Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100705
vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100705 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2021, M. E D, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 27 janvier 2021 par laquelle le président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur l'a sanctionné de cinq jours de cellule disciplinaire dont trois jours avec sursis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'autorité qui a décidé des poursuites était incompétente ;
- l'autorité qui a procédé à l'enquête était incompétente ;
- la composition de la commission de discipline était irrégulière dès lors qu'elle s'est réunie en l'absence d'un second assesseur, que son président ne disposait pas de délégation pour la présider et qu'il n'est pas établi que le premier assesseur n'est pas le rédacteur du compte rendu d'incident ;
- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'il n'est pas démontré que la décision de renvoi devant la commission de discipline comportait un exposé des faits reprochés et la qualification juridique retenue, lui permettant de préparer utilement sa défense ; qu'il n'est pas démontré qu'on lui ait permis de consulter son dossier disciplinaire plus de trois heures avant l'audience et qu'on lui aurait permis de le conserver ;
- la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, écroué depuis le 27 novembre 2014, a été incarcéré au sein de la maison centrale de Saint-Maur du 23 avril 2020 au 27 mai 2021. A la suite d'un rapport d'incident du 11 janvier 2021, il a comparu devant la commission de discipline qui lui a infligé une sanction de cinq jours de cellule disciplinaire dont trois jours avec sursis. L'intéressé a présenté, par l'intermédiaire de son conseil, un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette sanction. M. D demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 5 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur ce recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité et si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale alors en vigueur : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient le requérant, le rapport d'enquête du 12 janvier 2021 relatif à l'incident relevé le 11 janvier 2021 a été établi par un membre du personnel pénitentiaire ayant le grade de premier surveillant. Il suit de là que le vice de procédure allégué, résultant de l'incompétence de l'auteur du rapport d'enquête, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 57-7-5 du même code : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision de poursuivre la procédure disciplinaire a été prise le 18 janvier 2021 par M. C B. Or, en vertu d'une décision du 1er juillet 2020 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 3 juillet 2020 de la préfecture de l'Indre, M. B disposait, en sa qualité d'adjoint à la cheffe d'établissement, d'une délégation permanente de la part de Mme A G, cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, afin de signer notamment les décisions d'engagement des poursuites disciplinaires. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'absence de délégation donnée à la personne qui a engagé les poursuites doit être écarté.
7. En troisième lieu, la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon du 5 mars 2021 s'étant substituée à la décision initiale prise en commission de discipline le 27 janvier 2021, le moyen tiré de l'incompétence du président de cette commission est inopérant. En tout état de cause, M. Steve Sursin, président de la commission de discipline, disposait d'une délégation de signature et de compétence régulièrement publiée par décision du 1er juillet 2020.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. ". Aux termes de l'article R. 57-7-13 du même code : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient M. D, la commission réunie le 27 janvier 2021 pour statuer sur son cas comprenait, conformément aux dispositions réglementaires citées au point 8, un assesseur issu du personnel pénitentiaire ainsi qu'une personne extérieure à cette administration, et que le rédacteur du compte rendu d'incident n'y a pas siégé, conformément aux mêmes dispositions.
10. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa du I de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale alors en vigueur : " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le rapport d'enquête reprend avec précision l'exposé des faits ayant donné lieu au compte rendu d'incident ainsi que les explications présentées par le requérant. La décision d'engagement des poursuites qui a été prise sur le fondement de ce rapport d'enquête mentionne également avec précision les faits reprochés au détenu ainsi que leur qualification juridique. Ces éléments ont également été repris dans la convocation adressée à l'intéressé.
12. En sixième lieu, aux termes du second alinéa du I de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. ". Aux termes du III du même article : " La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. ".
13. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant a pu consulter le dossier de la procédure disciplinaire le 25 janvier 2021 à 15h, soit dans le respect du délai de 24 heures prévu par les dispositions précitées, sa comparution devant la commission de discipline étant intervenue le 27 janvier 2021. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre à la personne détenue de conserver une copie de son dossier. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie, ni même n'allègue avoir sollicité en vain une copie de son dossier.
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 13 que le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne la légalité interne :
15. Aux termes de l'article R. 57-7-4 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. " et de l'article R. 57-7-2 : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : () 5° De formuler des propos outrageants ou des menaces dans les lettres adressées aux autorités administratives et judiciaires ; () ".
16. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
17. Il est reproché au requérant d'avoir adressé à l'attention de la directrice de l'établissement trois courriers dont un contenait des propos injurieux et sexistes à son encontre. Si la matérialité des faits, non contestée, est établie par la production des trois courriers, le requérant soutient que la sanction infligée est disproportionnée eu égard à la faible gravité des faits, aux circonstances dans lesquelles ils sont intervenus et que la faute commise s'avère " pour le moins banale ".
18. D'une part, si M. D a précisé, lors de la séance de la commission de discipline, avoir écrit ces courriers " parce qu'il était mal " et vouloir présenter ses excuses à la cheffe d'établissement, ses propos écrits ont un caractère outrageant à l'encontre d'une autorité administrative de la maison centrale et, en application des dispositions précitées du 5° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, constituent une faute disciplinaire du deuxième degré. D'autre part, en le sanctionnant de cinq jours de cellule disciplinaire dont trois avec sursis alors que la sanction maximale prévue est de quatorze jours et que M. D minimise la portée de ses propos dont le but aurait été selon lui de dénoncer les pratiques de l'établissement sans préciser lesquelles, le directeur interrégional des services pénitentiaires n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées y compris celles présentées au titre des articles L. 761-l du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. D est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. F D, à l'Aarpi Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A. BLANCHON
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