Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000524

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2020, M. B D, représenté par l'Aarpi Themis, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 20 janvier 2020 par laquelle le directeur de la maison centrale de Saint-Maur a ordonné la retenue de sa console de jeux ;

2°) d'enjoindre au chef d'établissement de lui restituer sa console de jeux, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, la décision attaquée faisant grief ;

- la décision contestée est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense et les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'a pas été entendu par le directeur de la maison centrale de Saint-Maur alors qu'il avait expressément indiqué vouloir présenter des observations ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

2. La décision du 20 janvier 2020 mentionne notamment qu'une retenue, à titre conservatoire, a été initiée le 10 janvier 2020 à l'issue de la fouille de la cellule de M. D lors de laquelle il avait été remarqué que les scellés de sécurité apposés sur sa console de jeux " Xbox " étaient brisés ce qui contrevenait à la réglementation en matière de détention et d'utilisation de matériel informatique. Dès lors, la décision attaquée comporte une motivation en fait et en droit, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'engagement de la procédure de retenue de matériel informatique a été notifiée à M. D le 16 janvier 2020 à 10 heures 40. Cette notification rappelle les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration citées au point 1 du jugement, indiquant au requérant qu'il pouvait présenter des observations écrites et, sur sa demande, des observations orales, qu'il pouvait se faire représenter par un avocat ou par un mandataire de son choix, et qu'il pouvait consulter son dossier. M. D a indiqué vouloir présenter ses observations personnellement. Il a, le même jour, refusé de signer l'accusé de réception de son dossier. Enfin, le requérant a refusé de se présenter lors de l'audience du 20 janvier 2020. Dès lors, l'administration avait effectivement placé le requérant dans une situation qui lui permettait de faire valoir ses observations dans le respect des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration. La circonstance que le requérant ait refusé de signer la notification de la décision intervenue le 21 janvier 2020 n'est pas de nature à établir qu'il aurait été empêché de faire valoir ses observations à l'occasion de l'audience qui s'était tenue la veille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre. / Le chef d'établissement adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier. Il recueille l'avis des personnels. ". Aux termes de l'article 19 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires annexé à l'article R. 57-6-18, dans sa version applicable au litige : " VII.- La personne détenue peut acquérir par l'intermédiaire de l'administration et selon les modalités qu'elle détermine des équipements informatiques. / En aucun cas elle n'est autorisée à conserver des documents, autres que ceux liés à des activités socioculturelles, d'enseignement, de formation ou professionnelles, sur un support informatique. / Ces équipements ainsi que les données qu'ils contiennent sont soumis au contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu et ne lui être restitué qu'au moment de sa libération, dans les cas suivants : 1° Pour des raisons d'ordre et de sécurité ; 2° En cas d'impossibilité d'accéder aux données informatiques, du fait volontaire de la personne détenue. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la console de jeux " Xbox " retenue est un modèle " communicant " interdit en détention en application de la circulaire du 13 octobre 2009 relative à l'accès à l'informatique pour les personnes placées sous-main de justice, du fait de la présence d'une puce intégrée de communication sans fil par Wifi et d'une connexion internet permettant à son utilisateur de dialoguer en ligne. Ainsi, ce type de console doit être équipé de scellés afin de bloquer toute modification de la machine et empêcher l'accès internet, ce que ne conteste d'ailleurs pas le requérant. Par suite, l'administration pénitentiaire pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, décider de la retenue de la " Xbox " de M. D dès lors qu'en retirant les scellés, l'intéressé a porté atteinte à la sécurité de l'établissement.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le directeur de la maison centrale de Saint-Maur n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision du 21 janvier 2020 par laquelle le directeur de la maison centrale de Saint-Maur a ordonné la retenue de sa console de jeux doivent être rejetées, ainsi que celles aux fins d'injonction et d'astreinte et, par voie de conséquence celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B D, à l'Aarpi Themis et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

H. C

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

No 2000524

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