Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001757

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001757
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête du 6 octobre 2020 introduite devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, transmise par ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat du 6 novembre 2020 au tribunal administratif de Limoges sur le fondement de l'article R. 312-5 du code de justice administrative, Mme C B demande au tribunal :

1°) d'annuler le rapport défavorable à son détachement établi par la sous-préfète de Vichy le 15 mai 2020 ;

2°) d'enjoindre à la sous-préfète de Vichy de retirer le rapport de son dossier administratif individuel.

Mme B soutient que :

- ce rapport est infondé et diffamatoire ;

- il porte atteinte à sa dignité et compromet son avenir individuel ;

- il a été établi pendant qu'elle était en congé de maladie ordinaire en raison d'un épuisement professionnel ;

- elle a toujours bien été évaluée dans ses emplois précédents.

Par mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2021, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les conclusions tendant au retrait de ce rapport du dossier de Mme B sont irrecevables dès lors qu'elles conduisent à demander au juge de prononcer une injonction à titre principal, et que les conclusions à fin d'annulation de ce rapport sont également irrecevables dès lors que cet acte préparatoire ne fait pas grief à la requérante. A titre subsidiaire, elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Des mémoires ont été présentés par Mme B le 8 mars 2021 et 15 mars 2021, qui n'ont pas été communiqués.

La clôture d'instruction a été fixée au 29 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83- 634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret du 15 juin 2011 relatif au dossier individuel des agents publics et à sa gestion sur support électronique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjoint administratif principal de 2ème classe du ministère de la justice, a été détachée à compter du 1er septembre 2018 pour une durée d'un an à la préfecture de l'Allier, lequel détachement a été renouvelé pour une durée d'un an à compter du 1er septembre 2019. Par un courrier du 30 avril 2020 confirmé le 4 mai suivant, l'intéressée a sollicité un nouveau renouvellement de son détachement. Par un rapport du 15 mai 2020, la sous-préfète de Vichy a émis un avis défavorable à la demande de Mme B. Par un courrier du 26 août 2020, Mme B a demandé le retrait de son dossier individuel du rapport du 15 mai 2020. Un rejet implicite de cette demande est survenu le 26 octobre 2020. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de ce rapport et l'annulation de la décision du 26 octobre 2020 refusant de retirer ce rapport de son dossier individuel.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du rapport du 15 mai 2020 :

2. Par son rapport du 15 mai 2020, la sous-préfète de Vichy s'est bornée à émettre un avis défavorable à la demande de détachement de Mme B, lequel avis ne revêt pas de caractère décisoire. Il suit de là que ce rapport doit être regardé comme un acte préparatoire insusceptible de recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de ce rapport sont irrecevables comme l'a opposé la préfète de l'Allier dans la fin de non-recevoir qu'elle a opposée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite du 26 octobre 2020 portant refus de retirer le rapport du 15 mai 2020 du dossier individuel de Mme B :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le dossier du fonctionnaire doit comporter toutes les pièces intéressant la situation administrative de l'intéressé, enregistrées, numérotées et classées sans discontinuité. Il ne peut être fait état dans le dossier d'un fonctionnaire, de même que dans tout document administratif, des opinions ou des activités politiques, syndicales, religieuses ou philosophiques de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 15 juin 2011 relatif au dossier individuel des agents publics et à sa gestion sur support électronique : " Le dossier individuel de l'agent public est composé des documents qui intéressent sa situation administrative, notamment ceux qui permettent de suivre son évolution professionnelle. () ". Aux termes de l'article 13 du même décret : " L'agent adresse toute demande de rectification, de retrait ou d'ajout d'un document à l'autorité administrative ou territoriale mentionnée à l'article 11, soit lors de la consultation, soit ultérieurement. () ".

4. Si un agent n'est pas recevable à demander l'annulation pour excès de pouvoir des décisions par lesquelles l'autorité administrative accepte ou refuse de faire enregistrer, classer et numéroter et de compléter les pièces de son dossier administratif, qui ne lui font pas par elles-mêmes grief, il est en revanche recevable à déférer au juge administratif la décision par laquelle l'administration refuserait de procéder au retrait de son dossier des pièces qui, selon lui, ne peuvent légalement y figurer.

5. Il ressort des termes mêmes du rapport contesté que la sous-préfète de Vichy, dans le cadre d'une procédure d'instruction d'une demande de renouvellement de détachement, a seulement rendu compte de la manière de servir de l'intéressée en faisant état, faits à l'appui, de son manque de disponibilité, de souplesse et de réactivité, de son manque d'intérêt pour les missions confiées, d'une dégradation des relations de travail avec plusieurs de ses collègues portant préjudice aux relations de confiance au sein du collectif de travail et à la cohésion d'équipe. Contrairement à ce que soutient la requérante, ce rapport ne présente pas un caractère diffamatoire ni ne porte atteinte à ses droits et à sa dignité. En outre, par les pièces qu'elle produit, Mme B ne justifie pas de ce que les reproches qui lui ont été faits sur sa manière de servir seraient fondés sur des faits inexacts. Enfin, il ne ressort pas des termes de la décision ni d'aucune autre pièce du dossier que la sous-préfète de Vichy aurait tenu compte de l'état de santé de Mme B, de ses absences pour raisons médicales et des fiches d'inaptitude temporaire à son poste de travail établies par le médecin de prévention pour établir son rapport sur la manière de servir de l'intéressée et émettre un avis défavorable à sa demande de renouvellement de détachement. Dans ces conditions, et alors que les allégations de l'intéressée sur l'existence à la sous-préfecture de Vichy d'une souffrance au travail et de conditions de travail difficiles sont sans lien avec l'objet de la décision contestée, que le rapport contesté ne mentionne aucune des opinions ou des activités mentionnées à l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983, la préfète de l'Allier n'a commis aucune illégalité en refusant, par sa décision du 26 octobre 2020, de retirer du dossier individuel de Mme B le rapport du 15 mai 2020.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de la transformation et de la fonction publiques. Une copie en sera adressée pour information à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

aj