Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100718

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100718
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021, M. B C, représenté par l'Aarpi Themis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 avril 2021 par laquelle le ministre de la justice a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement au sein du centre pénitentiaire de Châteauroux ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour l'intéressé d'avoir reçu communication de son dossier et d'avoir pu se faire assister d'un avocat ;

- la décision a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de transmission de l'avis préalable du médecin ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chambellant, conseiller,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, incarcéré depuis le 1er avril 2008, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 avril 2021 par laquelle le ministre de la justice a prononcé la prolongation de sa mise à l'isolement du 22 avril 2021 au 20 juillet 2021 au sein du centre pénitentiaire de Châteauroux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-68 du même code : " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional saisi par le chef d'établissement selon les modalités de l'article R. 57-7-64. / () ".

3. Par un arrêté du 30 mars 2021, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 1er avril 2021, le ministre de la justice a donné délégation à Mme D E, directrice des services pénitentiaires, cheffe de la section régimes de détention et évaluation des normes et signataire de la décision contestée, à l'effet de signer l'ensemble des actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite de ses attributions, actes au nombre desquels figure la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. / () / Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle. / Le chef d'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du ministre de la justice. / La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef d'établissement. ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, le 19 avril 2021, M. C a été informé de l'intention de la directrice du centre pénitentiaire de Châteauroux de proposer au directeur interrégional des services pénitentiaires ainsi qu'au ministre de la justice la prolongation du placement à l'isolement dont il faisait l'objet. Il a été informé, par ce courrier du 19 avril 2021, des motifs envisagés de prolongation, de la possibilité de présenter des observations écrites, de présenter sur demande des observations orales, de se faire assister ou représenter par un avocat et de consulter les pièces relatives à la procédure. M. C a, dès lors, bien été mis en mesure de consulter les éléments de la procédure. S'il soutient qu'il aurait dû se voir communiquer son dossier de mise à l'isolement, il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité la communication de ce dossier. La première branche du moyen tiré de l'irrégularité de la procédure ne peut donc qu'être écartée.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que sur le bulletin de notification de cette proposition de prolongation sont notées les circonstances que M. C a formulé des observations orales le 21 avril 2021 et que son avocate était " absente bien que régulièrement convoquée ". En se bornant à soutenir qu'il n'est pas établi que son avocate ait été convoquée, alors même que l'administration produit une convocation, le requérant n'établit pas que ses droits de la défense auraient été méconnus. La deuxième branche du moyen tiré de l'irrégularité de la procédure ne peut donc qu'être écartée.

7. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'un avis de non contre-indication à la poursuite de la détention de M. C en quartier d'isolement pour trois mois à compter du 22 avril 2021 a été émis le 19 avril 2021 par le médecin de l'unité de consultations et de soins ambulatoires du centre pénitentiaire de Châteauroux.

8. Le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière doit donc être écarté en toutes ses branches.

9. En dernier lieu, les mesures d'isolement sont prises, lorsqu'elles ne répondent pas à une demande du détenu, pour des motifs de précaution et de sécurité. Elles tendent à assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité au sein de l'établissement pénitentiaire, ainsi que la prévention de toute infraction le cas échéant. Le juge administratif exerce un contrôle restreint sur les motifs d'une telle mesure, qui doit être fondée sur des motifs de précaution et de sécurité.

10. En l'espèce, si le requérant conteste la réalité des faits mentionnés dans la décision attaquée, il n'assortit ses allégations d'aucun élément probant de nature à établir l'existence d'une erreur de fait, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il faisait très régulièrement l'objet, à la date d'adoption de la décision en litige, de comptes rendus d'incident pour des faits de violence, d'insultes et de menace en particulier sur le premier trimestre 2021 où M. C a fait l'objet de 23 comptes rendus d'incidents. En outre, ses troubles du comportement constituaient une menace tant pour lui-même que pour autrui. Dans ces conditions, le ministre de la justice a pu, sans entacher sa décision d'inexactitude matérielle ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer que le placement à l'isolement de M. C était l'unique moyen de prévenir les risques induits par la présence de l'intéressé dans l'établissement. Les moyens tenant à l'absence d'exactitude matérielle des faits retenus et à l'erreur manifeste d'appréciation sont par suite écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le conseil M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à l'Aarpi Themis, et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

D. ARTUS

La greffière d'audience,

M. A

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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