Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101415
jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101415 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021, M. A C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 mai 2021 par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) a minoré l'octroi de la subvention qui lui avait été accordée dans le cadre du dispositif " Ma Prim Rénov'" ;
2°) de lui attribuer la prime de 2 500 euros initialement accordée.
Il soutient que :
- il a été insuffisamment informé des attendus de conformité de la part de l'autorité gestionnaire de l'octroi de la prime ;
- il ne sait pas ce qu'est une facture conforme attendue par l'Anah ; il a instruit le dossier en toute bonne foi en adressant les pièces demandées ; la facture présente un descriptif du produit vendu et la nature de la prestation ; la facture jointe au dossier est conforme.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 28 mars 2024 et le 11 avril 2024, la directrice générale de l'Anah conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- lors de l'instruction de sa demande, l'Anah s'est aperçue que M. C avait installé un insert contrairement aux travaux déclarés lors du dépôt de sa demande, correspondant à l'installation d'un poêle à granulés ; le type d'équipement installé (foyers fermés, inserts), correspond à une prime de 1 200 euros pour un ménage relevant de la catégorie " modeste ".
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a déposé une demande de prime auprès de l'Anah dans le cadre du dispositif gouvernemental " Ma Prime Rénov ", le 30 septembre 2020. Par une décision du 7 mai 2021, la directrice générale de l'Anah a indiqué à M. C que le paiement de la subvention serait de 1 200 euros, soit un montant inférieur à celui qui était indiqué lors de la notification d'octroi qui s'élevait à 2 500 euros. Le 20 mai 2021, puis le 16 juin 2021, un recours administratif préalable obligatoire a été formé par M. C auprès de l'Anah. Le silence gardé par l'Anah a fait naître une décision implicite de rejet. M. C demande l'annulation de la décision du 7 mai 2021 par laquelle le montant de la subvention attribuée a été ramené de 2 500 euros à 1 200 euros.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration statue sur le recours administratif préalable obligatoire sur le fondement de la situation de fait et de droit prévalant à la date de sa décision, sauf mention contraire dans une loi ou un règlement ". Aux termes de l'article 9 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique dans sa version applicable au litige : " L'introduction d'un recours afférent aux décisions relatives à la prime de transition énergétique est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès du directeur général de l'Agence nationale de l'habitat () ".
3. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
4. Il résulte des dispositions visées au point 2 que la décision implicite née du silence gardé par l'Anah sur le recours administratif préalable obligatoire présenté le 20 mai puis le 16 juin 2021 pour M. C s'est substituée à la décision initialement prise, datée du 7 mai 2021. Dès lors, les conclusions présentées par M. C doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision implicite née du silence gardé par l'Anah.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique dans sa version applicable au litige : " I.- Le montant de la prime est fixé forfaitairement par type de dépense éligible, en fonction des ressources du demandeur, des caractéristiques des dépenses éligibles et, le cas échéant, de la partie de l'immeuble ou des éléments d'équipements concernés, sous réserve de l'application des dispositions prévues au II et aux V à VII du présent article. / II.- La demande de prime peut porter sur une ou plusieurs dépenses éligibles. Chaque dépense éligible à la prime s'entend du montant toutes taxes comprises, sans déduction des aides, indemnités et remises, dans la limite d'un plafond défini par l'arrêté mentionné au IX ()./ V.- Pour des mêmes travaux et dépenses éligibles, le montant total de la prime, des aides perçues au titre des certificats d'économie d'énergie mentionnés aux articles L. 221-1 et suivants du code de l'énergie, des aides aux actions de maîtrise de la demande en énergie en outre-mer, mentionnées par la délibération de la Commission de régulation de l'énergie du 17 janvier 2019 portant décision relative aux cadres territoriaux de compensation pour les petites actions de maîtrise de la demande en énergie en Corse, Guadeloupe, Guyane, Martinique, à Mayotte et à La Réunion, et des aides mentionnées à l'article L. 313-3 du code de la construction et de l'habitation, ne peut avoir pour conséquence de laisser à la charge du bénéficiaire moins de 25 % de la dépense éligible du projet, ou, pour les ménages dont les revenus sont inférieurs ou égaux à un plafond inférieur à celui mentionné au a de l'article 1er du présent décret fixé en fonction de la composition du ménage par arrêté des ministres chargés de la ville et de l'économie, moins de 10 %. Le respect de ces dispositions s'apprécie lors de l'engagement de la prime et à lors de sa liquidation ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique dans sa version applicable au litige : " L'Agence nationale de l'habitat, après vérification des pièces produites à la demande de paiement, liquide le montant du solde à payer au regard des dépenses effectivement supportées par le bénéficiaire. / L'Agence nationale de l'habitat établit au profit du bénéficiaire ou du mandataire, en tenant compte des règles d'écrêtement prévues aux V et VI de l'article 3 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 précité, un ordre de paiement à transmettre à l'agent comptable de l'agence, déduction faite, le cas échéant, de l'avance déjà versée (). / L'ordonnateur atteste et certifie l'exactitude des éléments retenus pour cette liquidation : () - la régularité et la conformité des factures produites ou autres documents produits prévus en annexe 2 du présent arrêté avec le projet déclaré par le demandeur ou son mandataire, objet de la décision attributive de prime ; - la nature et le montant des travaux et prestations retenus au regard des pièces justificatives du paiement () ". L'annexe 2 de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime énergétique prévoit, pour les " foyers fermés, inserts ", l'octroi d'une prime de 1 200 euros pour les " ménages aux ressources modestes ", et un plafond de dépense éligible (TTC) de 4 000 euros.
6. Il ressort des écritures de la directrice générale de l'Anah et n'est pas contesté par M. C que celui-ci a indiqué, lors du dépôt de sa demande de prime, qu'il entendait réaliser des travaux d'installation d'un poêle à granulés, travaux pour lesquels le versement d'une prime de 2 500 euros lui avait été annoncé. Les factures produites par M. C au soutien de sa requête font apparaitre que les travaux réalisés ont porté sur l'installation d'un insert, pour lesquels la prime correspondant aux " ménages aux ressources modestes " est de 1 200 euros, dont le montant a effectivement été versé au requérant. Dans ces conditions, c'est sans erreur que la directrice générale de l'Anah a estimé, au vu des travaux effectivement réalisés, que le mondant de la subvention à verser à M. C était de 1 200 euros, et non de 2 500 euros, sans que le requérant ne puisse utilement faire état d'un " déficit d'information ", de sa bonne foi, ni de ce que les factures jointes à son dossier étaient précises et détaillées. Ces moyens doivent par suite être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce que la somme de 2 500 euros lui soit attribuée.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A C et à la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef,
La Greffière,
M. B
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