Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100396
jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100396 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique 2 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2021, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 25 février 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne l'informe que ses droits d'allocations doivent être réexaminés en raison de la prise en compte de leur fils dans le calcul des droits de son ex-conjoint à la prime d'activité.
Elle soutient que :
- elle ne doit pas être victime de la prise en compte de son fils, dont elle a la garde partagée, dans le calcul des droits à la prime d'activité de son ex-conjoint ;
- elle assume ses charges seules contrairement à son ex-conjoint qui vit en couple et a été hébergé par sa famille à titre gratuit pendant deux ans ;
- elle connaît des difficultés financières et sa situation serait d'autant plus compliquée si elle perdait son droit à la prime d'activité.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2021, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Elle soutient qu'il est de droit pour l'ex-conjoint de demander le partage des droits à l'allocation de la prime d'activité en cas de garde partagée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné, M. Nicolas Normand, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. D a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 janvier 2021, Mme B a été informée par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne de la saisine de la commission de recours amiable par son ex-conjoint afin que leur fils en résidence alternée soit pris en compte dans le calcul de sa propre prime d'activité. Par un courrier du 25 février 2021, la caisse d'allocations familiales a informé Mme B que la commission de recours amiable a accordé à M. E, la prise en compte de la garde alternée de leur fils dans son droit à la prime d'activité et de la nécessité de réexaminer ses droits à celle-ci. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ".
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de la sécurité sociale : " En cas de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun des parents telle que prévue à l'article 373-2-9 du code civil, mise en œuvre de manière effective, () la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales est partagée par moitié entre les deux parents soit sur demande conjointe des parents, soit si les parents sont en désaccord sur la désignation de l'allocataire ". Il résulte de ces dispositions que les enfants en situation de résidence alternée sont pris en compte pour le calcul des allocations familiales et, ainsi, ouvre droit aux prestations familiales. Dès lors, le " principe d'unicité de l'allocataire ", qui ne saurait concerner que les prestations familiales énumérées à l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale, ne fait pas obstacle à la prise en compte de ces enfants pour la détermination du montant de la prime d'activité.
4. Il résulte ainsi des dispositions des articles L. 842-1, L. 842-2 et R. 842-3 du code de la sécurité sociale que, pour calculer la composition d'un foyer ainsi que pour déterminer les droits qui s'y rapportent, doivent être regardés comme à la charge de l'allocataire de la prime d'activité, les enfants ouvrant droit aux prestations familiales, ainsi que les autres enfants à sa charge effective et permanente. Eu égard à l'objet de la prime d'activité, qui est notamment, d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, lorsqu'un parent allocataire du revenu de solidarité active bénéficie pour son enfant, conjointement avec l'autre parent dont il est divorcé ou séparé de droit ou de fait, d'un droit de résidence alternée qui est mis en œuvre de manière effective et équivalente, ce parent doit être regardé comme assumant la charge effective et permanente de l'enfant et a droit, sauf accord contraire entre les parents ou mention contraire dans une décision du juge judiciaire, au bénéfice de la moitié de la majoration pour enfant à charge du montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article R. 843-2 du code de la sécurité sociale. Toutefois, compte tenu des incidences possibles de ce partage sur les droits de l'autre parent, susceptible de bénéficier lui aussi de la prime d'activité, il appartient au parent qui sollicite une telle répartition d'établir l'existence d'une résidence alternée mise en œuvre de manière effective et équivalente, laquelle doit être présumée s'il fournit à l'organisme chargé du service de la prime d'activité, à défaut de partage de la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales, une convention homologuée par le juge aux affaires familiales, une décision de ce juge ou un document attestant l'accord existant entre les parents sur ce mode de résidence.
5. Il résulte de l'instruction que la résidence de son fils a été fixée de manière alternée entre la requérante et son ex-conjoint par un jugement du juge aux affaires familiales du 23 janvier 2020. Or, il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales calculait les droits de Mme B comme si celle-ci était la seule à avoir la garde de l'enfant. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort qu'un réexamen de son droit à la prime d'activité lui a été notifié et à demander pour ce motif l'annulation de la décision litigieuse.
6. En second lieu, Mme B fait part de sa situation de précarité pour justifier le maintien de son droit à la prime d'activité. Les éléments du dossier ne permettent pas, à eux seuls, d'établir l'ampleur d'une éventuelle situation de précarité. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de prendre en compte cette situation de précarité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Une copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
N. D
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. C
mf