Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101616
vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101616 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DMJB AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 octobre 2021, le 14 octobre 2022 et le 26 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Dias, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Sarroux Saint Julien a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la réalisation d'un bâtiment de type tunnel à usage agricole, ensemble la décision rejetant le recours gracieux du 11 août 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sarroux Saint Julien la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus opposé à la demande de permis de construire méconnaît les dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme dès lors que la construction projetée est nécessaire à l'exploitation agricole ;
- l'arrêté en litige est illégal dès lors que le maire de la commune ne pouvait se prévaloir du procès-verbal d'infraction du 9 décembre 2019 relatif à une construction antérieure ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 mars 2022 et le 5 décembre 2022, la commune de Sarroux Saint Julien, représentée par la Selarl DMMJB Avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chambellant,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, propriétaire de l'ensemble foncier, composé notamment des parcelles cadastrées section A nos 828, 829, 871, 878, 1175, 1174 et 1194, situé au lieu-dit " Vaux " sur la commune de Sarroux Saint Julien, a déposé, le 4 septembre 2020, une demande de permis de construire portant sur la construction d'un tunnel pour matériel agricole. Par un arrêté du 9 avril 2021, le maire de Sarroux Saint Julien a opposé un refus à sa demande de permis de construire. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme dès lors que la construction projetée est nécessaire à l'exploitation agricole :
2. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : "Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / () 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 111-5 de ce code : " La construction de bâtiments nouveaux mentionnée au 1° de l'article L. 111-4 et les projets de constructions, aménagements, installations et travaux mentionnés aux 2° et 3° du même article ayant pour conséquence une réduction des surfaces situées dans les espaces autres qu'urbanisés et sur lesquelles est exercée une activité agricole ou qui sont à vocation agricole doivent être préalablement soumis pour avis par l'autorité administrative compétente de l'Etat à la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme que, dans les communes dépourvues de tout plan d'urbanisme ou de carte communale, la règle de constructibilité limitée n'autorise, en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, que les constructions et installations nécessaires, notamment, à l'exploitation agricole. Ce lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée.
4. En l'espèce, il est constant que la commune du Sarroux Saint Julien n'est pas couverte par un plan local d'urbanisme, un document en tenant lieu, ou une carte communale, et que le terrain d'assiette du projet, qui est bordé par de vastes terres agricoles, n'est pas situé dans une partie urbanisée de cette commune.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a pour activité principale l'exploitation d'un élevage bovin et est immatriculé auprès de la mutualité sociale agricole du Limousin. Le projet de construction en litige vise à implanter sur les parcelles A 1175 et A 1194 un bâtiment de type tunnel ayant vocation à stocker du matériel agricole. Il ressort également des pièces du dossier que plusieurs autres bâtiments de stockage et de stabulation sont implantés sur ces mêmes parcelles et que le projet en litige doit permettre de stocker des véhicules agricoles ainsi que du matériel nécessaire à son élevage dont un tracteur agricole, un camion bétaillère et des outils annexes à ses véhicules. Compte tenu de sa destination et de ses caractéristiques, il peut ainsi être regardé comme une construction nécessaire à l'exploitation agricole de M. A au sens des dispositions de l'article L. 111-4 précité. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le motif mentionné dans l'arrêté attaqué tiré de ce que la construction projetée méconnaît les dispositions de l'article
L. 111-3 du code de l'urbanisme est erroné.
En ce qui concerne le moyen tiré de ce que l'arrêté est illégal dès lors que le maire de la commune ne pouvait se prévaloir du procès-verbal d'infraction du 9 décembre 2019 relatif à une construction antérieure :
6. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. ".
7. S'il est constant que, par un procès-verbal d'infraction du 9 décembre 2019, le maire de la commune de Sarroux Saint Julien a constaté l'irrégularité de la construction autorisée le 7 juin 2012, cette circonstance ne peut justifier légalement le refus opposé au permis de construire sollicité le 4 septembre 2020 et portant sur un projet distinct. Par suite, la commune de Sarroux Saint Julien ne pouvait, sans entacher sa décision d'illégalité, s'opposer à la demande de permis de construire en litige sur ce motif.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :
8. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
9. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient, sous le contrôle du juge, d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la co-visibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
10. Il ressort de l'arrêté attaqué que la commune de Sarroux Saint Julien a estimé, d'une part, que le projet se situe à proximité immédiate du château de Vaux, monument historique inscrit par arrêté ministériel du 8 décembre 2017 et, d'autre part, qu'il est visible à l'œil nu depuis ce monument historique ainsi que depuis la voie publique, de sorte que la construction projetée entraînerait une dégradation du tissu bâti et paysager et porterait dès lors atteinte au château de Vaux. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le terrain d'assiette de la construction projetée est situé au sud du château en second plan d'un ensemble composé, pour l'essentiel, de terrains et d'ensembles agricoles dont plusieurs hangars de volume important à caractère agricole en métal, de granges en pierre, de maisons d'habitation ainsi que d'un terrain de tennis. Il ressort également des photomontages produits que la construction projetée, compte tenu de son volume et de son implantation, à l'angle interne arrière d'un bâtiment agricole préexistant, ne sera que faiblement visible depuis le château et les voies de circulation. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le projet porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales au sens de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Par suite, le maire de la commune de Sarroux Saint Julien ne pouvait refuser le permis de construire pour ce motif.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le maire de Sarroux Saint Julien s'est opposé à la demande de permis de construire déposée par M. A doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Sarroux Saint Julien demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Sarroux Saint Julien une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Sarroux Saint Julien a opposé un refus à la demande de permis de construire de M. A, ensemble la décision rejetant le recours gracieux en date du 9 juin 2021 sont annulés.
Article 2: La commune de Sarroux Saint Julien versera une somme de 1 800 (mille huit cents) euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Sarroux Saint Julien au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Dias, à la commune de Sarroux Saint Julien et à la Selarl DMMJB Avocats.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
La rapporteure,
J. CHAMBELLANT
Le président,
N. NORMAND
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
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