jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100350 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RAIMBAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 février 2021, M. C A, représenté par Me Raimbault, demande au tribunal :
1°) de condamner la SA La Poste à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'absence d'affectation effective correspondant à son grade pendant la période du 18 juillet 2011 au 19 mars 2017 ;
2°) de mettre à la charge de la SA La Poste une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la responsabilité de la SA La Poste :
- en s'abstenant de lui donner, pendant la période du 18 juillet 2011 au 19 mars 2017, une affectation effective correspondant à son grade, la SA La Poste a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne l'étendue de l'indemnisation :
- il est fondé à demander le versement d'une somme de 30 000 euros eu égard à son préjudice moral, aux troubles dans ses conditions d'existence, à l'atteinte portée à sa réputation professionnelle et à l'impossibilité d'entrevoir la moindre perspective professionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2021, la SA La Poste, représentée par Me Magne, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la faute invoquée par M. A, tenant à l'absence d'affectation effective correspondant à son grade pendant la période du 18 juillet 2011 au 19 mars 2017, n'est pas établie ;
- M. A ne saurait solliciter une indemnisation à hauteur de 30 000 euros alors même que, par une décision du 23 juin 2021 prise pour assurer l'exécution d'un jugement n° 1900633 du 12 mai 2021 du tribunal, la SA La Poste a reconnu l'imputabilité au service des troubles dépressifs du requérant et l'a rétabli dans ses droits à rémunération.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de Me Raimbault, pour M. A,
- les observations de Me Magne, pour la SA La Poste.
Considérant ce qui suit :
1. Fonctionnaire titulaire du grade de cadre de second niveau à la SA La Poste affecté à la direction régionale du Limousin à compter du 18 juillet 2011, M. C A a demandé à cette société, par un courrier du 8 avril 2019, de lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'absence d'affectation correspondant à des fonctions effectives relevant de son grade pendant la période du 18 juillet 2011 au 18 mars 2017. En l'absence de réponse de la SA La Poste, M. A demande la condamnation de cette société à lui verser cette indemnité de 30 000 euros.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
2. Sous réserve de dispositions statutaires particulières, tout fonctionnaire en activité tient de son statut le droit de recevoir, dans un délai raisonnable, une affectation correspondant à son grade. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un fonctionnaire qui a été irrégulièrement maintenu sans affectation a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de son maintien illégal sans affectation. Pour déterminer l'étendue de la responsabilité de la personne publique, il est tenu compte des démarches qu'il appartient à l'intéressé d'entreprendre auprès de son administration, eu égard tant à son niveau dans la hiérarchie administrative qu'à la durée de la période pendant laquelle il a bénéficié d'un traitement sans exercer aucune fonction. Dans ce cadre, sont indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause qui débute à la date d'expiration du délai raisonnable dont disposait l'administration pour lui trouver une affectation, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions.
3. En premier lieu, M. A, qui indique sans être contredit qu'eu égard à son grade, il avait vocation à exercer des responsabilités d'encadrement et d'expertise complexes, soutient que, pour la période du 18 juillet 2011 au 1er janvier 2013, il n'a reçu aucune lettre de mission et qu'il a uniquement été chargé de gérer des encaissements, tâche non conforme à son grade qu'il n'a en réalité pas réalisée en l'absence de formation. Il relève en outre que, pour la période du 1er janvier au 30 avril 2013, s'il s'est vu remettre une lettre de mission, les tâches mentionnées sur cette fiche, comme le référencement des bureaux de poste accessibles sur le site internet de la SA La Poste, ne correspondaient pas davantage à son grade. Pour la période du 1er juillet 2013 au 31 décembre 2016, il ressort des pièces du dossier qu'en vertu de diverses lettres de missions, il s'est vu confier des tâches relatives, d'une part, à la vie et à la santé au travail constituée notamment par le suivi des visites de reprise ou la transmission des fiches d'aptitude médicale, d'autre part, aux incivilités comme le " déclenchement de la procédure post agression ". Cependant, pour cette période, il fait valoir, sans être contredit, que les tâches relatives à la vie et à la santé au travail se limitaient à quelques minutes par jour et qu'il n'a jamais effectué celles relatives aux incivilités, lesquelles ont directement été réalisées par son supérieur hiérarchique. M. A relève également qu'il n'a plus bénéficié d'évaluation professionnelle depuis l'année 2014 et qu'à compter du 1er avril 2016, à son retour d'un congé de maladie lié à un accident de la circulation, il n'a plus bénéficié, pendant une durée de quatre mois, d'un ordinateur fonctionnel. Les explications circonstanciées données par le requérant sur ses conditions de travail depuis le 18 juillet 2011, non sérieusement contestées par le tableau produit par la SA La Poste, sont corroborées par les témoignages qu'il produit. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. A est fondé à soutenir que la SA La Poste a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui confiant pas, pendant près de six ans, une affectation effective correspondant à son grade.
4. En second lieu, si M. A, titulaire du grade de cadre de second niveau, n'établit ni même n'allègue avoir entrepris, pendant la période de près de six ans au cours de laquelle il n'a pas reçu d'affectation effective correspondant à son grade, des démarches auprès de son employeur pour qu'il soit mis fin à cette situation ou en vue d'obtenir une mobilité, il résulte cependant de l'instruction que la faute commise par la SA La Poste, qui a contribué à la survenue de troubles dépressifs, lui a causé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une somme de 12 000 euros. A cet égard, la SA La Poste ne saurait utilement faire valoir, pour contester l'étendue du droit à réparation du M. A, qu'en exécution du jugement n° 1900633 du 12 mai 2021, elle a reconnu, comme elle y était tenue, l'imputabilité au service de ses troubles dépressifs par une décision du 23 juin 2021, qui se borne à placer le requérant dans la situation régulière à laquelle il avait droit.
5. Alors que M. A n'avait pas un droit à recevoir une promotion en application des dispositions de l'accord du 3 octobre 2016 relatif à l'insertion des jeunes et à l'emploi des séniors de La Poste et qu'il n'établit pas que la faute commise par la SA La Poste l'a privé d'une chance sérieuse de recevoir cette promotion, le préjudice tenant à " l'impossibilité d'entrevoir la moindre perspective professionnelle ", qui n'est pas démontré, ne saurait, en l'état, ouvrir pour le requérant un droit à indemnisation. De même, le préjudice d'atteinte à la réputation professionnelle n'est pas établi.
6. Il résulte de ce qui précède que la SA La Poste est condamnée à verser à M. A une somme de 12 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il a subis en raison de l'absence d'affectation effective correspondant à son grade pendant près de six ans.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SA La Poste, qui est la partie perdante, une somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la SA La Poste sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er: La SA La Poste est condamnée à verser à M. A une somme de 12 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il a subis en raison de l'absence d'affectation effective correspondant à son grade pendant près de six ans.
Article 2: La SA La Poste versera une somme de 1 500 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la SA La Poste sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la SA La Poste.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023 où siégeaient :
- M. Gensac, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
Le rapporteur,
J.B. B
Le président,
P. GENSAC
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026