Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100595
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 avril 2021, M. C A demande au tribunal d'annuler la décision du 22 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a décidé le maintien de sa mise à l'isolement au sein du centre pénitentiaire de Châteauroux.
Il soutient que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne justifie pas son maintien à l'isolement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, sollicite le rejet de la requête présentée par M. A.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chambellant,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, incarcéré depuis le 20 septembre 2012, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a prononcé la prolongation de sa mise à l'isolement du 23 mars 2021 au 20 avril 2021 au sein du centre pénitentiaire de Châteauroux.
2. Aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. () ". Aux termes de l'article R. 57-7-62 de ce code : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. / La personne détenue placée à l'isolement est seule en cellule. / Elle conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance écrite et téléphonique, à l'exercice du culte et à l'utilisation de son compte nominatif. / Elle ne peut participer aux promenades et activités collectives auxquelles peuvent prétendre les personnes détenues soumises au régime de détention ordinaire, sauf autorisation, pour une activité spécifique, donnée par le chef d'établissement. / Toutefois, le chef d'établissement organise, dans toute la mesure du possible et en fonction de la personnalité de la personne détenue, des activités communes aux personnes détenues placées à l'isolement. /La personne détenue placée à l'isolement bénéficie d'au moins une heure quotidienne de promenade à l'air libre ". Aux termes de l'article R. 57-7-73 du même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. () ".
3. Les mesures d'isolement sont prises, lorsqu'elles ne répondent pas à une demande du détenu, pour des motifs de précaution et de sécurité. Elles constituent des mesures de police administratives qui tendent à assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité au sein de l'établissement pénitentiaire, ainsi que la prévention de toute infraction le cas échéant. Le juge administratif exerce un contrôle restreint sur les motifs de telles mesures qui doivent être fondées sur des motifs de précaution et de sécurité.
4. Si M. A soutient que son comportement depuis son arrivée au centre pénitentiaire de Châteauroux ne justifie pas son maintien à l'isolement en l'absence de tout incident récent, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 9 octobre 2014 à une peine de vingt ans de réclusion criminelle pour des faits de meurtre ayant pour objet la préparation d'un délit ou l'impunité de son auteur. Il a fait l'objet, depuis son incarcération en 2012 et jusqu'à la décision en litige, de plus d'une trentaine de sanctions prononcées par la commission de discipline, la dernière ayant été prononcée le 4 février 2021. Au cours du premier trimestre de l'année 2021, M. A a été impliqué dans des incidents révélant son agressivité envers les surveillants pénitentiaires. En effet, le 4 février 2021, lors de sa promenade, M. A a tenu des propos menaçants à l'encontre des surveillants pénitentiaires. Il a, à la suite, mis le feu dans sa cellule et obstrué l'entrée de celle-ci avec un matelas tout en disséminant des morceaux de verre au seuil de sa cellule avant de projeter son réfrigérateur contre les surveillants pénitentiaires lors de leur intervention. Dans les conditions rappelées précédemment, compte tenu du comportement de M. A et des risques qu'il faisait peser sur la sécurité du personnel pénitentiaire et le maintien du bon ordre au sein du centre pénitentiaire de Châteauroux, la décision prise le 22 mars 2021 par le garde des sceaux, ministre de la justice, de prolonger son placement à l'isolement à compter du 23 mars 2021 n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a décidé la prolongation de son placement à l'isolement à compter du 23 mars 2021 au 20 avril 2021. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
J. CHAMBELLANT
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
A. BLANCHON
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