Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101161
jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101161 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2021, M. E B, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 mai 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable formé à l'encontre de la sanction disciplinaire prononcée le 8 avril 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la procédure est irrégulière dès lors que la compétence de la personne ayant décidé des poursuites n'est pas établie ;
- l'impartialité de la commission de discipline n'est pas établie dès lors qu'il n'est pas démontré que le premier assesseur, membre de l'administration pénitentiaire, n'est pas le rédacteur du compte rendu d'incident à l'origine de la procédure disciplinaire ;
- les droits de la défense et l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale ont été méconnus ; il n'a pas pu consulter son dossier plus de trois heures avant l'audience disciplinaire, la seule mention " refuse de signer " n'étant pas de nature à l'établir ; il n'a pas pu conserver la copie de son dossier disciplinaire ; aucun entretien avec son avocat n'a pu avoir lieu avant la réunion de la commission ;
- la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Siquier,
- et les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. En premier lieu, aux de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. / Pour les décisions de confinement en cellule individuelle ordinaire, de placement en cellule disciplinaire et de suspension de l'exercice de l'activité professionnelle de la personne détenue, lorsqu'elles sont prises à titre préventif, le chef d'établissement peut en outre déléguer sa signature à un major pénitentiaire ou à un premier surveillant. ".
2. Il ressort des pièces du dossier que M. A, directeur adjoint de la maison centrale de Saint-Maur, bénéficiait, en vertu d'une décision n° 36-2021-03-05-001 du 5 mars 2021 prise par Mme G, directrice de la maison centrale de Saint-Maur, et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre, n° 36-2021-025 du 9 mars 2021, d'une délégation permanente de signature aux fins de signer au nom de la cheffe d'établissement toutes les décisions individuelles et notamment les décisions d'engagement des poursuites disciplinaires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant engagement de la procédure disciplinaire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. " et de son article R. 57-7-13 : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ".
4. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense, et notamment du registre de composition de la commission de discipline réunie le 8 avril 2021, qu'elle était présidée par M. D assisté de deux assesseurs, dont M. F, surveillant membre de l'administration pénitentiaire, et une personne extérieure à l'administration pénitentiaire aux initiales B. R. Par ailleurs, le compte-rendu d'incident a été rédigé par un agent pénitentiaire dont les initiales sont J. A. qui n'a donc pas siégé au sein de la commission de discipline. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'impartialité de la commission du conseil de discipline résultant de l'irrégularité de la composition de cette commission manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. / Si la personne détenue ne comprend pas la langue française, les informations sont présentées par l'intermédiaire d'un interprète désigné par le chef d'établissement. Il en est de même de ses observations, si elle n'est pas en mesure de s'exprimer en langue française. / Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure () ".
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé le 1er avril 2021 à 15 heures 30 de ce qu'il était convoqué devant la commission de discipline le 8 avril 2021, ainsi que des motifs de cette convocation. Il ressort, en outre, du document " réponse du conseil choisi " que Me Dubois-Dinant a accepté d'assister le requérant lors de la procédure. Ce document mentionne la possibilité pour son avocat de s'entretenir avec l'intéressé et de consulter le dossier de la procédure dès réception de la convocation. Ce conseil a d'ailleurs présenté des observations lors de la commission qui ne font pas état du fait qu'il n'aurait pas pu prendre connaissance du dossier de l'intéressé. Enfin, l'administration pénitentiaire produit un document intitulé " état des pièces du dossier " faisant état d'une remise des pièces du dossier disciplinaire à M. B le 2 avril 2021 à 14 heures 40 et portant la mention " Refuse de signer ". Ces mentions font foi jusqu'à preuve contraire, et le requérant se borne à en contester l'exactitude sans faire état d'aucune circonstance précise permettant d'établir qu'il aurait été empêché de consulter son dossier. D'autre part, si la consultation de son dossier par l'intéressé avant sa comparution devant la commission de discipline constitue une garantie destinée à lui permettre de préparer sa défense, aucune disposition législative ou réglementaire notamment pas l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre au détenu de conserver une copie de son dossier disciplinaire. En l'espèce, le requérant n'établit ni même n'allègue avoir demandé à conserver une copie de son dossier disciplinaire qui a été mis à sa disposition le 2 avril 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. M. B est incarcéré depuis le 27 novembre 2014 et était libérable, à la date de la décision attaquée le 20 mars 2034. La fiche pénale produite en défense démontre un comportement fait d'actes de violence. Le requérant a fait l'objet de nombreuses comparutions devant la commission de discipline depuis le début de son incarcération. En outre, il ne conteste pas les faits reprochés, mais justifie les propos insultants qu'il a tenus à l'encontre d'un surveillant pénitentiaire en raison des douleurs dont il souffrait alors qu'il attendait des médicaments pour le soulager depuis plusieurs heures. Compte tenu de la gravité des faits reprochés, à savoir des propos tenus à l'encontre de membres du personnel, et en dépit de la lettre d'excuse qu'il a ensuite présentée, la sanction de trois jours de cellule disciplinaire avec sursis, n'est pas disproportionnée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de la décision du 11 mai 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Dijon a rejeté les recours administratifs préalables formés à l'encontre de la sanction disciplinaire prononcée le 8 avril 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur doivent être rejetées. Par conséquent, les conclusions relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. E B, à l'Aarpi Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef
A. BLANCHON
lg
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