au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Immobilier et à la commune de Villennes-sur-Seine.


Fait à Versailles, le 1er juillet 2026.


La juge des référés,



Ch. Degorce


La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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