Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101266
lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101266 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2021, M. H F, représenté par l'AARPI Thémis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mai 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a expressément rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 6 mai 2021 contre la décision du 28 avril 2021 par laquelle le président de la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur lui a infligé une sanction de sept jours de cellule disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée ne précise pas l'identité de son signataire en méconnaissance de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 ;
- l'autorité ayant décidé d'engager les poursuites était incompétente ;
- l'autorité ayant procédé à l'enquête était incompétente ;
- la composition de la commission de discipline était irrégulière : d'une part, la présence du second assesseur prévue à l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale n'est pas établie, d'autre part, il n'est pas davantage établi que le président de la commission de discipline disposait d'une délégation de compétence pour présider cette commission et, enfin, il n'est pas démontré que le premier assesseur, membre de l'administration pénitentiaire n'est pas le même que le rédacteur du compte-rendu d'incident à l'origine de la procédure disciplinaire ;
- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de consulter son dossier disciplinaire trois heures avant la réunion de la commission de discipline ; les faits qui lui sont reprochés et leur qualification retenue pour justifier son renvoi devant la commission de discipline ne sont pas précisés ; il n'a pas été autorisé à conserver une copie de son dossier disciplinaire ;
- la sanction infligée repose sur des faits matériellement inexacts ;
- elle est disproportionnée et entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, écroué depuis le 27 novembre 2014, est incarcéré au sein de la maison centrale de Saint-Maur depuis le 23 avril 2020. Le 2 avril 2021, il a fait l'objet d'un compte rendu d'incident pour avoir le même jour, à 14h40, proféré des insultes et des menaces à l'encontre d'un surveillant pénitentiaire. Le président de la commission de discipline, réunie le 28 avril 2021, a par une décision du même jour prononcé à l'encontre de l'intéressé une sanction de sept jours de cellule disciplinaire. Par un courrier du 6 mai 2021, M. F, par l'intermédiaire de son conseil, a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Par une décision du 31 mai 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a expressément rejeté son recours. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur interrégional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le chef d'établissement. Il s'ensuit que les vices propres à la décision initiale ayant nécessairement disparu avec cette dernière, le requérant ne saurait utilement s'en prévaloir. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission de discipline, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée produite par le requérant à l'appui de sa requête, indique clairement l'identité et la fonction de son signataire, M. C I, adjoint au directeur interrégional contrairement à ce que soutient M. F. A supposer qu'il ait entendu soulever ce moyen contre la décision de la commission de discipline, outre que la décision attaquée s'est substituée à cette dernière, il ressort des pièces du dossier que cette décision du 28 avril 2021, produite en défense, fait clairement apparaître l'identité et la fonction de son auteur, M. E G, directeur des ressources humaines. Le moyen ne pourra être qu'écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline () ".
6. Il ressort de ces dispositions que le rapport d'enquête au vu duquel le chef d'établissement ou son délégataire apprécie l'opportunité de poursuivre une procédure disciplinaire peut être établi soit par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le rapport d'enquête relatif à l'incident intervenu le 2 avril 2021 émane d'un rédacteur ayant la qualité de major, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière en raison de l'incompétence de l'autorité ayant procédé à l'enquête doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du même code alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier qu'au vu du rapport d'enquête établi le 8 avril 2021, le directeur adjoint, M. B A, a décidé de lancer la procédure disciplinaire concernant les faits reprochés à M. F. Il ressort également des pièces du dossier que M. A s'est vu accorder, par une décision du 5 mars 2021 de Mme J, cheffe de l'établissement pénitentiaire, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre du 9 mars 2021 et signée, une délégation à l'effet de décider d'engager des poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues. Par suite, M. A était habilité à décider de la poursuite de la procédure ouverte à l'encontre de M. F. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité ayant décidé les poursuites, qui est opérant en ce qu'il se rapporte à un vice de la procédure à l'issue de laquelle est intervenue la décision contestée, prise sur recours administratif préalable obligatoire, doit dès lors être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ".
10. Il résulte des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de la commission de discipline qui s'est réunie le 28 avril 2021 que cette dernière était présidée par le directeur adjoint, lequel était assisté de deux assesseurs, si bien que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission de discipline se serait réunie en l'absence d'un second assesseur. En outre, en vertu de l'article 2 d'une décision du 5 mars 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre n° 36-2021-025 du 9 mars 2021, M. G disposait, en sa qualité de directeur adjoint, de la compétence pour présider la commission de discipline. Enfin, le compte rendu d'incident du 2 avril 2021 a été rédigé par un agent dont le matricule est le 32617, lequel n'a pas siégé au sein de la commission de discipline du 28 avril 2021 puisque le matricule du membre de l'administration pénitentiaire était le 59528. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée de vices de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées à l'article précédent, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande ". Selon l'article R. 57-7-16 de ce code : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ". Aux termes de l'article R. 57-7-17 du même code : " La personne détenue est convoquée par écrit devant la commission de discipline (). ".
12. De première part, si le requérant soutient qu'il résulte de la combinaison des articles R. 57-7-16 et R. 57-7-17 du code de procédure pénale que l'acte par lequel le chef d'établissement ou son délégataire décide de l'opportunité de poursuivre la procédure disciplinaire fasse apparaître avec précision les faits reprochés ainsi que les qualifications qu'ils pourraient recevoir, il ressort des pièces du dossier que la décision d'engagement des poursuites du 14 avril 2021 comportait un exposé précis des faits intervenus le 8 avril 2021 ainsi qu'une description de la qualification que ces faits pouvaient éventuellement recevoir au regard des règles que la commission de discipline était chargée d'appliquer. Le moyen tiré de ce que l'omission du rappel des faits reprochés et de leur qualification aurait empêché le requérant de préparer utilement sa défense doit être écarté.
13. De seconde part, M. F soutient qu'il n'a pu conserver une copie de son dossier disciplinaire, ce qui aurait porté atteinte aux droits de la défense. Toutefois, si la consultation de son dossier par l'intéressé avant sa comparution devant la commission de discipline constitue une garantie destinée à lui permettre de préparer sa défense, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre au détenu de conserver une copie de son dossier disciplinaire. Par ailleurs, le requérant a pu consulter le dossier de la procédure disciplinaire le 26 avril 2021 à 15h35 soit dans le respect du délai prévu par les dispositions précitées, et son avocat a quant à lui pris connaissance des pièces du dossier le 28 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté en toutes ses branches.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires () ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 de ce code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré ".
15. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
16. Il ressort du compte-rendu d'incident du 2 avril 2021 et du rapport d'enquête établi le 8 avril 2021, lesquels font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. F a insulté le surveillant qui venait lui notifier une remise de dossier ainsi qu'une proposition de prolongation d'isolement. Si le requérant soutient que les faits reprochés qu'il conteste formellement, ne sont établis par aucun élément du dossier et sujets à caution dès lors qu'aucun témoignage n'a été joint à la procédure disciplinaire, il se borne à contester d'une manière générale ces faits et ne justifie d'aucun élément de nature à contredire sérieusement les constatations ressortant du compte rendu. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la sanction litigieuse reposerait sur des faits inexacts.
17. Compte tenu de la faute commise par M. F, qui relève du premier degré au sens de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, la sanction de mise en cellule disciplinaire durant sept jours, ne présente pas un caractère disproportionné.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. F est rejetée.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. H F, à l'AARPI Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
La greffière d'audience,
M. D
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
lg
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