Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100066
jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100066 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2021, M. H E représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 novembre 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours et réformé la décision n° 2020000134 du 22 octobre 2020 de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur en réduisant la sanction initiale de quatorze jours de cellule disciplinaire dont sept jours avec sursis, actif pendant six mois, à sept jours de cellule disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière : l'autorité ayant décidé de poursuivre la procédure disciplinaire à son encontre n'était pas compétente pour le faire ; la commission de discipline n'était pas régulièrement composée, en l'absence de précision sur l'identité et la qualité des deux assesseurs présents ; il n'est pas établi que l'autorité ayant présidé la commission de discipline était compétente pour le faire et que le rédacteur du compte rendu d'incident ne siégeait pas au sein de ladite commission ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;
- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée eu égard à la faible gravité des faits et aux circonstances dans lesquelles ils sont intervenus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur du 21 juillet 2020 au 13 octobre 2021, a fait l'objet d'un compte rendu d'incident le 16 octobre 2020, pour avoir refusé d'obtempérer immédiatement aux injonctions d'un surveillant. Par une décision du 22 octobre 2020, le président de la commission de discipline a prononcé à son encontre la sanction de quatorze jours de cellule disciplinaire dont sept avec sursis. Le 28 octobre suivant, M. E a formé à l'encontre de cette décision le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours et réformé la sanction disciplinaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux (). ". Il résulte de ces dispositions que le recours ouvert aux détenus pour contester devant le directeur interrégional des services pénitentiaires les sanctions disciplinaires prononcées à leur encontre par la commission de discipline de l'établissement constitue un recours préalable obligatoire. Il suit de là que la décision prise sur un tel recours par le directeur interrégional se substitue à la sanction initialement prononcée et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-5 du code procédure pénale, alors en vigueur : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. (). " Aux termes de l'article R. 57-7-15 du même code, alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les poursuites disciplinaires ont été ordonnées par une décision du 20 octobre 2020 prise par M. C B, directeur adjoint, lequel avait reçu délégation à cet effet en vertu d'une décision du 1er juillet 2020 de Mme A K, cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°36-2020-070 de la préfecture de l'Indre du 3 juillet 2020.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article 57-7-13 de ce code alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". L'article D. 250 du code de procédure pénale, alors en vigueur ajoute que les sanctions disciplinaires sont prononcées en commission de discipline par le chef d'établissement ou l'un de ses adjoints ou membres du personnel de direction ayant reçu à cet effet une délégation écrite.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du registre de la commission de discipline, partiellement anonymisé, produit en défense, que cette commission était présidée par le directeur adjoint à la cheffe d'établissement, M. D G, assisté de deux assesseurs, le premier M. J I, personne extérieure à l'administration pénitentiaire, le second étant membre de l'administration pénitentiaire. Il ressort des mêmes mentions que l'assesseur pénitentiaire, désigné par l'initiale " A " n'était pas l'auteur du compte rendu d'incident du 16 octobre 2020, rédigé par un surveillant désigné par l'initiale " B ". Enfin, le président de la commission de discipline avait reçu délégation à cette fin en application de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale, par une décision du 1er juillet 2020 de Mme A K, cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°36-2020-070 de la préfecture de l'Indre du 3 juillet 2020. La circonstance que la qualité et l'identité des assesseurs ne sont pas indiquées dans la décision contestée est, en outre, sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté en toutes ses branches.
7. En troisième lieu, il ressort du compte rendu d'incident du 16 octobre 2020 et du rapport d'enquête du 19 octobre 2020 que M. E est entré dans la cellule d'un autre détenu qu'un surveillant lui a enjoint à plusieurs reprises de quitter ce qu'il a refusé en tenant des propos défiants. En se bornant à soutenir que les faits reprochés ont eu lieu pendant les périodes de mouvement au cours desquelles les détenus peuvent se déplacer dans l'établissement et qu'il n'a pas reçu d'injonction de la part du surveillant puisqu'ils se sont seulement parlés, M. E n'apporte pas d'éléments suffisamment sérieux pour remettre en cause la matérialité des faits décrits de manière précise et circonstanciée dans le compte rendu d'incident et le rapport d'enquête. Au surplus, alors même que M. E avait sollicité le visionnage de la vidéoprotection, il en avait cependant refusé la diffusion lors de la commission de discipline du 22 octobre 2020 et il ressort du compte rendu de cette même commission que son conseil l'a visionnée et qu'il a été constaté que " les écrits confirment la gestuelle des vidéos ". Le moyen tiré de ce que la matérialité des faits reprochés ne serait pas établie doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 57-7 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Les fautes disciplinaires sont classées selon leur gravité, selon les distinctions prévues aux articles R. 57-7-1 à R. 57-7-3, en trois degrés. ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ;(). ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 de ce code: " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () 8° La mise en cellule disciplinaire. ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 de ce code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. / Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : / 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues aux 1°, 2° et 3° de l'article R. 57-7-1 ; / () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors de l'hypothèse où l'injonction adressée à un détenu par un membre du personnel de l'établissement pénitentiaire serait manifestement de nature à porter une atteinte à la dignité de la personne humaine, tout ordre du personnel pénitentiaire doit être exécuté par les détenus. Le refus d'obtempérer à une injonction d'un membre du personnel constitue une faute disciplinaire du troisième degré qui est de nature à justifier une sanction. Le refus de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service constitue une faute disciplinaire du deuxième degré également de nature à justifier une sanction.
10. D'une part, si M. E soutient que son comportement constituait un simple refus d'obéissance, soit une faute du troisième degré, il ressort des pièces du dossier que, le 15 octobre 2020 à 17h20, l'intéressé a refusé de sortir de la cellule d'un autre détenu malgré plusieurs injonctions d'un surveillant. Ainsi, M. E a refusé d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement. Un tel comportement constitue une faute disciplinaire du second degré passible d'une sanction maximale de quatorze jours d'encellulement disciplinaire. En estimant que l'intéressé avait commis une faute du deuxième degré, le directeur interrégional des services pénitentiaires, a exactement qualifié les faits reprochés au requérant. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits.
11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'entre le 24 août 2019, soit un mois après son arrivée à la maison centrale de Saint-Maur, et le 15 octobre 2020, date des faits reprochés, M. E a fait l'objet de dix sanctions disciplinaires. Compte tenu de ces éléments et de la faute commise, le placement en cellule disciplinaire pour une durée de sept jours, qui n'est d'ailleurs pas la durée maximale prévue pour une faute du deuxième degré, n'était pas, en l'espèce, disproportionné au regard des faits commis et du comportement de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. E est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. H E, à l'Aarpi Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. F
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. F
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