Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000774

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000774
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2020, M. D C, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices subis, consécutifs à l'agression qu'il soutient avoir subi de la part de surveillants du centre pénitentiaire de Châteauroux le 11 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de l'AARPI THEMIS, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- il a subi des violences physiques de la part des surveillantes pénitentiaires alors qu'il se trouvait en cellule disciplinaire ;

- les services pénitentiaires ont ainsi commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Christine Mège, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Khéra Benzaïd, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. C, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Châteauroux, soutient avoir été victime, le 11 décembre 2019, de violences exercées par des surveillants pénitentiaires à l'intérieur de sa cellule disciplinaire. Par courrier en date du 3 mars 2020, le requérant a formé une réclamation indemnitaire. Le silence gardé pendant deux mois a fait naître une décision implicite de rejet, en date du 3 mai 2020. Le requérant demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices subis, consécutifs à l'agression qu'il soutient avoir subi de la part des surveillants du centre pénitentiaire de Châteauroux le 11 décembre 2019.

2. Aux termes de l'article 12 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 susvisée : " Les personnels de surveillance de l'administration pénitentiaire constituent, sous l'autorité des personnels de direction, l'une des forces dont dispose l'Etat pour assurer la sécurité intérieure. Dans le cadre de leur mission de sécurité, ils veillent au respect de l'intégrité physique des personnes privées de liberté et participent à l'individualisation de leur peine ainsi qu'à leur réinsertion. Ils ne doivent utiliser la force, le cas échéant en faisant usage d'une arme à feu, qu'en cas de légitime défense, de tentative d'évasion ou de résistance par la violence ou par inertie physique aux ordres donnés. Lorsqu'ils y recourent, ils ne peuvent le faire qu'en se limitant à ce qui est strictement nécessaire. " Aux termes de l'article D. 265 du code de procédure pénale : " Tout chef d'établissement doit veiller à une stricte application des instructions relatives au maintien de l'ordre et de la sécurité dans l'établissement pénitentiaire qu'il dirige " et aux termes de l'article D. 266 du même code : " La sécurité intérieure des établissements pénitentiaires incombe au personnel de l'administration pénitentiaire ".

3. M. C soutient qu'il a été victime de violences physiques commises par des surveillants pénitentiaires à l'occasion d'une sortie de cellule le 11 décembre 2019 pour comparaître devant la commission de discipline. Il résulte de l'instruction, notamment d'un courrier adressé le 20 février 2020 par la cheffe d'établissement à l'avocat de M. C qui l'avait interpellé sur les conditions de cette extraction, que celle-ci s'est déroulée dans des conditions difficiles, l'administration reconnaissant avoir dû maîtriser le requérant et l'amener au sol. Toutefois, ni ce courrier ni le certificat médical, établi cinq jours plus tard le 16 décembre 2019, qui fait état d'un hématome périorbitaire de l'œil gauche ainsi que d'une contusion de l'os propre du nez et conclut à l'absence d'incapacité temporaire de travail, ne permettent de déterminer les causes des séquelles ainsi constatées, et notamment pas l'emploi par les personnels pénitentiaires de techniques violentes à l'encontre de M. C. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que M. C ait déposé plainte pour violences à l'encontre des personnels pénitentiaires, auteurs allégués des violences dont il aurait été l'objet. Dans ces conditions, le requérant n'établit aucunement les circonstances dans lesquelles de tels faits seraient survenus et la matérialité des faits de violences physiques volontaires qu'il impute au personnel pénitentiaire, et par suite, la réalité de la faute qu'il impute à l'administration pénitentiaire.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. C doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. D C, à l'Aarpi Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

C. MEGE

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf