Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101340

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 18 août 2021, le 10 septembre 2021 et le 11 septembre 2021, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021, pris au nom de l'Etat, par lequel le maire de la commune de Saint-Laurent-les-Eglises a opposé un certificat d'urbanisme opérationnel négatif à son projet de construction d'une maison d'habitation sur un lot à détacher.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'application de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ; aucune précision n'est apportée sur la manière d'apprécier la notion de " zones actuellement urbanisées " ; la densité de l'urbanisation doit être prise en compte, or celle de la commune est de 31 habitants par kilomètre carré ; le terrain est desservi par les réseaux et à moins de 500 mètres de l'église du bourg ; il est déjà construit ; son projet n'élargit pas la zone actuellement urbanisée ;

- le maire utilise son pouvoir pour abuser d'arguments injustifiés et faire barrage au projet ; l'argument selon lequel le terrain n'est pas desservi par le réseau public d'assainissement ne saurait être pris en compte puisque plusieurs habitations construites récemment dans la même rue ont un système d'assainissement individuel ;

- il n'est pas normal que le maire refuse un certificat d'urbanisme alors qu'elle l'a accordé pour un terrain situé au milieu des bois et dépourvu de tout réseau.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2021, le maire de la commune de Saint-Laurent-les-Eglises conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,

- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire, sur le territoire de la commune de Saint-Laurent-les-Eglises, de deux parcelles cadastrées section AP n° 7 et n° 8, constituant une unité foncière d'une surface totale de 6 887 m2. Il a présenté le 23 mars 2021 une demande de certificat d'urbanisme opérationnel en vue de la construction d'une maison d'habitation après division parcellaire. Le 30 avril 2021, le maire de la commune lui a délivré, au nom de l'Etat, un certificat d'urbanisme négatif dès lors que l'opération projetée concernait des terrains situés en dehors des parties urbanisées de la commune. Par un courrier du 30 juin 2021 faisant suite au recours gracieux présenté par M. B au maire de la commune, le préfet de la Haute-Vienne a confirmé le certificat d'urbanisme négatif opposé par le maire. M. B demande l'annulation du certificat d'urbanisme négatif opposé par le maire de la commune à son projet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire dans les parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetée.

3. Il n'est pas contesté que le territoire de la commune de Saint-Laurent-les-Eglises n'est pas couvert par un plan local d'urbanisme, un document en tenant lieu ou une carte communale. Il ressort des pièces du dossier, notamment des documents photographiques produits par le requérant ainsi que du site Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que le terrain d'assiette du projet, qui accueille des constructions sur une faible partie de sa superficie, est encadré de deux voies, qui le séparent, pour partie de vastes champs et pour l'autre partie de boisements. Si, ainsi que le requérant le fait valoir, des constructions sont situées à 170 et 200 mètres de son terrain, celles-ci sont elles-mêmes localisées dans des zones d'habitat très diffus, et leur distance par rapport au terrain en litige ne permet pas de considérer que ce dernier appartiendrait à une partie urbanisée de la commune au sens des dispositions citées au point précédent, quelle que soit sa situation en matière de desserte par les réseaux. Dans ces conditions, en dépit de la faible densité de population dans la commune soulignée par le requérant, les deux parcelles en litige ne peuvent pas être regardées comme entourées de constructions en nombre et densité significatifs, si bien qu'en opposant, pour le motif de sa situation hors des parties urbanisées de la commune, un certificat d'urbanisme négatif à M. B, la maire de la commune de Saint-Laurent-les-Eglises, agissant au nom de l'Etat, n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

4. En deuxième lieu, en supposant que M. B ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité en énonçant qu'il n'était pas " normal que le maire refuse un certificat d'urbanisme " pour son projet, alors qu'un certificat d'urbanisme a été accordé pour un terrain situé au milieu des bois et dépourvu de tout réseau, il ne démontre pas, en se bornant à produire une annonce privée faisant état d'un " terrain boisé avec CU ", qui ne précise d'ailleurs pas la nature du projet pour lequel un certificat d'urbanisme aurait été délivré et qui comporte la mention " difficilement constructible Pour bois ou terrain d'agrément ", que les parcelles ainsi désignées seraient placées dans une situation identique à celle dont il est propriétaire. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une atteinte illégale au principe d'égalité par rapport aux autres propriétaires doit en tout état de cause être écarté.

5. En dernier lieu, pour justifier le détournement de procédure allégué, le requérant soutient que, contrairement aux indications apportées par l'administration sur le certificat d'urbanisme en litige, les capacités en eau potable et en électricité seraient " largement suffisantes " pour une nouvelle habitation. Toutefois, M. B ne produit aucun élément pour étayer cette assertion. Au demeurant, et dès lors qu'il résulte des éléments développés au point 3 du présent jugement que le certificat d'urbanisme négatif en litige est justifié par la situation de la parcelle en dehors des parties urbanisées de la commune, et qu'aucun élément du dossier ne permet de démontrer que la maire de la commune aurait poursuivi un autre objectif, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. B à l'encontre de l'arrêté du 30 avril 2021, pris au nom de l'Etat, par lequel le maire de la commune de Saint-Laurent-les-Eglises a opposé un certificat d'urbanisme négatif à son projet doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie sera adressée au préfet de la Haute-Vienne et à la commune de Saint-Laurent-les-Eglises pour information.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

if