Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100412
jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100412 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | JUGE UNIQUE H SIQUIER |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2021, M. B D, représenté par l'Aarpi Themis, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 132,99 euros assortie des intérêts au taux légal eux-mêmes capitalisés, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la perte d'effets personnels, le 11 août 2020, lors de son transfert entre la maison centrale de Saint-Maur et la maison centrale de Clervaux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'administration pénitentiaire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en perdant plusieurs de ses effets personnels ou détériorés lors de son transfert ; formulation
- le préjudice subi en raison de la perte de ses effets personnels doit être indemnisé à hauteur de 1 132,99 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de Mme C ;
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur, a été transféré vers la maison centrale de Clairvaux le 11 août 2020. Il expose avoir constaté la perte d'un tee-shirt Philipp Plein ainsi que la dégradation d'une tondeuse, d'un ventilateur, d'une lampe, d'un radio-réveil, d'une paire de lunettes de marque Versace et d'une maquette. Par courrier du 20 novembre 2020, il a formé une demande indemnitaire préalable du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de cette perte, implicitement rejetée par le silence gardé par l'administration. M. D demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 132,99 euros en réparation du préjudice matériel qu'il a subi.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Comme il a été dit au point 1 du jugement, M. D soutient que, lors de son transfert à la maison centrale de Clairvaux, certains de ses effets personnels ont été perdus ou détériorés. Il résulte de l'instruction que M. D a signalé la perte de ces objets lors de l'inventaire de son paquetage le 12 septembre 2020, puis, dans sa demande préalable d'indemnisation datée du 20 novembre 2020. Le requérant produit à l'appui de sa requête les inventaires de départ et d'arrivée des 11 et 12 août 2020 portant la mention manuscrite des constats qu'il avait alors effectués ainsi que le bordereau de création du vestiaire en date du 19 août 2020 établissant, et alors que le garde des sceaux, ministre de la justice se borne à soutenir que la matérialité des faits n'est pas établie, qu'une partie des objets appartenant au requérant ont été perdus ou détériorés. Ces faits révèlent un mauvais fonctionnement du service pénitentiaire constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
Sur le préjudice :
3. Il résulte de l'instruction que M. D a évalué le préjudice matériel qu'il a subi consistant en la perte ou la détérioration de ses affaires, lors de son transfert de la maison centrale de Saint-Maur à la maison centrale de Clairvaux, à la somme globale de 1 132,99 euros, dans un courrier daté du 20 novembre 2020 adressé à la maison centrale de Saint-Maur. Si la perte ou la détérioration de certains effets personnels appartenant à M. D lui a causé un préjudice matériel certain, il ne résulte pas de l'instruction que la valeur de ces effets, dont l'état initial n'est pas justifié, et dont les factures d'achat ne sont pas produites, correspondrait à la somme demandée par le requérant. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. D en fixant l'indemnité à laquelle il peut prétendre à 300 euros.
Sur les intérêts :
4. D'une part, M. D a droit aux intérêts au taux légal correspondant à la somme globale de 500 euros, en application de l'article 1231-6 du code civil, à compter de la date de réception par l'administration, le 20 novembre 2020, de sa demande préalable d'indemnisation.
5. D'autre part, en application des dispositions de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. M. D a demandé la capitalisation des intérêts dans sa requête enregistrée le 8 mars 2021. A cette date, les intérêts n'étaient pas dus pour au moins une année entière. En revanche, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter 20 novembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à ce titre à la charge de l'Etat le paiement à M. D d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D la somme de 300 (trois cents) point 3 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 20 novembre 2020. Les intérêts échus à la date du 20 novembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à l'Aarpi Thémis une somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à l'Aarpi Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
H. C
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
mf
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