Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100716
vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100716 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021, M. D B, représenté par l'Aarpi Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a confirmé la sanction de quinze jours de cellule disciplinaire dont cinq avec sursis actif pendant six mois prise à son encontre par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur le 29 janvier 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au bénéfice de son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- en l'absence de délégation valablement publiée au recueil des actes de la préfecture, le président de la commission de discipline n'était pas valablement habilité à siéger ;
- en ne lui permettant pas de conserver une copie de son dossier disciplinaire, l'administration pénitentiaire l'a empêché de préparer utilement sa défense ;
- la sanction repose sur des faits matériellement inexacts ;
- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés au soutien de la requête sont inopérants ou infondés.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chambellant,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Détenu à la maison centrale de Saint-Maur, M. B a été écroué le 12 octobre 2018. Par une décision du 29 janvier 2021, la commission de discipline a pris à son encontre une sanction de quinze jours de cellule disciplinaire dont cinq avec sursis actif pendant six mois. Le 5 février 2021, M. B a formé un recours préalable obligatoire contre cette décision. Par une décision du 5 mars 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a confirmé la sanction prononcée de quinze jours de cellule disciplinaire dont cinq avec sursis actif pendant six mois. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux ().". Il résulte de ces dispositions que le recours ouvert aux détenus pour contester devant le directeur interrégional des services pénitentiaires les sanctions disciplinaires prononcées à leur encontre par la commission de discipline de l'établissement constitue un recours préalable obligatoire. Il suit de là que la décision prise sur un tel recours par le directeur interrégional se substitue à la sanction initialement prononcée et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la commission de discipline qui s'est réunie le 29 janvier 2021 a été présidée par M. A C, directeur adjoint de l'établissement. En vertu de l'article 2 d'une décision du 1er juillet 2020 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre n° 36-2020-070 du 3 juillet 2020, M. A C était, en sa qualité de directeur adjoint, compétent pour présider la commission de discipline. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-16 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. Le dossier de la procédure disciplinaire est mis à sa disposition. ".
6. Le respect des droits de la défense préalablement au prononcé d'une sanction, qui constitue un principe général du droit, suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et puisse avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements qui lui sont reprochés ont été retenus.
7. Si la communication de son dossier à M. B avant sa comparution devant la commission est une garantie destinée à lui permettre de préparer sa défense, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général, n'impose à l'administration de permettre au détenu de conserver une copie de ce dossier ou d'en remettre une à son conseil à l'issue de la séance de la commission. Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu'il n'a pu conserver une copie de ces pièces est sans incidence sur la régularité de la procédure.
8. En troisième lieu, il ressort du compte-rendu d'incident du 27 janvier 2021 et du rapport d'enquête du 28 janvier 2021 que M. B a porté des coups à un codétenu pour une querelle portant sur le volume de la musique écoutée par ce dernier. Le rapport d'incident fait notamment état des coups mutuels entre les deux codétenus sans que ne soit établie une violence préalable sur le requérant. Si ce dernier soutient que c'est l'autre codétenu qui lui a asséné des coups et qu'il n'a donc agi qu'en situation de légitime défense, toutefois, il ne produit aucun élément de nature à mettre valablement en doute l'exactitude ou la sincérité du compte-rendu d'incident et du rapport d'enquête précités, lesquels font foi jusqu'à preuve contraire. Dans ces conditions, M. B ne démontre pas l'inexactitude matérielle des faits dont il se prévaut.
9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () / 2° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'une personne détenue ; () ". Aux termes de l'article
R. 57-7-33 du même code : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () / 8° La mise en cellule disciplinaire. " et selon l'article R. 57-7-47 de ce code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré (). ".
10. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
11. Il ressort des pièces du dossier que la sanction infligée à M. B pour avoir porté des coups à un codétenu est fondée sur le 2° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale aux termes duquel constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait d'exercer des violences sur une personne détenue. Eu égard à la gravité des faits ainsi reprochés à M. B et aux antécédents disciplinaires de l'intéressé, qui comptabilise vingt-huit passages en commission de discipline, la sanction de mise en cellule disciplinaire pour une durée de quinze jours dont cinq avec sursis actif pendant six mois ne peut être regardée comme étant disproportionnée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. D B, à l'Aarpi Themis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
La rapporteure,
J. CHAMBELLANT
Le président,
N. NORMAND
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
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