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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100876

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100876

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100876
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP CORNET-VINCENT-SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2021, la société CSB Diffusion, représentée par Me Le Bourhis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née du silence gardé par le ministre du travail sur son recours hiérarchique adressé le 28 janvier 2021 et, en conséquence, d'annuler la décision du 26 novembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a rejeté sa demande tendant à être dispensée de l'obligation de mise à disposition de ses salariés d'un cabinet d'aisance et d'un lavabo au sein de son établissement ;

2°) d'enjoindre à l'inspecteur du travail ou, le cas échéant, au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à titre principal, de prendre une décision " d'autorisation de licenciement " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision concernant sa demande de dispense d'installation de sanitaires après avoir procédé à une nouvelle instruction du dossier dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 26 novembre 2020 est entachée d'incompétence dès lors que, d'une part, il n'est pas établi que son signataire aurait reçu une délégation de signature et, d'autre part, qu'une telle délégation aurait fait l'objet d'une publication ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance des dispositions de l'article R. 4228-18 du code du travail puisque le contenu de l'avis du médecin du travail n'est pas connu et qu'il ne s'est même pas déplacé sur le site pour constater l'effectivité de la nécessité d'un cabinet d'aisance et de lavabos ;

- elle méconnaît l'article R. 4228-16 du code du travail ;

- d'une part, s'agissant de l'installation d'un lavabo, la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du caractère exigu de son local commercial qui empêche la mise une place d'une telle installation ; des sanitaires, dont des lavabos, sont à la disposition des salariés à deux endroits de la galerie commerciale ; le coût d'une telle installation est particulièrement important au regard des premières estimations réalisées alors qu'elle a économiquement souffert de la situation sanitaire puisque son chiffre d'affaires a chuté de plus de 35% ; effectuer des travaux de ce type au sein d'une galerie commerciale nécessiterait des autorisations et des procédures vis-à-vis du bailleur ; contrairement à ce que soutient l'administration, les salariés ne sont pas amenés à effectuer des manipulations de flacons occasionnant un contact direct avec le e-liquide, seul éventuellement un bris de flacon pourrait occasionner un tel contact mais les substances commercialisées sont considérées comme peu toxiques par les études médicales ; s'agissant de l'utilisation du gel hydroalcoolique, les recommandations gouvernementales ne spécifient pas l'ordre de priorité indiqué par l'inspecteur du travail, un lavabo est à la disposition des salariés à 9 mètres du magasin ainsi que du gel hydroalcoolique et des lingettes désinfectantes et il n'y a pas lieu de traverser la galerie marchande pour effectuer le ménage puisque les lavabos se trouvent à 9 mètres à la sortie du magasin ;

- d'autre part, s'agissant de l'installation d'un cabinet d'aisance, la décision est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la configuration du magasin rend impossible la mise en place de cette installation en raison de son étroitesse, de la circonstance que la pièce dédiée au stockage est également un bureau et qu'elle constitue un lieu de travail auquel ne peuvent être accolés des toilettes ; des sanitaires se trouvent à proximité immédiate du magasin et il suffit aux salariés de fermer la porte du magasin pour s'y rendre ; elle supporte d'ailleurs les frais inhérents au nettoyage des sanitaires de la galerie marchande et, enfin, son local n'a jamais eu d'installations sanitaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 31 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2023 à 17h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ou représentée :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

Sur le cadre du litige :

1. Lorsque le requérant a formé un recours gracieux ou hiérarchique et exerce un recours contentieux consécutivement à son rejet, il appartient au juge administratif, s'il est saisi, dans le délai de recours contentieux qui a recommencé à courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux ou hiérarchique, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet de ce recours administratif, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

2. La société CSB Diffusion exerce une activité de vente de cigarettes électroniques dans un magasin dénommé " Vap'Access " situé dans la galerie marchande du centre commercial Carrefour à Guéret. Par une décision du 8 juillet 2020, le contrôleur du travail de la 1ère section de l'Unité départementale de la Creuse de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte) Nouvelle-Aquitaine a mis en demeure la société de se conformer aux dispositions des articles R. 4228-10 à R. 4228-15 du code du travail dans un délai de cinq mois à compter de sa réception en raison de l'absence de cabinets d'aisance à disposition de ses salariés. Par une décision du même jour, la société a été mise en demeure de se conformer aux dispositions des articles R. 4228-1 et R. 4228-7 du code du travail dans le même délai à compter de sa réception en raison de l'absence de lavabo à la disposition de ses salariés. Le 24 septembre 2020, la société CSB Diffusion a demandé l'obtention d'une dispense à l'obligation de mise à disposition de cabinets d'aisance et de lavabos. Par une décision du 26 novembre 2020, l'inspecteur du travail a rejeté cette demande. Par un courrier du 21 janvier 2021, réceptionné le 29 janvier 2021, la société requérante a exercé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision auprès du ministre du travail. En l'absence de réponse de ce dernier, une décision implicite de rejet de ce recours est née. La société CSB Diffusion doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 26 novembre 2020 et celle, implicite, du 29 mars 2021, intervenue sur recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 4228-16 du code du travail : " Lorsque l'aménagement des vestiaires collectifs, lavabos et douches ne peut, pour des raisons tenant à la disposition des locaux de travail, être réalisé dans les conditions prévues par la présente section ou, pour les travailleurs handicapés, conformément à l'article R. 4225-7, l'employeur peut demander à l'inspecteur du travail de le dispenser de certaines de ces obligations ".

4. En premier lieu, M. B, signataire de la décision refusant la dispense sollicitée, est inspecteur du travail, et dispose en cette qualité de la compétence pour prendre la décision prévue par les dispositions précitées. La société requérante se borne à soutenir " qu'il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée () ait reçu délégation pour ce faire ", et ne démontre pas en quoi une telle délégation était nécessaire. En tout état de cause, l'acte attaqué indique dans ses visas que l'inspecteur a pris la décision par suppléance de l'agent de contrôle de la section 1 de l'unité de contrôle de l'unité départementale de la Creuse et il ressort des pièces du dossier que M. B assure l'intérim du contrôleur du travail de la section 1, ainsi que le prévoit une décision du 12 septembre 2018 de la directrice régionale des entreprises, de la concurrence et de la consommation, du travail et de l'emploi, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial publié le 13 septembre 2018. Enfin, la requérante ne démontre, ni même n'allègue, que la personne dont M. B a assuré l'intérim n'était pas absente ou empêchée. Le moyen doit par suite être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 4228-18 du code du travail : " L'inspecteur du travail prend sa décision après avis du médecin du travail et du comité social et économique ".

6. La société requérante soutient, d'une part, concernant l'avis du médecin du travail que son " contenu n'est pas connu ". Toutefois, elle ne démontre pas en avoir sollicité la communication et aucun texte n'imposait à l'administration de lui communiquer spontanément le contenu de cet avis. Si la société fait, d'autre part, valoir que le médecin ne s'est pas déplacé, ce qui, selon elle, aurait été rendu indispensable pour se prononcer au regard notamment de la configuration des lieux, il ne ressort d'aucune disposition qu'un tel déplacement aurait été rendu nécessaire. Au surplus, la décision précise que la " demande était accompagnée d'un plan des accès aux toilettes de la galerie marchande " de sorte que le médecin du travail n'ignorait pas la configuration des lieux. Le moyen tiré de ce que la procédure serait entachée d'irrégularité doit par suite être écarté dans toutes ses branches.

7. En troisième lieu, si la société soutient que la décision du 26 novembre 2020 ne comporte aucune motivation sur les raisons de son refus de dispenser la société d'installer des cabinets d'aisance, les motifs de cette décision, laquelle cite par ailleurs l'article R. 4228-16 du code du travail, énoncent qu'" aucune disposition réglementaire ne permet de déroger à la mise en place de cabinets d'aisance ". Le moyen manque donc en fait et doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 4228-1 du code du travail : " L'employeur met à la disposition des travailleurs les moyens d'assurer leur propreté individuelle, notamment des vestiaires, des lavabos, des cabinets d'aisance et, le cas échéant, des douches ". Aux termes de l'article R. 4228-7 du code du travail : " Les lavabos sont à eau potable. / L'eau est à température réglable et est distribuée à raison d'un lavabo pour dix travailleurs au plus. / Des moyens de nettoyage et de séchage ou d'essuyage appropriés sont mis à la disposition des travailleurs. Ils sont entretenus ou changés chaque fois que cela est nécessaire ". Aux termes de l'article R. 4228-10 du même code : " Il existe au moins un cabinet d'aisance et un urinoir pour vingt hommes et deux cabinets pour vingt femmes. L'effectif pris en compte est le nombre maximal de travailleurs présents simultanément dans l'établissement. Un cabinet au moins comporte un poste d'eau ". Aux termes de l'article R. 4228-16 du même code : " Lorsque l'aménagement des vestiaires collectifs, lavabos et douches ne peut, pour des raisons tenant à la disposition des locaux de travail, être réalisé dans les conditions prévues par la présente section ou, pour les travailleurs handicapés, conformément à l'article R. 4225-7, l'employeur peut demander à l'inspecteur du travail de le dispenser de certaines de ces obligations. ".

