Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100843

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMALABRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 25 mai 2021 et le 9 juillet 2021, M. A B, représentée par Me Malabre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de prendre une nouvelle décision, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 920 euros TTC à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, lequel renonce à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'une erreur de droit, d'un défaut d'instruction et d'un défaut d'exercice, par le préfet, de ses compétences.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chambellant, conseillère,

- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public,

- et les observations de Me Malabre, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né en 1996 à Mostaganem (Algérie), est entré irrégulièrement en France le 7 mai 2017, selon ses déclarations. Il a sollicité une première fois l'asile sur le territoire national le 30 novembre 2017 puis le 17 juillet 2018. Il a parallèlement fait l'objet de trois arrêtés portant obligation de quitter le territoire en 2018, 2019 et 2020 auxquels il s'est soustrait. Le 12 janvier 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an au titre de l'article 7b) de l'accord franco-algérien. Par une décision du 22 janvier 2021, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance du certificat de résidence demandé. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, M. Jérôme Decours, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 6 août 2020, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2020-079 du même jour notamment, par son article 2, " à l'effet de signer les arrêtés, décisions, et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ", et à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". L'article L. 211-5 de ce code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Contrairement à ce que soutient M. B, la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut ou de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c à d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an, sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien est conditionné à l'obtention d'un visa de long séjour. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. D'une part, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. D'autre part, il est constant que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français. Cette circonstance pouvait, à elle seule, justifier la décision par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement des stipulations précitées du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Il ressort de la décision litigieuse que le préfet de la Haute-Vienne a procédé à un examen approfondi de la situation de M. B. Enfin, le requérant ne fait valoir aucun motif humanitaire qui justifierait d'une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur de droit, faute d'avoir sérieusement instruit la demande de M. B et d'avoir exercé son pouvoir d'appréciation, doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Malabre et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

D. ARTUS

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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