Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100829

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 mai et le 21 juin 2021, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle le préfet de la Corrèze a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder à l'examen de sa demande de titre de séjour en sa qualité de ressortissant européen.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu la demande de complétude de son dossier de titre de séjour et que, dès lors, le préfet ne pouvait procéder au classement sans suite de celui-ci ;

- le préfet a méconnu ses obligations en matière d'instruction des demandes de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2021, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux. En revanche, le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour, lorsqu'il est motivé par une appréciation portée sur le droit de l'étranger à obtenir un titre de séjour et non sur le seul caractère incomplet du dossier, constitue un refus de titre de séjour que l'étranger concerné est recevable à attaquer en excès de pouvoir.

2. Il ressort des pièces du dossier que M. C a demandé au préfet de la Corrèze, en février 2019, de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de ressortissant européen. Sa demande n'a pas été traitée, l'intéressé ayant été considéré, par erreur, comme ressortissant britannique et sa demande a été mise en attente du résultat des négociations des conditions de sortie de la Grande Bretagne de l'Union européenne. Par courrier du 25 février 2021, le préfet a informé le requérant de cette erreur et lui a demandé de " remplir un nouveau dossier de demande de titre de séjour, accompagné des documents actualisés ". Par lettre simple, adressée le 12 mars 2021, le préfet a accusé réception le 11 mars 2021 de la demande de M. C d'un titre de séjour en qualité de " citoyen de l'Union européenne ". Il lui a demandé de lui fournir, avant le 26 mars 2021, un justificatif récent d'effectivité de son activité, à savoir le formulaire de déclaration du chiffre d'affaires et son livre de recettes, ou, en cas d'inactivité, des justificatifs récents de ses ressources et de sa couverture d'assurance maladie, précisant que passé le délai imparti, sa demande ferait l'objet d'un classement sans suite et ne serait pas examinée.

3. D'une part, M. C affirme n'avoir jamais reçu cette demande. Le préfet, qui ne soutient ni même n'allègue que ce courrier aurait été mis en possession de son destinataire, ne produit aucun élément de nature à établir la bonne réception de son courrier du 12 mars 2021. Par suite, le préfet de la Corrèze ne pouvait opposer le caractère incomplet de la demande de titre de séjour de M. C à la date du 26 mars 2021. Dans ces conditions, la décision du 21 avril 2021 par laquelle le préfet de la Corrèze a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour constitue une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

4. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du présent jugement, le préfet ne pouvait décider du classement sans suite de la demande de titre de séjour de M. C sans méconnaitre son obligation d'examen particulier qui lui incombe.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 21 avril 2021 par laquelle le préfet de la Corrèze a classé sans suite la demande de M. C de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation de la décision litigieuse, le présent jugement implique seulement que le préfet de la Corrèze réexamine la situation de M. C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 21 avril 2021 par laquelle le préfet de la Corrèze a classé sans suite la demande de M. C de délivrance d'un titre de séjour est annulée.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. B

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