Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101128

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2021, M. C B, représenté par l'AARPI Thémis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2021 par laquelle la directrice de la maison centrale de Saint-Maur a refusé de lui envoyer un bureau réalisé par ses soins sur place et mis à sa disposition en cellule, vers le centre pénitentiaire du Havre où il a été transféré ;

2°) d'enjoindre à la directrice de la maison centrale de Saint-Maur de lui envoyer ce bureau dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- son recours est recevable contre une décision qui revient à le priver du droit à disposer de ses biens ;

- la décision litigieuse ne comporte aucune motivation en droit et sa motivation en fait est erronée ;

- a été prise en méconnaissance de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale qui impose à l'administration pénitentiaire en cas de transfert du détenu de lui transférer ses biens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car dirigée contre un acte administratif ne faisant pas grief ;

- le bureau revendiqué par le requérant ne lui appartient pas dès lors que les matériaux ayant permis sa fabrication sont achetés soit par l'établissement soit par l'organisme de formation et si sa mise à disposition dans sa cellule a été autorisée, il avait vocation à y rester.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur du 2 mai 2017 au 12 août 2020, a suivi sur place une formation en menuiserie et intégré durant un an la régie industrielle des établissements pénitentiaires où il a eu l'occasion de fabriquer un bureau. Ce dernier a été mis à sa disposition en cellule. A l'occasion de son transfert au centre pénitentiaire du Havre, il a sollicité le 9 mars 2021 l'envoi de ce bureau. Par une décision du même jour dont il demande l'annulation, la directrice de la maison centrale de Saint-Maur a refusé ce transfert.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de ce que la décision attaquée ne fait pas grief :

2. Pour déterminer si une mesure prise par l'administration pénitentiaire à l'égard d'un détenu constitue un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d'apprécier sa nature et son incidence sur la situation du détenu.

3. La décision litigieuse a refusé le transfert d'un bureau de la maison centrale de Saint-Maur où le requérant était précédemment incarcéré vers le centre pénitentiaire du Havre où il a été transféré. Si M. B revendique la pleine propriété de ce bureau au motif qu'il l'a fabriqué et qu'il a été mis à sa disposition dans sa cellule durant presque deux ans, cette propriété n'est pas établie par la seule circonstance que ce meuble a été réalisé par le requérant dans le cadre d'une formation avec des matériaux achetés par l'organisme de formation ou l'établissement pénitentiaire mis à la disposition des stagiaires pour leur apprentissage. Dès lors, la mesure qui n'a pas eu pour objet de le déposséder d'un meuble dont il n'établit pas être le propriétaire n'a aucunement aggravé ses conditions de détention et n'a de conséquences que mineures sur l'intéressé qui au demeurant n'indique pas la nature des désagréments que lui causerait l'absence de ce bureau. Dans ces conditions, eu égard à sa nature et à ses effets limités sur la situation du requérant, ce refus qui ne met pas en cause, à lui seul, les libertés et droits fondamentaux du détenu, constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

4. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B sont irrecevables et la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être accueillie. Il y a lieu par voie de conséquence de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à l'AARPI Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière d'audience,

M. A

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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