Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001740

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE H SIQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 26 novembre 2020 et 2 février 2021, M. D B demande au tribunal de réviser la décision du conseil départemental de la Creuse du 16 octobre 2020 lui réclamant le paiement de la somme de 2 646,70 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active pour la période d'octobre 2019 à juillet 2020.

Il soutient que :

- il n'a perçu aucun revenu de capitaux ;

- la méthode de calcul théorique de revenus de capitaux est contestable ;

- il est de bonne foi.

Par un mémoire défense, enregistré le 24 septembre 2021, le conseil départemental de la Creuse conclut au rejet de la requête, dès lors qu'elle n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2021, la caisse d'allocations familiales de la Creuse conclut au rejet de la requête, dès lors qu'elle n'est pas fondée.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indument versés, il appartient au juge d'examiner d'abord les moyens tirés, le cas échéant, des vices propres de cette décision pour en prononcer, s'il y a lieu, l'annulation ; que dans ce dernier cas, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Dans le cas où aucun vice propre n'est de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée, il appartient au juge d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée afin d'y statuer lui-même et d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 2° Les modalités d'évaluation des ressources () ". L'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. () ". L'article R. 132-1 du même code prévoit, enfin, que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévus à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources qu'il perçoit et que seules peuvent être évaluées sur la base forfaitaire prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles les ressources que l'allocataire est supposé pouvoir retirer de biens non productifs de revenu. Par suite, si les capitaux dont il dispose ont fait l'objet de placements productifs de revenus, seuls ces derniers peuvent être pris en compte, quand bien même le taux d'intérêt de ces placements serait inférieur au taux de 3 % prévu par l'article R. 132-1. La circonstance que l'allocataire n'aurait pas spontanément déclaré ces revenus est sans incidence sur l'application de ces dispositions.

4. D'autre part, un contrat d'assurance-vie relevant des articles L. 132-12 et L. 132-13 du code des assurances se caractérise notamment par une créance que détient le souscripteur à l'égard d'un assureur qui s'oblige à lui verser, " en cas de vie ", un capital ou une rente. Dès lors, le contrat d'assurance-vie auquel a souscrit le bénéficiaire du revenu de solidarité active doit être regardé, pour l'appréciation de ses ressources, comme relevant des " biens non productifs de revenus " au sens des articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, les ressources procurées par ce contrat doivent être calculées selon le mode forfaitaire défini à l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles, sans que puissent y faire obstacle le fait que les primes ou les cotisations versées à l'assureur ont été placées par ce dernier ou produisent des intérêts capitalisés et que les sommes correspondantes sont temporairement indisponibles ni la circonstance que cette règle ne soit pas spécifiquement mentionnée dans le dossier de constitution de la demande de revenu de solidarité active.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'épargne placée sur un contrat d'assurance-vie pour un montant de 105 889 euros ne pouvait pas être prise en compte pour la détermination de ses ressources servant au calcul de ses droits au revenu de solidarité active ni que ses ressources devaient correspondre aux seuls intérêts réellement produits par ce placement, d'un montant de 3 176 euros annuels, soit 794 euros de ressources à prendre en considération pour chaque trimestre. Il est constant que M. B n'avait pas déclaré lors de ses déclarations trimestrielles successives le montant de cette assurance vie. Par suite, c'est à bon droit que, par la décision attaquée du 16 octobre 2020, le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté son recours administratif du 11 juin 2020 concernant la détermination de ses droits au revenu de solidarité active et a retenu le caractère frauduleux des déclarations trimestrielles du requérant.

6. En second lieu, comme il a été dit au point 5, le requérant ne justifie pas de sa bonne foi. D'autre part, M. B n'établit pas qu'il serait, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité telle qu'il ne pourrait faire face au remboursement de l'intégralité des sommes réclamées. Dans ces conditions, et alors qu'une mesure d'instruction diligentée par le tribunal en date du 31 octobre 2022 l'a invité à justifier de ses ressources et de ses charges actuelles à laquelle il n'a pas répondu, il n'y a pas lieu de lui accorder la remise gracieuse des sommes réclamées.

7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. D B et au conseil départemental de la Creuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

H. C

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf