Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101118
jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101118 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2 |
| Avocat requérant | MALABRE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2021 et le 15 juin 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 10 août 2021 et le 26 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Malabre, agissant en son nom et en qualité de représentante de ses enfants, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros et 2 500 euros à chaque enfant en réparation de leurs préjudices moraux subis suite à la décision du 5 avril 2019 portant refus illégal de titre de séjour du préfet de la Haute-Vienne et au délai anormalement long de délivrance du titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros TTC à verser à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
- sa responsabilité est engagée en raison de l'illégalité fautive entachant l'arrêté du 28 décembre 2018 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ; cet arrêté a été annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 19BX04264 du 9 juin 2020 qui est revêtu de l'autorité absolue de chose jugée ;
- sa responsabilité est également engagée à raison du délai anormal de délivrance du titre de séjour auquel elle avait droit ; ce titre n'a été délivré que le 29 mai 2020.
En ce qui concerne les préjudices :
- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence pour lesquels elle est fondée à demander une indemnité de 5 000 euros ;
- ses enfants ont subi un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence pour lesquels elle est fondée à demander une indemnité de 2 500 euros chacun.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Normand, vice-président du tribunal, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Normand a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier de première instance que Mme C, de nationalité norvégienne, est entrée en France le 1er mars 2012. Le 9 janvier 2015, elle a été mise en possession d'une carte de séjour en qualité de ressortissante de l'Espace économique européen valable jusqu'au 8 janvier 2016, dont elle a sollicité le renouvellement le 2 août 2017. Le 28 décembre 2018, le préfet de la Haute-Vienne a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, confirmé par le tribunal administratif de Limoges le 20 juin 2019. Par un arrêt du 9 juin 2020, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé l'arrêté du 28 décembre 2018 au motif que le préfet de la Haute-Vienne a méconnu l'article 7 de la directive 2004//38/CE du 29 avril 2004 ainsi que l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois mois. Le préfet lui a alors délivré une carte de séjour valable du 11 mai 2020 au 10 mai 2021. Après avoir présenté une réclamation préalable notifiée le 5 février 2020, sur laquelle le préfet a gardé le silence, Mme C demande la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant total de 5 000 euros et 2 500 euros à chacun de ses enfants en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour du 5 avril 2019 et du retard pris par l'administration dans l'exécution de l'injonction prononcée par le jugement du 17 octobre 2019.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
2. En premier lieu, par un arrêt du 9 juin 2020, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé l'arrêté du 28 décembre 2018 au motif que le préfet de la Haute-Vienne a méconnu l'article 7 de la directive 2004//38/CE du 29 avril 2004 ainsi que l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette erreur de droit qui entache la décision annulée d'illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
3. En second lieu, la faute mentionnée au point 2 a eu pour conséquences d'imposer à Mme C un délai anormal de délivrance du titre de séjour à partir de la date de signature de l'arrêté illégal le 28 décembre 2018, et jusqu'au 29 mai 2020, date de délivrance effective d'une carte de séjour portant la mention citoyen de l'UE /EEE/Suisse. En revanche, et dès lors que son dossier était incomplet au regard de ses justificatifs de ressources, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait commis une faute en tardant à instruire sa première demande de renouvèlement déposée en décembre 2015. Au demeurant, si la requérante fait état du délai anormalement long d'instruction de sa demande par le préfet de la Haute-Vienne, il est constant que, conformément aux dispositions de l'article R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut, le cas échéant, faire l'objet d'un recours devant le juge. Par suite, la requérante est seulement fondée à soutenir que la délivrance du titre de séjour est intervenue dans un délai anormalement long à partir du 28 décembre 2018.
En ce qui concerne le préjudice :
4. En premier lieu, les fautes commises par le préfet de la Haute-Vienne ont causé à Mme C un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation à hauteur de la somme de 1 500 euros.
5. En deuxième lieu, cette décision n'a pas fait obstacle à ce que l'intéressée conserve son logement dont elle est propriétaire, ni à ce qu'elle conserve son emploi et la perception d'aides sociales. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires relatives au préjudice de troubles dans les conditions d'existences qu'elle présente doivent être rejetées.
6. En troisième lieu, l'existence d'un préjudice distinct de celui de leur mère, que les enfants de Mme C qui ont toujours résidé en France avec leur mère, auraient subi du fait du refus de délivrer un titre de séjour à cette dernière, n'est pas établie. Les demandes de réparation d'un préjudice moral propre aux enfants, présentées à ce titre, doivent, par suite, être rejetées.
7. Il résulte de ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à Mme C une somme globale de 1 500 euros.
Sur les frais du litige :
8. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2020. Par suite, Me Malabre peut se prévaloir du bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Malabre sur le fondement de ces dispositions, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme payée par l'Etat au titre de sa contribution à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Mme C en réparation de ses préjudices.
Article 2 : L'Etat versera à Me Malabre une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce au bénéfice de la somme payée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
N. NORMANDLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. B
if
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618520
01/09/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502745
01/09/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604577
01/09/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2620197
01/09/2026