En ce qui concerne la dispense relative à l'obligation d'installer des cabinets d'aisance :

9. Il résulte des dispositions précitées du code du travail que l'employeur doit mettre à la disposition de ses salariés les moyens d'assurer leur propreté individuelle, et notamment des cabinets d'aisance séparés pour les femmes et les hommes. La société requérante ne saurait utilement faire valoir à l'encontre du refus d'accorder la dispense relative à l'installation de cabinets d'aisance que la configuration de ses locaux ne lui permet pas d'aménager des toilettes conformes à la réglementation en vigueur en matière d'hygiène et de sécurité du personnel et que des toilettes sont disponibles à neuf mètres de la boutique, dès lors que l'octroi d'une dispense par l'inspecteur du travail en application de l'article R. 4228-16 cité ci-dessus du code du travail n'est prévue que pour l'installation des vestiaires collectifs, lavabos et douches, à l'exclusion des lieux d'aisance, ce qu'a retenu l'inspecteur du travail dans la décision du 26 novembre 2020, confirmée par la décision implicite intervenue après recours hiérarchique. Pour les mêmes motifs, la circonstance que le bail commercial interdise de " modifier la structure des locaux " est sans incidence, en l'absence de possibilité de solliciter une dérogation à cette obligation, sur l'application des dispositions précitées du code du travail. Le moyen tiré de ce que le refus d'accorder une dispense d'installer des cabinets d'aisance serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne la dispense relative à l'obligation d'installer un lavabo :

10. Il résulte des dispositions précitées que l'employeur doit, sauf dispense, mettre à la disposition de ses salariés les moyens d'assurer leur propreté individuelle, et notamment un lavabo. En outre, les dispositions de l'article R. 4228-10 du code du travail imposent qu'un cabinet au moins comporte un poste d'eau. Si la société requérante allègue que la surface et la configuration de ses locaux ne lui permettent pas d'aménager un lavabo conforme à la réglementation en vigueur en matière d'hygiène et de sécurité du personnel, il ne ressort pas des photographies qu'un tel aménagement serait matériellement impossible, et la requérante produit un devis qui ne fait état d'aucune impossibilité technique. En outre, et à supposer même qu'une telle considération soit opérante, la société requérante ne démontre pas, par la production d'un unique devis, le caractère disproportionné du coût correspondant aux travaux au regard de son chiffre d'affaires et la circonstance que la réalisation de tels travaux supposerait des autorisations ou serait contrainte par les dispositions de son bail est sans incidence sur les obligations de la société résultant des dispositions du code du travail précédemment citées. Enfin, et alors que dans sa décision du 26 novembre 2020, l'inspecteur du travail a justifié de la nécessité pour les employés de la boutique de disposer d'un lavabo en raison du caractère " irritant " des produits vendus en cas de contact avec la peau et les yeux dans l'hypothèse d'un renversement accidentel, la société se borne à alléguer que seul un bris de flacon pourrait occasionner un tel contact, ce qui confirme la réalité du risque évoqué par la décision contestée, et si la société affirme que ces substances sont considérées comme " peu toxiques " par les études médicales effectuées, au demeurant sans produire de documents sur ce point, elle ne démontre pas que l'administration aurait commis une erreur en tenant compte du caractère irritant de ces produits en cas de contact avec la peau et les yeux. Par ailleurs, il n'est pas démontré que l'utilisation de gel hydroalcoolique se substituerait efficacement à un lavage de mains. Dans ces conditions, et malgré la présence de toilettes publiques à neuf mètres de la boutique en litige, le moyen tiré de ce que le refus d'accorder une dispense d'installer un lavabo serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté en toutes ses branches.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société CBS Diffusion tendant à l'annulation de la décision du 26 novembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a rejeté sa demande tendant à être dispensée de l'obligation de mise à disposition de ses salariés d'un cabinet d'aisance et d'un lavabo au sein de son établissement et la décision née du silence gardé par le ministre du travail sur son recours hiérarchique doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte seront également rejetées.

Sur les frais du litige :

12. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme d'argent sollicitée par la société CSB Diffusion sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société CSB Diffusion est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société CSB Diffusion et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le greffier en chef,

La Greffière,

M. A

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