Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101255
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101255 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 juillet 2021, le 8 septembre 2021, le 7 octobre 2021, le 23 mars 2022 et le 9 novembre 2023, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 juin 2021 par lequel la préfète de la Creuse lui a ordonné de se dessaisir des armes en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou détenir des armes, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (Finiada) et lui a retiré la validation de son permis de chasser en lui faisant obligation de remettre son document de validation.
Il soutient que :
- l'arrêté préfectoral contesté n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- la procédure de saisie d'armes n'a pas été régulièrement mise en œuvre ;
- l'arrêté contesté est entaché de vices de forme ;
- il est insuffisamment motivé dès lors que " son fondement est tenu secret " ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'un médecin psychiatre a reconnu l'absence d'affection psychiatrique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2021, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chambellant, conseiller,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté du 3 juin 2021 la préfète de la Creuse a ordonné la remise immédiate des armes dont M. B était en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions de toute catégorie, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (Finiada) et lui a retiré la validation de son permis de chasser en lui faisant obligation de remettre son document de validation sur le fondement des articles L. 312-7 et L. 312-16 du code de la sécurité intérieure.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. En l'espèce, M. B soutient que l'arrêté contesté serait insuffisamment motivé dès lors que son fondement serait " tenu secret ". D'une part, l'arrêté du 3 juin 2021 vise notamment les articles L. 312-7 à L. 312-10 du code de la sécurité intérieure sur lesquels est fondée la décision de saisie d'armes. Elle fait référence au rapport administratif du 28 avril 2021 dressé par la compagnie de gendarmerie départementale d'Aubusson. Il mentionne également que les rapports dont dispose la préfète de la Creuse font apparaître que l'intéressé a " un comportement préoccupant " et que ce comportement présente un danger grave pour lui-même ou pour autrui et s'avère donc incompatible avec la détention d'armes et de munitions. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, M. B soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'illégalité dès lors qu'il mentionne une adresse postale erronée et qu'il ne comporte pas la mention de l'heure de sa notification. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, le requérant a bien reçu notification de cet arrêté et, d'autre part, a procédé à la remise de ses armes. Dès lors, outre la circonstance que la préfète de la Creuse fait valoir dans son mémoire en défense que l'erreur d'adresse constitue une simple erreur de plume ces éléments ne sauraient avoir eu une incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Aux termes de l'article L. 312-9 de ce code : " La conservation de l'arme, des munitions et de leurs éléments remis ou saisis est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents. / Durant cette période, le représentant de l'Etat dans le département décide, après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations, soit la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments, soit leur saisie définitive [] ". Aux termes de l'article L. 312-10 du même code : " Il est interdit aux personnes dont l'arme, les munitions et leurs éléments ont été saisis en application de l'article L. 312-7 ou de l'article L. 312-9 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments, quelle que soit leur catégorie. / Cette interdiction cesse de produire effet si le représentant de l'Etat dans le département décide la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments dans le délai mentionné au premier alinéa de l'article L. 312-9. Après la saisie définitive, elle peut être levée par le représentant de l'Etat dans le département en considération du comportement du demandeur ou de son état de santé depuis la décision de saisie ". Aux termes de l'article R. 312-69 du code précité : " Avant de prendre la décision prévue au deuxième alinéa de l'article L. 312-9, le préfet invite la personne qui détenait l'arme et les munitions à présenter ses observations, notamment quant à son souhait de les détenir à nouveau et quant aux éléments propres à établir que son comportement ou son état de santé ne présente plus de danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui, au vu d'un certificat médical délivré par un médecin spécialiste mentionné à l'article R. 312-6 ".
6. Il résulte des dispositions précitées que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie la remise d'armes à une personne détentrice dont le comportement ou l'état de santé présente un danger grave pour elle-même ou autrui. Dès lors, le requérant ne peut utilement invoquer ni la méconnaissance du principe du contradictoire préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige ni la prétendue irrégularité de la procédure de remise de ses armes qui sont inexistants ainsi qu'il résulte des dispositions citées au point 5. En tout état de cause, si M. B invoque l'absence d'inventaire contradictoire des armes et munitions saisies, il ressort des pièces du dossier, produites par le requérant, que la préfète de la Creuse a, par un courrier en date du 20 juillet 2021, transmis la liste des armes saisies au domicile du requérant.
7. En quatrième et dernier lieu, pour prendre la décision en litige, la préfète de la Creuse s'est notamment fondée sur la dangerosité du comportement de M. B au regard des signalements et des évènements qui ont eu lieu à compter du mois de février 2021 et qui ont eu pour point de départ le club de tir sportif auquel le requérant était adhérent. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours des mois qui ont précédé l'arrêté contesté, M. B s'est livré à des menaces auprès de membres du club de tir sportif, a procédé à un blocage des voies de circulation menant au club de tir sportif après en avoir informé les forces de l'ordre et, ce, au mépris des poursuites judiciaires pouvant être engagées. Dans ces circonstances, la seule attestation du Dr D, médecin psychiatre, produite par le requérant indiquant qu'il " semble indemne de toute affection psychiatrique ", ne permet pas d'établir que la décision de remise des armes prise par la préfète de la Creuse sur le fondement de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure serait entachée d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de la Creuse.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
J. CHAMBELLANT
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. DELAGE
La République mande et ordonne
à la préfète de la Creuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
A. BLANCHON
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